Rimouski veut transformer son désert locatif en oasis

Rimouski priorisera les terrains situés dans son centre-ville pour ériger des logements sociaux et abordables ou pour promouvoir la densification résidentielle là où les services existent déjà.
Getty Images iStockphoto Rimouski priorisera les terrains situés dans son centre-ville pour ériger des logements sociaux et abordables ou pour promouvoir la densification résidentielle là où les services existent déjà.

Aux prises avec un manque d’habitations d’une ampleur jamais vue en 15 ans, Rimouski ambitionne de transformer sa crise en occasion. Dans son plan de lutte contre la pénurie de logements présenté jeudi soir, la municipalité du Bas-Saint-Laurent propose d’explorer des modèles d’aménagement « plus respectueux de nos écosystèmes et du climat ».

Rimouski le reconnaît : une « tempête » souffle sur la ville et elle n’épargne personne. Les locataires peinent à trouver un toit, les acheteurs, une propriété, et les promoteurs, eux, font face à un contexte économique qui fait gonfler leurs coûts de construction et d’emprunt.

La Ville du Bas-Saint-Laurent estime devoir construire 2500 logements pour atténuer la pénurie actuelle, qui a fait dégringoler le taux d’inoccupation à 0,2 %, selon les plus récentes données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) — soit bien en deçà du taux d’équilibre, chiffré à 3 %.

Pour sortir de cette tourmente, la municipalité se dote d’un arsenal réglementaire, budgétaire et fiscal afin de développer une ville plus verte, plus abordable et plus dense. « La construction accélérée de nombreuses nouvelles habitations est une occasion d’orienter le développement de la ville vers un modèle plus respectueux de nos écosystèmes et du climat. La Ville a donc ici un grand défi, […] mais aussi une grande opportunité », écrit l’administration dans son plan.

Finie, donc, la construction irréfléchie : Rimouski compte désormais bâtir des quartiers plus mixtes et plus denses, « en choisissant une croissance à faible impact climatique » inspirée des meilleures pratiques adoptées au Québec.

« Éparpiller les activités et les résidences, c’est engendrer plus de transports motorisés et impacter la nature, ajoute la Ville, alors que construire et rénover le bâti là où les services sont déjà, où les rues sont déjà déneigées, où le transport en commun est déjà en service, est un choix économique et écologique très payant. »

Une stratégie en 12 points

La municipalité articule son plan en 12 actions, qui comprennent notamment une révision du cadre réglementaire et des incitatifs financiers pour faciliter la « densification douce » dans les quartiers déjà habités.

Rimouski s’engage ainsi à trouver un terrain capable d’accueillir un projet de minimaisons inspiré du Petit Quartier de Sherbrooke, en vue de créer une coopérative d’habitation encore inédite au Québec, qui mise sur le vivre-ensemble et sur la collectivisation des services pour créer un voisinage à échelle humaine.

La révision du cadre réglementaire doit aussi assouplir les limites qui freinent la construction d’un logement, par exemple un pavillon pour héberger un parent, sur un terrain déjà occupé par une maison unifamiliale.

Éparpiller les activités et les résidences, c’est engendrer plus de transports motorisés et impacter la nature, alors que construire et rénover le bâti là où les services sont déjà, où les rues sont déjà déneigées, où le transport en commun est déjà en service, est un choix économique et écologique

 

Les modifications réglementaires entendent aussi restreindre davantage la conversion de résidences principales à des fins touristiques. La Ville a repéré une trentaine d’habitations promises à l’hébergement de courte durée sur son territoire. Même si Rimouski reconnaît que l’impact d’Airbnb et des autres plateformes de location demeure « faible » sur la pénurie en cours, elle entend serrer la vis.

Une large place aux logements abordables

Rimouski prend par ailleurs acte des coûts de construction et des taux d’intérêt en hausse. La Ville veut calmer les turbulences qui freinent l’ardeur des promoteurs, tout en contenant leur voracité, en proposant différents incitatifs pour construire des logements à prix raisonnable.

Le plan accorde ainsi une place importante aux logements abordables et sociaux.

La Ville prévoit ainsi se prémunir de son nouveau droit de préemption pour multiplier les acquisitions. Elle priorisera les terrains situés dans son centre-ville pour ériger des logements sociaux et abordables ou pour promouvoir la densification résidentielle là où les services existent déjà.

La municipalité estime que 350 ménages rimouskois patientent sur une liste dans l’attente d’obtenir un logement accessible en fonction de leur revenu modique. Elle compte environ 2300 logements dans ses cartons, dont 218 à vocation sociale.

Afin d’encourager d’autres projets de logements abordables et sociaux, Rimouski veut faire bénéficier leurs initiateurs d’un crédit de taxes foncières pouvant s’échelonner, non pas sur cinq ans comme le prévoit le maximum actuel, mais bien sur 35 ans. Cet appui s’appliquerait automatiquement pour les chantiers de 20 logements ou plus que la Ville estime viables. Rimouski évaluerait l’octroi de ce crédit au cas par cas pour les projets de moins de 20 logements.

Trêve fiscale et demande à Québec

Le plan d’action prévoit aussi une contribution accrue du gouvernement du Québec. Rimouski veut adopter dès cette année une résolution pour demander une bonification « substantielle du financement en matière de logement social ». Elle entend aussi convaincre le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation d’instaurer une taxation plus faible pour les habitations de six logements ou plus.

Rimouski veut aussi accorder une trêvefiscale aux promoteurs qui misent sur la densification et sur la construction de logements à prix raisonnable. Elle entend leur octroyer un crédit d’impôts fonciers pouvant atteindre 1500 $ par appartement situé dans un nouvel immeuble d’au moins huit logements.

Pour être admissibles à ce crédit, les logements devront cependant avoir des loyers qui ne dépassent pas de plus de 15 % le coût de location médian du marché. Rimouski plafonne ce crédit à 150 000 $ par projet, par lot et par promoteur. L’enveloppe consentie représente le maximum imposé par la loi, soit 1 % du budget annuel. Pour 2023, ça représente un peu plus d’un million de dollars.

Le maire de Rimouski, Guy Caron, ne cache pas une certaine urgence à changer la réputation de sa ville. « C’est de notoriété publique au Québec que Rimouski connaît une pénurie de logements. Nous savons que nous sommes attractifs et que nous sommes une terre d’accueil intéressante. Le problème, par contre, c’est que des gens hésitent à venir parce qu’ils pensent qu’ils ne trouveront jamais un logement. Nous voulons envoyer le message que nous prenons le problème à bras-le-corps, que nous nous donnons les moyens de le régler. »



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