Un carrefour giratoire inutilisable pour les bus près du Stade olympique

Au cours des dernières années, Montréal a réalisé un vaste chantier destiné à embellir l’avenue Pierre-De Coubertin qui borde le Stade olympique. Sauf que le carrefour giratoire nouvellement aménagé à l’angle de la rue Leclaire s’avère inutilisable pour les autobus de la Société de transport de Montréal (STM) en raison des risques pour la sécurité des autres usagers de la route. Problème de conception ou problème de réalisation ? Ni la Ville de Montréal ni la STM n’ont été en mesure de répondre à cette question. Elles s’affairent maintenant à tenter de trouver une solution.

En 2019, la Ville de Montréal avait lancé les travaux visant à réduire le nombre de voies de circulation automobile de l’avenue Pierre-De Coubertin, qualifiée de « soviétique » compte tenu de son gabarit surdimensionné. Le projet visait notamment à élargir les trottoirs, à aménager une piste cyclable et à planter des arbres. Les plans prévoyaient aussi la construction de deux carrefours giratoires, l’un à l’intersection de l’avenue Desjardins, et l’autre à l’angle de la rue Leclaire, à proximité de la station de métro Viau.

Le test de la réalité

Avant les travaux, les autobus qui s’arrêtaient devant la station Viau pour y laisser des passagers empruntaient une boucle aménagée à côté de la station pour faire demi-tour et reprendre leur route. Cette boucle a été éliminée, et le terrain sera aménagé et verdi pour améliorer l’accès au Parc olympique à partir de la station Viau. Le carrefour giratoire construit à l’angle de la rue Leclaire devait désormais permettre aux autobus de faire demi-tour et de retourner vers l’est.

Sauf qu’une fois les travaux réalisés, les autorités ont dû se rendre à l’évidence : compte tenu de la configuration des infrastructures et des risques pour les cyclistes notamment, il pouvait être dangereux de faire circuler des autobus dans ce carrefour giratoire. « À la suite d’essais réalisés en décembre sur le terrain en présence de représentants de la Ville et de la STM, il a été convenu que la STM ne pouvait pas utiliser le nouveau rond-point sur l’avenue Pierre-De Coubertin dans son aménagement actuel en raison d’un risque trop important d’accrochages entre les bus et les usagers de la route », a indiqué par courriel Philippe Déry, porte-parole de la STM.

Les autobus des lignes 136, 125 et 34 ne peuvent donc plus s’arrêter devant la station de métro Viau. Ils doivent plutôt emprunter un autre trajet pour laisser leurs passagers du côté sud de l’avenue Pierre-De Coubertin.

Selon le président du Syndicat des chauffeurs d’autobus, opérateurs de métro et employés des services connexes de la STM (SCFP 1983), Pino Tagliaferri, les risques de collisions avec les cyclistes sont importants. « La piste cyclable empiète sur le carrefour giratoire, ce qui présente un risque d’accident. Un cycliste est silencieux et peut arriver à une vitesse plus rapide qu’on le pense. Souvent, quand on le voit, c’est déjà trop tard », explique-t-il.

Pour tenter de régler le problème, la STM et le syndicat ont soumis des solutions à la Ville. « Ça ne veut pas nécessairement dire de reconstruire le carrefour giratoire, mais ça pourrait dire de reconfigurer la piste cyclable différemment », avance M. Tagliaferri.

La piste cyclable empiète sur le carrefour giratoire, ce qui présente un risque d’accident. Un cycliste est silencieux et peut arriver à une vitesse plus rapide qu’on le pense. Souvent, quand on le voit, c’est déjà trop tard.

S’il ne s’offusque pas outre mesure de ce pépin, il déplore que la STM et la Ville n’aient pas consulté le syndicat et sollicité l’expérience des chauffeurs avant de faire les travaux. « Des fois, ils nous oublient dans les consultations. »

La Ville et la STM n’ont pas voulu dire s’il s’agissait d’un problème de conception ou de réalisation. Elles ont aussi été avares de commentaires quant aux solutions envisagées et aux coûts supplémentaires que ces embûches allaient entraîner. Le Devoir n’a donc pas pu obtenir d’entrevue avec le président du conseil d’administration de la STM et conseiller municipal, Éric Alan Caldwell, ou le maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais.

Des coûts en hausse

« Le projet de l’avenue Pierre-De Coubertin représente un plan d’aménagement unique au Québec. C’est le fruit d’un travail de longue haleine où les citoyens et partenaires ont été impliqués tout au long du processus pour y aménager une rue à l’image du XXIe siècle, qui répond aux besoins de toutes et tous », s’est limité à dire le cabinet de la mairesse Valérie Plante. Quant aux problèmes liés au carrefour giratoire, la Ville indique travailler à des « ajustements ».

En 2021, la Ville avait accordé un contrat totalisant 30 millions à l’entrepreneur Demix Construction pour la réalisation des travaux de voirie et divers travaux d’éclairage et de feux de circulation pour le tronçon de l’avenue Pierre-De Coubertin situé entre l’avenue de La Salle et la rue Viau, soit la troisième phase du projet. Il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires de l’entreprise à ce sujet.

Lorsque la Ville avait lancé le projet de réaménagement de l’avenue Pierre-De Coubertin en 2017, le coût du chantier avait été évalué à 16 millions de dollars. Les documents de la Ville indiquent toutefois qu’un contrat de 6,3 millions a été octroyé à EuroVia en 2019 pour la réalisation de travaux dans le tronçon situé entre l’avenue Bourbonnière et le boulevard Pie-IX. En 2020, un autre contrat de 9,1 millions a été accordé par la STM à MGB associés pour les travaux du tronçon entre le boulevard Pie-IX et l’avenue LaSalle.

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