2023, année des piétons?

L’organisme Piétons Québec considère que le gouvernement provincial a un rôle important à jouer pour protéger les piétons.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir L’organisme Piétons Québec considère que le gouvernement provincial a un rôle important à jouer pour protéger les piétons.

L’année 2022 s’étant terminée sur une flambée de décès chez les piétons, l’organisme Piétons Québec espère que 2023 permettra de mettre en place de réelles mesures pour protéger les usagers de la route les plus vulnérables.

Dans les deux dernières semaines avant les Fêtes, Piétons Québec avait dénombré 14 piétons blessés gravement ou happés mortellement. Parmi eux, la jeune Mariia Legenkovska, 7 ans, heurtée par un automobiliste le 13 décembre dernier tandis qu’elle se rendait à l’école dans le quartier Centre-Sud, à Mont­réal. Comme ce décompte se base sur les accidents rapportés par les médias, il est possiblement partiel, souligne Sandrine Cabana-Degani, directrice de Piétons Québec.

Le bilan complet pour 2022 de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) n’est pas encore disponible, mais entre janvier et septembre de l’an dernier, 39 piétons sont décédés au Québec, indiquent les données de l’organisme d’État. Mme Cabana-Degani prévoit un retour à des statistiques s’apparentant à celles d’avant la pandémie. « On était dans une moyenne de 70 piétons décédés par année. Malheureusement, 2022 va probablement rejoindre ces années-là, qui étaient vraiment dramatiques. »

On a un énorme rattrapage à faire parce que nos routes ont été construites pour les autos.

Avant les Fêtes, Piétons Québec avait réclamé une rencontre avec le premier ministre François Legault et la ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault, afin de discuter de solutions visant à protéger les usagers de la route les plus vulnérables. Dans sa réponse, le bureau du premier ministre s’est montré ouvert à une rencontre entre Piétons Québec et la ministre Guilbault, relate Sandrine Cabana-Degani, qui espère que cette discussion aura lieu sans délai.

Pour des actions en 2023

La directrice de Piétons Québec rappelle que le gouvernement du Québec a un rôle important à jouer pour améliorer la sécurité des piétons. Selon elle, il est grand temps que Québec adopte une véritable politique en matière de sécurité routière. « C’est au gouvernement du Québec que se décident les normes d’aménagement pour le réseau routier. Cela influe grandement sur la marge de manoeuvre des municipalités, qui sont dépendantes de normes qui sont décidées à Québec », souligne Mme Cabana-Degani. À titre d’exemple, elle mentionne les exigences de Québec en matière de largeur de la chaussée, qui a une incidence sur la vitesse de circulation.

Le ministère des Transports a aussi un rôle à jouer sur ses propres routes, ajoute-t-elle. Certaines d’entre elles traversent des coeurs de villages et sont des milieux de vie. Mais, dans certains cas, il n’y a pas de trottoirs, et la vitesse de circulation est élevée, déplore Mme Cabana-Degani.

Elle espère un financement plus soutenu afin que les municipalités et le ministère des Transports puissent mettre à niveau leurs infrastructures de transport et les rendre plus sécuritaires. « On a un énorme rattrapage à faire parce que nos routes ont été construites pour les autos. »

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Finalement, le Code de la sécurité routière doit être revu pour mieux protéger les piétons, et les policiers devraient être en mesure de faire appliquer les règles, avance Piétons Québec. « Par exemple, le fait de ne pas respecter un passage piéton est moins pénalisé que le fait de ne pas payer un péage routier. Il y a des choses comme ça, dans le Code de la sécurité routière, qui sont un peu absurdes. »

Sandrine Cabana-Degani reconnaît que les attentes de son organisme sont élevées, mais elle souligne que le décès de Mariia Legenkovska a entraîné une « prise de conscience populaire ». « Les gens ont été très touchés par le décès de Mariia dans Ville-Marie. Pour eux, il était inacceptable qu’on laisse ce genre de décès évitable arriver. Je pense que le gouvernement doit prendre conscience de ce mouvement […] et agir. » Elle espère donc que 2023 sera l’année « du passage à l’action ».