Grand Turin va loin

Le succès mène aux succès. Les retombées de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Turin se font déjà concrètement sentir pour les compagnies de cirque québécoises au coeur du spectacle présenté dimanche devant des centaines de millions de téléspectateurs.

Le Devoir a appris que les dirigeants du Cirque Éloize et le metteur en scène suisse Daniele Finzi Pasca seraient en Corée du Sud dès la semaine prochaine pour négocier un nouveau contrat. L'équipe-choc a dirigé le mégaspectacle de clôture des Jeux.

L'autre troupe québécoise directement mêlée à la production, Les 7 Doigts de la main, a également reçu des propositions d'embauche quelques heures après l'événement. Dans ce cas, les propositions arrivent d'Autriche et d'Allemagne. Les 7 Doigts participaient au segment de la cérémonie annonçant les prochains Jeux, à Vancouver, en 2010.

«Les vacances vont attendre même si elles sont nécessaires», dit Julie Hamelin, jointe hier soir en Italie. Cofondatrice et directrice au développement du Cirque Éloize, elle était à Turin la première assistante de Daniele Finzi Pasca. La préparation de l'événement utilisant des milliers de bénévoles a occupé des nuits entières. «Le téléphone a commencé à sonner dès la fin du spectacle [dimanche soir]. La proposition qui semble la plus sérieuse est arrivée de Corée où nous irons dès la semaine prochaine pour mieux comprendre ce qu'on nous offre exactement.»

Mme Hamelin ne peut révéler les détails de la soumission, tout simplement parce qu'elle n'en a pas. «Je n'ai aucune idée de ce qu'on veut de nous, dit-elle franchement. On nous a simplement invités en Corée pour recevoir une offre décrite comme importante.» Elle fera le voyage en compagnie de M. Finzi Pasca et de Jeannot Painchaud, un autre cofondateur de la troupe Éloize qui a dirigé les acrobaties de la cérémonie de clôture. Elle confie aussi avoir reçu des appels du producteur d'Éloize en France, où de nouveaux contrats pourraient aussi se matérialiser prochainement.

Le spectacle de dimanche a donc frappé dans le mille, et ce, plusieurs fois. La célébration carnavalesque de deux heures a été encensée par beaucoup de commentateurs qui n'ont pas hésité à employer des adjectifs louangeurs: «magnifique», «sublime», sans oublier le très olympien «incroyable». Le réseau américain ABC a tout simplement parlé d'un spectacle... «spectaculaire», avec sa légion d'augustes et d'acrobates à la mode fellinienne.

Les trois complices Hamelin, Pinchaud et Finzi Pasca, déguisés en clown, ont osé une apparition à la toute fin de la présentation. Le metteur en scène a aussi traversé le stade olympique en personnifiant un vendeur de fleurs itinérant.

Fondateur et principal animateur du Teatro Sunil de Lugano, en Suisse, il a dirigé Corteo, la dernière création du Cirque du Soleil et les deux dernières productions du Cirque Éloize. Le Devoir a d'ailleurs appris qu'il serait à nouveau aux commandes du prochain spectacle de tournée de la compagnie de Mme Hamelin et de M. Painchaud. Les répétitions doivent s'activer dès l'automne. La nouvelle création devrait prendre l'affiche à l'hiver ou au printemps 2007, du moins si les nouvelles propositions provenant des quatre coins du monde ne se multiplient pas trop.

Des coups de main

La réaction n'a pas tardé là non plus du côté des 7 Doigts de la main. Le quartier général de Montréal a reçu hier matin une proposition ferme pour une trentaine de représentations du spectacle éponyme de la compagnie en Autriche, en juillet prochain. «Nous avons aussi des offres de promoteurs allemands qui veulent investir dans la création de notre nouveau spectacle intitulé Traces, explique en entrevue Tina Diab, directrice des événements corporatifs des 7 Doigts. Cette participation a vraiment été un exceptionnel outil de marketing.»

Plusieurs membres de la compagnie ont animé le court segment réservé à Vancouver, la prochaine ville hôtesse des jeux. Patrick Léonard, un des fondateurs de la troupe, a passé deux bonnes minutes seul en scène sur une fausse motoneige. D'autres «doigts», aidés des finissants de l'École nationale de cirque du Canada, ont construit un inukshuk géant.

Mme Diab sent que les retombées de la participation à la grande fête mondiale vont se multiplier au cours des prochaines semaines, voire des prochains mois. La troupe n'est pourtant pas en manque de contrats. Une dérive du premier spectacle tient l'affiche à Berlin depuis des mois. Une version préliminaire de Traces, mettant en vedette cinq nouveaux très jeunes acrobates digitaux, sera à l'affiche pendant les Jeux du Commonwealth, organisés à Melbourne, à la mi-mars. Elle sera ensuite présentée en Allemagne dans les prochains mois, puis à San Francisco, d'où proviennent quatre des cinq jeunes artistes-acrobates. Les négociations se poursuivent pour une tournée japonaise du work in progress.

La première mondiale officielle du spectacle est promise pour octobre, à la Tohu, la Cité des arts du cirque, à Montréal. Il faut bien que cette ville profite aussi un peu des réussites de ses enfants prodiges...