Casse-tête en vue des Fêtes pour les Québécois sans voiture

La plateforme américaine Turo, sur laquelle on peut louer une voiture à son propriétaire, a connu une forte croissance au Québec cette année.
Photo: iStock La plateforme américaine Turo, sur laquelle on peut louer une voiture à son propriétaire, a connu une forte croissance au Québec cette année.

Un service d’autopartage « victime de sa popularité » et des transports interurbains par bus qui laissent à désirer sont quelques-uns des facteurs qui vont complexifier les déplacements de nombreux Québécois sans voiture qui prendront part à des rassemblements familiaux loin du bercail pendant le temps des Fêtes. Tour d’horizon.

Sur l’application mobile de Communauto, il est possible de réserver une voiture jusqu’à un mois avant la date du trajet. Or, pour de nombreux Montréalais ne disposant pas de leur propre véhicule, il s’est révélé impossible cette année de dénicher sur la plateforme une voiture libre pour une réservation de quelques jours pendant le temps des Fêtes, en particulier la veille et le jour de Noël.

« Je rafraîchis mon écran sans arrêt et quand je vois une offre, j’essaie de sauter dessus », lance Richard Crête, un ancien « gars de char » qui a délaissé sa voiture il y a quatre ans. Le Montréalais mise aujourd’hui sur Communauto pour « sortir de l’île », mais le service d’autopartage « est un peu victime de sa popularité », constate-t-il.

« C’est difficile de répondre à la demande quand on n’a pas reçu les voitures qu’on a commandées », justifie le vice-président au développement stratégique chez Communauto, Marco Viviani. Sur les 800 voitures commandées cette année pour Montréal, 600 sont arrivées à bon port, la plupart après l’été. « Les constructeurs automobiles ne sont pas capables de livrer ce dont on a besoin », ajoute M. Viviani, qui souhaite tout de même ajouter 1200 autres véhicules à sa flotte montréalaise en 2023.

Quant aux entreprises de location de voitures, comme Hertz et Enterprise, « les prix sont fous ou carrément il n’y a rien » à louer, constate M. Viviani.

La plateforme américaine Turo, sur laquelle on peut louer à court terme une voiture directement à son propriétaire, a quant à elle connu une forte croissance au Québec cette année, de plus en plus d’automobilistes souhaitant y partager leur véhicule. « Les défis rencontrés cet été par les entreprises de location ou d’autopartage traditionnelles risquent fort de perdurer pendant le temps des Fêtes et nous sommes ravis que Turo émerge comme une solution de mobilité pratique, fiable et économique pour que tous les Montréalais puissent célébrer les fêtes avec leurs proches », a fait valoir par écrit le vice-président et responsable de l’entreprise au Canada, Cédric Mathieu.

L’avion comme solution

Kevin Charron, un père de famille qui demeure dans le quartier Villeray, a pour sa part décidé cette année de troquer l’autopartage pour des billets d’avion à 500 $ chacun pour se rendre en Abitibi-Témiscamingue pendant le temps des Fêtes avec sa femme et sa jeune fille de moins de deux ans — qui peut pour sa part voyager gratuitement. « Mais l’avion, ce n’est pas viable de prendre ça deux ou trois fois par année pour aller voir la belle-famille », soupire-t-il.

Quant à ses déplacements vers la Rive-Nord de Montréal, où M. Charron compte également des proches, « il y a des options [en transport en commun], mais ce sont de longs trajets » et plusieurs municipalités sont mal desservies, relève-t-il.

On a, à ce niveau-là, une faiblesse fondamentale qui doit être rectifiée, et tant et aussi longtemps que l’État refuse d’offrir et de soutenir les infrastructures [de transport interurbain] qui sont nécessaires, on va continuer à frapper ce mur-là

 

Malgré les lacunes de l’offre actuelle de transport en commun dans la grande région de Montréal, le Montréalais Roberto Chiarella s’accommode bien des solutions que sont le train de banlieue et le transport interurbain pour se rendre à des rassemblements familiaux pendant le temps des Fêtes. « Le temps de trajet, ça ne nous dérange pas », lance celui qui compte opter pour un cocktail d’options en transport en commun pour se rendre avec sa conjointe et ses enfants dans des rassemblements dans les Laurentides au cours des prochaines semaines.

Joanie Martin prévoit quant à elle louer la voiture de la cousine d’une amie pendant le temps des Fêtes, notamment pour pouvoir prendre part à un rassemblement familial à Rawdon, dans Lanaudière. La Montréalaise aurait pu opter pour un bus en partance du métro Radisson pour se rendre dans cette municipalité, mais la piètre fréquence du service l’a découragée. « Quand il n’y a pas de place dans l’autobus, tu attends le prochain et le prochain, il est dans cinq heures », illustre-t-elle.

« C’est un peu délirant »

Les critiques sont d’autre part nombreuses concernant les lacunes dans l’offre de service de transporteurs, comme Orléans Express et Intercar, qui assurent des liaisons par autocars entre les différentes régions du Québec.

C’est le cas de Nicole Trudeau, une résidente de Saint-Lambert qui comptait se rendre par bus à Baie-Saint-Paul pour y voir une amie pendant le temps des Fêtes. Elle doit pour se faire prendre un autobus d’Orléans Express de Montréal à Québec, puis un autre d’Intercar jusqu’à sa destination.

Or, le premier bus en partance de Montréal pour Québec est à 7 h le matin et arrive à bon port à 10 h 15, soit plus d’une heure après l’unique départ quotidien d’un bus d’Intercar en direction de Baie-Saint-Paul, en partance du terminus de Sainte-Foy. En entrevue, Nicole Trudeau raconte s’être fait proposer par des employés de ces deux transporteurs de dormir à Québec pour prendre le bus à 9 h le lendemain pour Baie-Saint-Paul.

« C’est un peu délirant », lâche celle qui déplore la baisse de l’offre de service des transporteurs interurbains au Québec dans les dernières années.

« On a à ce niveau-là une faiblesse fondamentale qui doit être rectifiée et tant et aussi longtemps que l’État refuse d’offrir et de soutenir les infrastructures [de transport interurbain] qui sont nécessaires, on va continuer à frapper ce mur-là », constate d’ailleurs le chargé de cours à l’Université de Montréal et expert en planification des transports, Pierre Barrieau. Si on ne fait rien, un nombre accru de Québécois va opter pour l’achat d’une voiture pour faciliter leurs déplacements, prévient-il.

Joint par Le Devoir, Keolis Canada, qui regroupe notamment le transporteur Orléans Express, indique que ce dernier « travaille toujours sur son plan de relance graduelle de ses opérations postpandémiques ». Dans ce contexte, « sa capacité évolue constamment en fonction de l’achalandage et de la main-d’oeuvre disponible », indique une déclaration écrite.

L’entreprise assure d’ailleurs qu’elle « prévoit ajouter des autobus supplémentaires lors des périodes de pointe afin de mieux desservir les besoins de la clientèle ».