À Québec, «les voitures frôlent les orteils des enfants»

Des parents et des élèves de l’école des Berges demandent au maire Marchand d’agir.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Des parents et des élèves de l’école des Berges demandent au maire Marchand d’agir.

Alors que toute la province s’émeut du décès de la petite Mariia Legenkovska, tuée par un automobiliste à Montréal la semaine dernière, un groupe de parents de Québec a pris la rue, mercredi, en espérant faire réagir la Ville de Québec dans le dossier de l’école des Berges. Certains font pression depuis des années pour qu’on sécurise ses environs.

« Ralentir, c’est mieux que mourir », avait écrit un écolier sur l’une des pancartes. Au bas de l’affiche, il avait dessiné un cortège de petits bonshommes, d’automobiles et de voitures de police à une intersection. L’un des personnages gisait couché sur le toit d’un véhicule.

L’école des Berges est située à l’extrémité nord du quartier Saint-Roch. La rue Prince-Édouard qui la borde relie les petites rues du quartier à l’entrée de l’autoroute qui mène aux banlieues nord.

« Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai crié au meurtre de peur de voir mes enfants se faire frapper », déplore Vicky Plourde, dont les deux enfants fréquentent l’école. « C’est le lieu où tout converge. La limite de vitesse est de 30 kilomètres à l’heure à cet endroit, mais elle n’est pas respectée », explique-t-elle.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Des enfants avaient aussi préparé des pancartes pour la manifestation.

Mercredi, parents et enfants sont venus traverser la rue Prince-Édouard à répétition pour illustrer le danger auquel ils disent être confrontés quotidiennement. « Les voitures dépassent par la droite et s’en servent comme piste d’accélération », a aussi mentionné la mère de famille.

Lorsque les enfants traversent la rue pour se rendre à l’école, ils doivent s’arrêter sur un terre-plein avant de traverser une autre petite rue sécurisée pour le transport scolaire. Le terre-plein est minuscule. À la sortie des classes, « les voitures frôlent les orteils des enfants ».

Décès de Mariia Legenkovska

 

Les parents espèrent que la prise de conscience suscitée par le décès de Mariia Legenkovska fera réagir la Ville de Québec. « Avec la petite fille qui a perdu la vie à Montréal, ça nous a rappelé à quel point ce coin-ci est vraiment dangereux », résumait Dominique Papin, l’une des mères présentes à la manifestation. « Ça fait des années qu’on demande des aménagements pour faire ralentir le trafic autour de la traverse. »

La municipalité a pourtant lancé, en 2020, une stratégie de sécurité routière qui voulait « donner une priorité à la sécurité des enfants » autour des écoles. Le plan prévoyait l’ajout de panneaux lumineux affichant la limite de vitesse aux abords de 90 établissements scolaires. L’école des Berges en a un, bien en vue, en direction ouest.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Les parents et les enfants réclament une meilleure sécurité routière.

Le conseil d’établissement de l’école a aussi reçu 3000 $ pour faire des activités de sensibilisation sur la sécurité routière. En novembre 2021, les parents sont sortis dans la rue. « On a donné des dépliants, fait une manifestation avec des clowns. Ça a été super, mais ça n’a pas changé grand-chose », relate Vicky Plourde.

Le député du secteur, Étienne Grandmont (Québec solidaire), qui était à la manifestation mercredi, estime que la stratégie de la Ville « ne va pas assez loin » et que le gouvernement du Québec doit imposer une « vision zéro » en matière de sécurité routière. « [Ça] part du principe que les humains font des erreurs et qu’il faut créer des environnements dans lesquels la vitesse va être réduite au minimum. La vitesse est tellement basse que ça résulte, au pire, en un accident léger et non pas mortel. »

Quant au maire de Québec, Bruno Marchand, il s’est dit résolu à accélérer la recherche de solutions pour sécuriser les environs des écoles. « C’est ce qu’on va travailler en début d’année », a-t-il dit en marge d’une annonce à l’hôtel de ville. « On va accélérer le pas. Moi je pense que la sécurité n’a pas de prix. »

La solution passerait, dans un premier temps, par « des aménagements temporaires », a-t-il aussi déclaré, en soulignant que des installations permanentes nécessiteraient un processus long et complexe.

Enfin, le maire a prévenu les automobilistes que cela aura des « incidences sur la capacité de circuler en ville ». « Il va falloir tous travailler ensemble. »

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