La grève paralyse le transport collectif de Lévis

Les 110 chauffeurs et chauffeuses exigent un rattrapage salarial et un plan pour éliminer le recours à la sous-traitance, responsable, selon eux, de la précarité de plus du quart des syndiqués.
Renaud Philippe Le Devoir Les 110 chauffeurs et chauffeuses exigent un rattrapage salarial et un plan pour éliminer le recours à la sous-traitance, responsable, selon eux, de la précarité de plus du quart des syndiqués.

Les autobus ont déserté les rues de Lévis sur une grande partie de son territoire, lundi, pour la première de six journées d’une grève lancée par le syndicat des chauffeurs et des chauffeuses de la STLévis.

Un blitz de négociations entamé au cours des derniers jours avec deux médiatrices du ministère des Transports n’a pas permis de combler le fossé qui sépare les deux parties. Les 110 chauffeurs et chauffeuses exigent un rattrapage salarial et un plan pour éliminer le recours à la sous-traitance, responsable, selon eux, de la précarité de plus du quart des syndiqués.

La Ville de Lévis embauche depuis des décennies une firme privée pour faire fonctionner le transport collectif dans l’ouest de son territoire. Pendant que les Autocars des Chutes circulent, déplore le syndicat, 30 chauffeurs et chauffeuses de la STLévis n’ont qu’un statut d’occasionnel, sans garantie d’heures.

La société de transport se dit ouverte à mettre fin au contrat qui la lie avec Autobus Auger, l’entreprise qui exploite les Autocars des Chutes. Par contre, précise Michel Patry, le vice-président de la STLévis, le contrat en cours demeurera en vigueur jusqu’en 2028.

« Dès 2025, nous allons acheter des autobus électriques pour répondre à notre obligation par rapport au plan gouvernemental en matière d’électrification des transports. Ça veut dire que nous allons avoir un garage adapté à les accueillir. À cet horizon-là, nous sommes prêts à regarder ça avec le syndicat pour qu’en 2028, nous puissions mettre fin à la sous-traitance. »

M. Patry indique que, présentement, la STLévis n’a tout simplement pas les moyens de se passer des services du privé. « Autocars des Chutes nous évite de devoir nous “staffer” d’autobus et d’un garage pour les mettre dedans. Présentement, notre garage est plein au bouchon : il faudrait en construire un autre pour stationner des autobus additionnels. »

Enjeu salarial

« Nous faisons face présentement à un exode », souligne Alain Audet, le président du syndicat des chauffeurs et des chauffeuses de la STLévis. Même si plusieurs ont quitté pour la retraite, « nous voyons bien que la STLévis n’est pas en mesure d’attirer une relève », ajoute M. Audet.

Un chauffeur ou une chauffeuse qui travaille pour le Réseau de transport de la Capitale (RTC) gagne, en moyenne, 13 000 $ de plus par année que sur la Rive-Sud, selon le syndicat. Signe, selon lui, que les conditions de travail à Lévis manquent d’attractivité : 35 chauffeurs et chauffeuses du RTC habitent la Rive-Sud.

C’est le deuxième débrayage en trois mois pour les chauffeurs et les chauffeuses de Lévis. Une journée de grève, en novembre, avait paralysé le service dans le centre et l’est de Lévis, perturbant notamment les allées et venues de la clientèle étudiante.

Cette fois-ci, les syndiqués ont en poche un mandat pour interrompre le service pendant la semaine complète. « L’écart demeure grand entre nos revendications et leurs propositions », affirme Alain Audet, sans toutefois chiffrer les unes et les autres pour « éviter de négocier sur la place publique ».

La direction de la STLévis assure que « certaines avancées » ont eu lieu au cours des derniers jours. Elle déplore, dans un communiqué, une grève qui « prend en otage » les usagers et certifie vouloir parvenir à une entente « qui respecte la capacité de payer des contribuables. »

« Je suis conscient que tout le monde veut améliorer son sort dans la vie, affirme Michel Patry, le vice-président de la STLévis. Par contre, il y a un coût à ça. Ça s’adonne que c’est la STLévis qui paye et que la STLévis, c’est le gouvernement, la Ville et les usagers qui la financent. »

« Nos demandes ne sont pas extravagantes », estime le camp syndical. Pour l’instant, les négociations demeurent au point mort, et le mandat des deux médiatrices dépêchées par le gouvernement prendra fin le 28 janvier. Alain Audet, lui, affirme que ses membres demeurent ouverts à poursuivre les discussions.

« Si nous sommes capables d’arrêter ça demain matin, ça va nous faire plaisir de retourner derrière notre volant, explique le chef syndical. Nous pensons à la population et nous avons hâte de lui redonner du service. »

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