La STM ne promet plus un temps d’attente maximal de 10 minutes pour ses bus

Dès lundi, la Société de transport de Montréal (STM) mettra fin à son engagement de respecter un délai d’attente maximal de 10 minutes aux heures de pointe sur huit de ses lignes de bus desservant différents secteurs de la métropole. Une décision prise pour des raisons financières, et qui pourrait affecter des milliers d’usagers du transport en commun.

Selon nos informations, la nouvelle a été annoncée jeudi aux employés de la STM, l’organisation ayant aussi mis à jour son site Web en conséquence. Avant la pandémie, la STM comptait 31 lignes de bus faisant partie de son réseau « 10 minutes max », qui offrait aux usagers l’assurance qu’ils n’auraient pas à patienter plus de 10 minutes à un arrêt pendant les heures de pointe du matin et du soir. En raison de la crise sanitaire, ce réseau s’est effrité et seulement huit lignes offraient encore ce service récemment.

La société de transport signera ainsi l’arrêt de mort de ce réseau d’ici lundi en retirant les panneaux d’affichage promettant un temps d’attente maximal de 10 minutes aux heures de pointe sur ces huit lignes restantes, qui fonctionneront désormais à une fréquence réduite. Les horaires pour ces lignes seront aussi modifiés en ligne et dans les applications mobiles où l’on peut consulter ceux-ci.

« Dans une optique de saine gestion des fonds publics et en concordance avec notre situation financière actuelle, il a finalement été décidé de retirer de façon permanente cette famille de service par bus à partir du 9 janvier prochain », confirme la STM dans un courriel envoyé au Devoir vendredi.

La société de transport note aussi que la pandémie a modifié les habitudes de déplacement de sa clientèle. Certains bus se retrouvent ainsi à rouler à moitié vides aux heures de pointe, forçant la STM à revoir les horaires de plusieurs de ses lignes de bus.

Les huit lignes de bus concernées desservent plusieurs stations de métro situées au centre-ville, ainsi que dans l’est et l’ouest de Montréal. Parmi les arrondissements concernés, on compte Ville-Marie, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, le Sud-Ouest et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension.

« Une énorme déception »

La STM assure toutefois que l’ensemble des lignes de bus de son ancien réseau « 10 minutes max » conserveront « une fréquence élevée », faisant état « d’ajustements mineurs » aux horaires de celles-ci. Il suffit qu’un bus passe à une fréquence de 10 à 12 minutes « pendant une courte période » pour que la « promesse » d’un délai de 10 minutes maximum ne s’applique plus, illustre la société de transport.

Il n’en demeure pas moins que les usagers de ces lignes verront leurs déplacements devenir plus complexes, puisqu’ils devront consulter systématiquement l’horaire de celles-ci avant de se déplacer, déplore la directrice générale de Trajectoire Québec, Sarah V. Doyon.

« Évidemment, c’est une énorme déception, lance-t-elle en entrevue. Il va falloir tous se mettre à planifier nos déplacements et à regarder les horaires avant de se déplacer », ajoute Mme Doyon, selon qui la fin du réseau « 10 minutes max » de la STM risque de « nuire à l’attractivité du réseau de bus de façon considérable ». L’achalandage de la société de transport, déjà affecté par la pandémie, pourrait ainsi chuter encore davantage, prévient-elle.

Des raisons financières

Cette baisse de l’offre de service dans le réseau de bus de la STM survient à un moment où celle-ci fait face à des défis financiers importants. À la fin de novembre, à l’annonce de son budget 2023, la société de transport prévoyait un manque à gagner de près de 78 millions de dollars pour l’année en cours. Elle avait alors prévenu qu’elle pourrait devoir effectuer des réductions de service en cours d’année pour combler son déficit, à moins qu’elle ne reçoive un soutien financier supplémentaire du gouvernement.

« C’est inquiétant pour la suite », lance un fonctionnaire de la STM, dont l’anonymat a été préservé parce qu’il n’est pas autorisé à parler aux médias. « Va-t-on laisser le transport en commun entrer dans une phase de décroissance ? » demande-t-il, en soulignant l’importance que la société de transport se trouve de nouvelles sources de financement. Autrement, la STM risque de tomber dans un « cercle vicieux » en perdant des usagers du transport en commun au profit de la voiture, prévient cet employé.

Jointe par Le Devoir, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qui est responsable du financement du transport en commun dans la grande région de Montréal, assure être « à pied d’oeuvre », avec le gouvernement du Québec, pour trouver des solutions aux défis financiers du transport en commun dans la grande région métropolitaine, qui sont évalués à « un demi-milliard pour la seule année 2023 ».

Évidemment, c’est une énorme déception. Il va falloir tous se mettre à planifier nos déplacements et à regarder les horaires avant de se déplacer.

 

« Nous gardons bon espoir d’arriver à une solution à court terme », soit cette année, assure Simon Charbonneau, un porte-parole. Ce dernier ajoute que les sociétés de transport n’ont d’autre choix que de s’adapter aux nouvelles habitudes de déplacement de leurs usagers en ajustant leurs services, notamment pour tenir compte du recours accru au télétravail.

L’ARTM note d’ailleurs qu’à l’automne 2022, dans la grande région de Montréal, l’achalandage du transport collectif était à 70 % de son niveau de 2019.

À Toronto aussi

Il n’y a d’ailleurs pas qu’à Montréal que le transport en commun subit les répercussions de la pandémie. Une réduction des services est aussi prévue à Toronto, la plus grande métropole du pays.

Les utilisateurs de la Commission de transport de Toronto (TTC) pourraient ainsi avoir à attendre jusqu’à 10 minutes pour un métro dès cette année, comparativement à 7 minutes actuellement, pour les périodes à l’extérieur des heures de pointe. Les autobus pourront aussi être plus bondés et coûter plus cher aux usagers, a prévenu la société de transport torontoise jeudi.

Avec Étienne Lajoie, à Toronto

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