La STM lance un appel d’offres pour le tunnel de la ligne bleue

Annoncé en 2018 par le premier ministre canadien, Justin Trudeau, l’ex-premier ministre québécois Philippe Couillard et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, le projet de prolongement de la ligne bleue, avec cinq stations, est maintenant estimé à 6,4 milliards.
Josie Desmarais Archives Getty Images Annoncé en 2018 par le premier ministre canadien, Justin Trudeau, l’ex-premier ministre québécois Philippe Couillard et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, le projet de prolongement de la ligne bleue, avec cinq stations, est maintenant estimé à 6,4 milliards.

Le projet de prolongement de la ligne bleue du métro a franchi une nouvelle étape lundi. La Société de transport de Montréal (STM) a lancé un appel d’offres pour la construction du tunnel jusqu’à Anjou à l’aide d’un tunnelier.

Attendu depuis plusieurs décennies, le prolongement de la ligne bleue n’est plus une « légende urbaine » avec cette nouvelle étape qui vient d’être lancée, a fait valoir lundi le président du conseil d’administration de la STM, Éric Alan Caldwell.

La STM avait déjà mené une procédure de qualification afin de trouver des firmes et consortiums susceptibles de réaliser le projet, mais lundi, elle n’a pas voulu dire combien d’entreprises pourraient être en lice pour l’appel d’offres. « Il y a une étanchéité du processus justement pour assurer la bonne tenue de l’appel d’offres. Alors, ces détails-là ne peuvent pas être divulgués. Je ne suis moi-même pas au courant », a expliqué M. Caldwell.

L’excavation à l’aide d’un tunnelier se fera entre le boulevard Pie-IX et le secteur Anjou Ouest. Le segment de tunnel entre la station Saint-Michel et le boulevard Pie-IX sera pour sa part réalisé avec une haveuse. « Le tunnelier devrait nous permettre d’avancer de 10 à 13 mètres par jour », a précisé la directrice générale de la STM, Marie-Claude Léonard. L’appel d’offres vise aussi d’autres travaux connexes, comme l’excavation des stations Pie-IX, Viau et Lacordaire ainsi que de certaines structures auxiliaires.

La STM espère que les travaux souterrains se dérouleront sans anicroche et qu’ils n’entraîneront pas de dépassement de coûts comme ce fut le cas pour le projet du Centre de transport Bellechasse, dont la facture est passée de 254 à 584 millions depuis 2018. « Quand on creuse, on peut toujours avoir de mauvaises surprises, dans tous les projets qu’on réalise. On a quand même tiré des leçons [du Centre de transport Bellechasse] et on s’assurera d’avoir des études exhaustives avant le creusage », a affirmé Mme Léonard.

Annoncé en 2018 par le premier ministre canadien, Justin Trudeau, l’ex-premier ministre québécois Philippe Couillard et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, le projet de prolongement de la ligne bleue, avec cinq stations, est maintenant estimé à 6,4 milliards. Sa mise en service est prévue en 2029.

Combler le trou budgétaire

 

Lundi, les dirigeants de la STM ont présenté le budget 2023 de la Société de transport devant la Commission des finances. Aux prises avec un trou budgétaire de près de 78 millions de dollars, la STM a affirmé qu’elle chercherait des « pistes d’optimisation » pour diminuer son manque à gagner, car la menace d’une réduction de service plane toujours sur 2023.

Marie-Claude Léonard a cependant écarté la possibilité de procéder à des mises à pied, bien que la masse salariale représente 67 % du budget de la STM. Environ 80 % des employés sont syndiqués et les conventions collectives arriveront à échéance en 2025, a-t-elle souligné. « On a besoin de nos ressources présentement. On a besoin de la main-d’oeuvre dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre. On a des gens formés qui connaissent notre environnement », a-t-elle rappelé.

La STM espère combler son manque à gagner de 77,7 millions notamment grâce à l’aide des gouvernements supérieurs. « Sans ça, fatalement, on ne pourra plus se payer cette offre de service », a indiqué Éric Alan Caldwell, en soulignant que la mission de la STM consistait à « déplacer des gens ».

Rappelons que, l’an dernier, la STM avait présenté un budget pour 2022 comportant un trou budgétaire de 43 millions, qu’elle avait réussi à combler grâce à des efforts de rationalisation totalisant 18 millions et une contribution supplémentaire de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) de 25 millions. « La STM peut cette année être dans le même horizon d’efforts, mais, manifestement, il devra y avoir des sources de revenus pour maintenir l’offre de services, a affirmé M. Caldwell. Le système actuel n’est pas viable. »

Au passage, M. Caldwell a signalé que le budget de la STM était déposé avant celui de l’ARTM, alors que celle-ci reçoit le financement gouvernemental pour le transférer aux sociétés de transport. « Dans un monde idéal, normal, le financement serait en rafale, a-t-il dit. Il y a vraiment une séquence à revoir. »

Des décisions municipales

 

Les appels à l’aide de la STM pour un meilleur financement des transports en commun ne datent pas d’hier, mais les solutions tardent à venir. D’ailleurs, lundi, la ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault, ne semblait pas pressée de prendre des engagements. « Les sociétés de transport sont de gestion municipale », a-t-elle dit au micro de Radio-Canada.

« Je ne pense pas que c’est au gouvernement de commenter chacune des décisions budgétaires, parce qu’on évoquerait [l’autonomie] municipale », a-t-elle dit en expliquant que la Ville de Montréal devait assumer ses choix, dont celui d’offrir la gratuité pour les aînés dans le réseau de la STM à compter de juillet 2023 et de présenter un budget comportant un manque à gagner important.

Quand on l’a interrogée sur la possibilité d’imposer une taxe kilométrique aux automobilistes pour financer les transports collectifs et remédier à la baisse de revenus de la taxe sur l’essence à cause de l’électrification progressive du parc automobile, la ministre a répondu : « De nouvelles taxes dans un contexte d’inflation, je ne suis pas certaine que les citoyens apprécieraient » ça, a-t-elle dit à l’animateur Patrick Masbourian. « Il y a une grosse réflexion globale à avoir sur tous ces énormes projets de transport collectif. »

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