Malgré un boom démographique, Lévis boude le bus

Lévis investira 13,6 millions de dollars dans sa société de transport collectif en 2023, au moment où l’élargissement de l’A-20 coûte de 80 à 90 millions de dollars.
Renaud Philippe Archives Le Devoir Lévis investira 13,6 millions de dollars dans sa société de transport collectif en 2023, au moment où l’élargissement de l’A-20 coûte de 80 à 90 millions de dollars.

La mobilité trônait au sommet des préoccupations de la population de Lévis pendant la dernière campagne électorale, et pourtant la Ville demeure timide dans ses investissements en transport collectif, consacrant moins de 4 % de son budget de 358,7 millions de dollars à sa société de transport collectif.

Lévis poursuit son boom démographique, fracassant pour une quatrième année de suite le record de construction établi l’année précédente. L’ensemble de 2021 avait vu pousser 2500 nouvelles unités d’habitation sur son territoire : onze mois ont suffi à 2022 pour franchir le cap des 3000.

Cet afflux rapide de population engendre des irritants, notamment une augmentation importante de la congestion aux heures de pointe. L’enjeu a occupé une place prépondérante aux dernières élections.

L’autoroute 20 passera de deux à trois voies à Lévis au cours des prochaines années, un chantier dont la facture doit varier de 80 à 90 millions de dollars, selon le ministère des Transports. Le gouvernement de François Legault promet également un troisième lien entre Lévis et Québec pour désengorger le réseau routier de la Rive Sud, un tunnel estimé, pour le moment, à 6,5 milliards de dollars.

Investissements modestes

Pendant ce temps, la municipalité dépense moins de 90 $ par habitant dans sa société de transport. Dans son budget 2023, Lévis prévoit 25,4 millions de dépenses supplémentaires, parmi lesquelles 1,2 % se consacre à financer la STLévis. La Ville injecte 300 000 $ supplémentaires dans cette dernière, portant l’enveloppe totale consentie par la municipalité à 13,6 millions de dollars. Il s’agit d’un sommet dans l’histoire de Lévis.

Le maire Gilles Lehouillier défend son bilan, soutenant que l’enveloppe consentie à la société de transport a plus que triplé depuis 10 ans. « Nous avions un rattrapage important à faire, a indiqué l’élu lors de la présentation du budget, lundi. Nous sommes en train de rattraper notre retard. »

M. Lehouillier ajoute que le transport collectif fait l’objet d’importants investissements, notamment pour électrifier la flotte d’autobus, construire un nouveau garage et aménager des voies réservées le long du boulevard Guillaume-Couture, la colonne vertébrale de son réseau routier municipal.

Il est toutefois impossible, la fin de semaine, de partir en autobus de Québec en direction de Lévis après 22 h. Même les parcours à l’intérieur de cette municipalité issue des fusions demeurent laborieux. Il faut souvent compter une heure pour atteindre la traverse en partant de Saint-Jean-Chrysostome, un parcours qui demande de deux à trois fois moins de temps en automobile. Idem pour les cégépiens qui habitent l’est de la ville : l’autobus mettra une heure à les transporter jusqu’au cégep de Lévis. La voiture en demandera trois fois moins.

« Par habitant, Lévis met moins d’argent que les autres villes équivalentes sur les transports en commun, déplore l’unique élu de l’opposition, Serge Bonin. Il faudra peut-être faire un virage très important pour mettre ce qu’il faut pour que ce soit attractif [et] intéressant. Pour l’instant, on n’est pas là. »

Le maire Lehouillier insiste : sa ville n’a rien à envier à des villes de taille similaire comme Trois-Rivières, Sherbrooke ou Saguenay. Celles-ci, toutefois, ne font pas face à un pôle économique de la taille de Québec. Le va-et-vient des voitures entre les deux rives voit circuler chaque jour, selon les données du MTQ, plus de 175 000 automobiles sur les ponts de Québec et Pierre-Laporte.

Dépendance aux taxes à diminuer

Lévis espérait, en 2015, accueillir 8500 nouvelles unités d’habitation à l’horizon 2025. Cinq ans ont cependant suffi à franchir ce cap. Cette expansion fulgurante, la plus rapide parmi les 10 plus grandes villes du Québec, augmente les revenus de la municipalité — tout autant que les dépenses nécessaires pour assurer des services à une population en croissance rapide.

La dette de Lévis, à l’horizon 2023, devrait atteindre 529 millions de dollars, estime Josée Bélanger, directrice des finances et trésorière, soit une augmentation de 41 millions de dollars par rapport à 2021. Les revenus en croissance permettent de diminuer le ratio de l’endettement total à long terme sur les revenus. Ce dernier atteignait 144 % en 2020 pour diminuer à 129 % en 2021.

Lévis entame également une réflexion pour diversifier ses sources de revenus et diminuer sa dépendance aux taxes foncières. Dans son budget de 358,7 millions de dollars présenté lundi, 308 millions de dollars, soit 86 % du total, proviennent de la perception de taxes.

Ces dernières, en 2023, augmentent de façon modulée selon les secteurs. Les propriétaires de résidence unifamiliale verront leur taxe foncière grimper de 2,6 %, tandis que les propriétaires de multiplex comptant six logements et plus la verront bondir de 5,5 %. Les industries encaisseront une hausse de 5,3 %, les exploitants agricoles épongeront une majoration de 4,6 %, les commerçants, de 4,4 %.

À voir en vidéo