Les gens d’affaires de Montréal avancent des idées pour atténuer l’impact des chantiers au centre-ville

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain recommande notamment d’imposer des tarifs plus élevés pour l’occupation du domaine public par les entreprises de construction et de mettre en place une cellule efficace de coordination des chantiers publics et privés.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir La Chambre de commerce du Montréal métropolitain recommande notamment d’imposer des tarifs plus élevés pour l’occupation du domaine public par les entreprises de construction et de mettre en place une cellule efficace de coordination des chantiers publics et privés.

La gestion chaotique des chantiers routiers et l’épidémie de cônes orange au centre-ville de Montréal ne sont pas une fatalité. S’appuyant sur une étude qui recense les aberrations liées aux multiples entraves à la circulation et à la mauvaise coordination des chantiers, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) formule une série de recommandations pour rendre moins pénibles les nécessaires travaux d’infrastructures. Parmi celles-ci, l’imposition de tarifs plus élevés pour l’occupation du domaine public par les entreprises de construction et la mise en place d’une cellule efficace de coordination des chantiers publics et privés.

Entre 2014 et 2022, la rue Saint-Urbain a fait l’objet de travaux tous les ans sur l’un ou l’autre des tronçons situés entre la rue Jean-Talon et la rue Notre-Dame. Et en examinant les permis d’occupation du domaine public accordés par l’arrondissement de Ville-Marie, la CCMM constate que sur une période d’un an, 94 % des artères du centre-ville ont été entravées, partiellement ou totalement, à un moment ou à un autre.

Responsabilité partagée

En collaboration avec la firme IdéesFX, la CCMM a examiné les entraves et les chantiers qui rendent l’accès au centre-ville difficile. L’étude intitulée Blocage minimum. Pour une gestion innovante des chantiers publics et privés afin de rendre le centre-ville plus attractif et accessible déboulonne certains mythes, dont celui voulant que la Ville de Montréal réalise la totalité des travaux dans la métropole. Or, la Ville ne contrôle que 30 % des chantiers de son territoire.

« Il y a comme une perception que l’enjeu, c’est qu’il y a trop d’autos. Oui, il y a beaucoup d’autos, mais cela dit, on peut quand même faire quelque chose », explique le Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM. « L’autre perception, c’est que c’est la faute de la Ville. Mais il y a des gestes qui doivent être aussi posés par les entreprises d’utilité publique et les promoteurs privés. C’est une culture générale qu’il faut changer pour diminuer les blocages et les obstacles dans les rues. »

En revanche, les chantiers souffrent d’une mauvaise coordination. À titre d’exemple, entre 2014 et 2022, la rue De Bleury a fait l’objet de travaux continus en raison de chantiers publics et privés, et aucun d’eux ne découlait d’une situation d’urgence. En mai 2022, dans son rapport annuel, la vérificatrice générale de la Ville, Michèle Galipeau, avait d’ailleurs relevé de nombreuses lacunes dans la planification des travaux au sein même de l’appareil municipal.

Comme si ce n’était pas suffisant, la Ville tend à privilégier le phasage des chantiers, ce qui contribue à l’impression de travaux interminables, souligne la CCMM. Michel Leblanc fait toutefois remarquer que cette situation est attribuable au « morcellement excessif » de l’industrie de la construction spécialisée en voirie qui se compose de petites entreprises qui ne peuvent réaliser de gros contrats.

Occupation du domaine public

L’étude s’attarde à l’occupation du domaine public par les chantiers privés pour entreposer des matériaux ou offrir des places de stationnement au personnel, ce qui cause des entraves importantes tant pour les automobilistes que pour les piétons.

Selon la CCMM, les permis d’occupation sont trop faciles à obtenir pour les entrepreneurs et ils sont moins onéreux pour eux que la location d’un espace privé. Ainsi, 96,4 % des demandes d’occupation du domaine public ont été acceptées par l’arrondissement de Ville-Marie en 2021-2022.

L’arrondissement en tire d’ailleurs des revenus importants, soit 23,8 millions sur un an, ou 27 % de son budget annuel l’an dernier. L’étude cite l’exemple du projet Humaniti qui a occupé le domaine public pendant quatre longues années.

Mais il y a bien d’autres facteurs qui entravent la circulation, comme la livraison de matériaux par les entrepreneurs, qui n’ont aucune restriction même en heure de pointe.

Même le recours excessif aux cônes orange est montré du doigt. Ceux-ci ne devraient être utilisés que pour des travaux de courte durée ou sur les autoroutes, estime la CCMM, qui suggère de revoir toute la signalétique. Plus du quart des éléments de signalétique, qu’il s’agisse de cônes orange ou de panneaux, sont inutiles ou abandonnés, précise-t-on.

La CCMM propose plusieurs solutions. Selon elle, les chantiers devraient tous être munis d’un code QR qui obligerait les entreprises de construction à justifier les entraves du domaine public et informerait les citoyens sur la progression des travaux.

Pour discipliner les entreprises de construction concernant l’occupation du domaine public, la CCMM recommande d’instaurer une politique de tarification dynamique afin que les entrepreneurs peu enclins à réduire les entraves paient une facture plus élevée. Et pour mieux coordonner les chantiers privés et publics, une plateforme qui centraliserait toutes les données liées aux travaux à venir ou en cours pourrait être mise en place par la Ville de Montréal, avance la Chambre.

La CCMM remet aussi en question la règle du plus bas soumissionnaire qui ne favorise pas l’efficacité, et croit que Québec devrait faire des modifications législatives pour y remédier. Québec devrait donc y voir. À cet égard, la Chambre déplore l’absence d’innovation dans le domaine de la construction et le manque de productivité. D’ailleurs, souligne-t-on, la qualité des travaux laisse parfois à désirer.

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