La revanche des «hurluberlus» à vélo

Hubert Hayaud Le Devoir Pas moins de 717 kilomètres de pistes cyclables sont accessibles toute l’année à Montréal, dont 218 sont protégés par des murets de béton ou des poteaux.

Il y a 10 ans, les cyclistes d’hiver étaient considérés comme des « hurluberlus ». Une nuisance publique qu’il fallait interdire au nom de la fluidité de la circulation en voiture. Les temps ont changé. Le vélo d’hiver gagne du terrain à Montréal, entre autres grâce au Réseau express vélo (REV), qui permet des déplacements sûrs et rapides malgré la neige.

« Il n’y a pas si longtemps, on se faisait regarder comme des extraterrestres l’hiver à vélo. Cette époque est derrière nous », dit Chloé Baril, une des organisatrices du quatrième Forum du vélo d’hiver, qui aura lieu le 18 février à Montréal.

Cette mère de famille de 52 ans fait partie d’une communauté grandissante d’adeptes des déplacements hivernaux sur deux roues. La pratique du vélo explose à Montréal, y compris en hiver : le nombre de personnes ayant emprunté les pistes cyclables durant la saison froide en 2020 représente une augmentation de 83 % par rapport à la moyenne de 2015 à 2019, a rapporté l’entreprise Éco-Compteur.

Sur une période de 12 mois, été comme hiver, les déplacements à vélo ont augmenté de 20 % entre les années 2020 et 2021, a souligné récemment la mairesse Valérie Plante.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Chloé Baril est l’une des organisatrices du quatrième Forum sur le vélo d’hiver.

Le Forum du vélo d’hiver vise à célébrer la bicyclette en tant que moyen de transport — et non comme loisir. Promenade familiale de 14,6 kilomètres dans Hochelaga-Maisonneuve et dans Rosemont, ateliers et conférences sur l’entretien d’un vélo d’hiver, sur l’habillement et sur la conduite dans la neige : l’événement s’adresse aux habitués et aux nouveaux adeptes.

« Même quand on fait du vélo d’hiver depuis des années, il y a des trucs à aller chercher. Des parents demandent comment protéger leurs enfants contre la pluie verglaçante, ou quel est le meilleur moyen de transporter un enfant — sur un siège arrière, un siège avant ou dans une remorque », dit Chloé Baril.

Le plaisir d’abord

Cette résidente du Plateau-Mont-Royal se déplace à vélo depuis 10 ans. D’abord l’été, puis progressivement en hiver. C’est le moyen de transport idéal pour les déplacements de moins de 10 kilomètres en ville, selon elle : le métro est bondé, c’est trop stressant en voiture (et inefficace, avec les cônes orange), et trop long à pied.

L’inauguration du REV de la rue Saint-Denis, il y a deux ans, a complètement changé le visage de la mobilité à Montréal, souligne Chloé Baril. « C’est une voie rapide et super sécuritaire. Elle est bien déneigée. Je fais parfois des détours pour rouler sur le REV tellement c’est agréable. »

Il n’y a pas si longtemps, on se faisait regarder comme des extraterrestres l’hiver à vélo. Cette époque est derrière nous.

La cohabitation avec les automobilistes est plus harmonieuse depuis l’aménagement de cette piste protégée des véhicules motorisés par une bande de béton. Les commerçants, qui craignaient un exode des clients à cause de la suppression de deux voies d’automobiles, ont été confondus : « Je n’ai jamais vu la rue Saint-Denis aussi vivante depuis 15 ans », dit Chloé Baril.

La Ville de Montréal doit redoubler d’efforts dans l’aménagement de voies cyclables pour atteindre sa cible de 15 % de déplacements à vélo d’ici 2027, croit la militante cycliste.

Protéger les plus vulnérables

Pas moins de 717 kilomètres de pistes cyclables sont accessibles toute l’année à Montréal, dont 218 sont protégés par des murets de béton ou des poteaux. Chloé Baril estime que la Ville doit éliminer les voies cyclables délimitées par une simple bande de peinture, qui sont de véritables « tue-cyclistes », surtout en hiver.

La démocratisation du vélo a amené des cyclistes peu aguerris sur la voie publique. Il faut les protéger davantage que les « hurluberlus » d’il y a 10 ans, qui étaient habitués à côtoyer des camions et des autobus dans un espace restreint, souligne la cycliste.

La Ville de Montréal s’est engagée à ajouter au moins 200 kilomètres de voies cyclables sécurisées au cours des cinq prochaines années, dont 10 axes du Réseau express vélo. Une série de nouveaux aménagements sont prévus hors des quartiers centraux, déjà munis de voies cyclables.

Chloé Baril estime que c’est une bonne nouvelle pour le vélo d’hiver. « Quand tu roules dans la neige fraîche, tu deviens accro. C’est magique. Ça devient une drogue dure, tu n’es plus capable de t’en passer. »

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