Déceptions canadiennes en biathlon féminin

Turin — On attendait les Allemandes, mais ce sont les Russes qui ont dominé la première épreuve du biathlon féminin aux Jeux olympiques de Turin quand Svetlana Ishmouratova n'a commis qu'une seule faute au tir sur la piste Cesana San Sicario pour remporter l'individuel de 15 kilomètres en un temps fort respectable de 49 minutes et 24,1 secondes.

Elle a devancé par 45,5 secondes sa compatriote Olga Pyleva, alors que la meilleure Allemande de la journée, Martina Glagow, s'est adjugé la médaille de bronze.

Une autre Russe, Albina Akhatova, a pris le quatrième rang devançant l'Allemande Andrea Henkel, qui partait pourtant avec une pancarte de favorite au cou et qui a joué le rôle jusqu'à la toute fin avant de rater deux cibles à son dernier pas de tir.

Pour une première sortie sur cette piste en altitude, les Canadiennes ont connu des succès mitigés.

La meneuse de l'équipe, l'Albertaine Zina Kocher, a pris le 28e rang même si elle a raté trois cibles, dont deux lors de son deuxième tir couché. Elle a terminé à 4 min 54 s 7 de la gagnante. Sans ces trois minutes de pénalité, elle aurait talonné les meneuses.

Sandra Keith, de Canmore, a pris le 43e rang, alors que la journée a été plus difficile pour les Québécoises Martine Albert, originaire de Rimouski, qui a terminé au 66e rang avec un temps de 59 min 52 s 1, et Marie-Pierre Parent, de Joliette, qui a terminé 78e en 1 heure 2 min 57 s 1.

Albert a commis cinq fautes au tir, dont deux dès le départ et trois à son deuxième tir debout. Quant à Parent, elle a commis trois fautes à son deuxième tir couché.

«C'est très décevant parce que je me sentais prête mentalement et physiquement», a dit Albert, qui avait abandonné le sport pour revenir à la compétition l'an dernier seulement. «Je ne sais pas vraiment ce qui s'est passé au premier tir. Je me sentais très solide, vraiment en forme. Je ne sais pas si c'est un coup de vent qui m'a fait rater. Habituellement, je sais où j'ai raté la cible mais là, je ne savais pas où j'avais logé la balle, je ne pouvais pas m'expliquer. Mais je me disais que les conditions ici sont tellement difficiles que d'autres allaient rater également.»

Mais Albert, une battante, n'a pas abandonné et a failli sauver sa course avec de meilleurs arrêts au pas de tir par la suite... jusqu'au dernier pas de tir. «C'est peut-être à cause de l'altitude ou à cause de la grande difficulté du parcours, mais en arrivant au dernier pas de tir, même si je me sentais bien mentalement, c'est le physique qui a lâché. Mes jambes ont commencé à trembler, à "shaker" comme on dit. J'étais épuisée.»

Quant à la jeune Parent, elle redoutait cette première course depuis quelque temps déjà et elle est bien heureuse que ce soit terminé. «En arrivant ici, j'ai compris que l'altitude allait me jouer des tours, a-t-elle dit. J'ai souvent de la difficulté en altitude et ici c'est à la limite. Mes pulsations cardiaques étaient très hautes dès le départ.

«Même à l'entraînement quand j'y allais avec modération, que je poussais moins fort, mes pulsations grimpaient rapidement. Mais c'est le même parcours pour tout le monde. Il faut oublier tout cela et penser aux autres courses qui s'en viennent. Celle-là est terminée, ça va maintenant aller mieux.»

Albert semblait d'accord. «Il nous reste le sprint, la poursuite si nous nous qualifions et le relais. Pour nous c'est déjà une victoire d'avoir mérité notre qualification pour ici. Ce fut une journée très difficile, mais je viens de parler à mon entraîneur Jean Paquet et il m'a déjà remonté le moral. Je pense déjà aux autres courses.»

Il y en a pour qui la journée a été plus heureuse. Glagow était tout sourire après sa course, par exemple. «Aujourd'hui [hier], c'est l'anniversaire de ma soeur. Elle a 24 ans. Je lui ai parlé au téléphone et elle pleurait. Elle voulait que je gagne pour elle et je l'ai fait.»