La STM pourrait devoir réduire ses services au cours de 2023

Aux prises avec un manque à gagner de près de 78 millions de dollars pour 2023, la Société de transport de Montréal (STM) pourrait devoir effectuer des réductions de service en cours d’année si elle n’obtient pas le financement requis pour combler son déficit. Elle entend cependant maintenir, dans les premiers mois de 2023, une offre de service semblable à celle de 2022, moyennant quelques modifications.

L’inflation et les problèmes structurels du financement du transport en commun font mal aux finances de la STM. L’an prochain, son budget atteindra 1,7 milliard de dollars, soit une hausse de 128,7 millions, ou 8,2 %.

« À l’aube de 2023, on fait face à un contexte économique difficile. On a un retour d’achalandage plus lent que prévu. C’est donc certain qu’il y a une pression immense sur nos finances et sur nos bailleurs de fonds », a expliqué la directrice générale de la STM, Marie-Claude Léonard, lundi, alors qu’elle présentait le budget 2023 de son organisation. L’augmentation du budget est notamment attribuable à l’indexation de la rémunération et des biens dans un contexte d’inflation et à l’augmentation des dépenses d’exploitation.

L’an dernier, la STM avait dû composer avec un manque à gagner de 43 millions, qu’elle a comblé en cours d’année grâce à une augmentation de la contribution de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) de 25 millions et à une réduction des dépenses de 18 millions.

Ce manque à gagner s’accentuera donc en 2023 et, pour l’instant, la STM ignore si les discussions engagées avec l’ARTM, le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal pour le combler porteront leurs fruits.

Modifications

En attendant, la STM a décidé de maintenir un niveau de service à peu près semblable à celui de 2022 pour les premiers mois de 2023. Elle compte cependant procéder à des modifications du service d’autobus en réduisant la fréquence de certaines lignes où l’achalandage est moins important, comme les dessertes vers le centre-ville, et en augmentant le service sur des lignes plus rentables, comme les lignes 197, 24 et 467. Selon la STM, 80 % des lignes ne seront pas touchées.

Dans le métro, certaines révisions ont aussi été apportées, mais il s’agit de modifications « chirurgicales », a soutenu Mme Léonard. Par exemple, sur la ligne orange, la fréquence la plus courte entre deux trains demeurera, mais elle sera appliquée moins longtemps en heure de pointe, a expliqué la directrice générale.

Ces mesures pourraient devoir être revues en cours d’année si la STM n’arrive pas à combler son manque à gagner. « On avait une option, qu’on a rejetée, qui était d’équilibrer le budget et de proposer des coupes de services à nos citoyens. […] L’idée de passer à un niveau de service inférieur, on ne s’y résout pas », a indiqué le président du conseil d’administration de la STM, Éric Alan Caldwell. Il reste toutefois qu’une « discussion de fond » devra être tenue sur le financement des transports en commun.

La semaine dernière, Radio-Canada a évoqué des baisses de service envisagées de 3,7 % pour les bus et de 4,8 % pour le métro par rapport à 2022. Il s’agissait bien de l’un des scénarios examinés par la STM, mais il a été écarté, a toutefois indiqué Marie-Claude Léonard.

Côté investissements, la STM réserve 20,4 milliards pour la période allant de 2023 à 2032. Les projets des prochaines années comprennent le prolongement de la ligne bleue, l’accessibilité dans le métro, l’électrification du parc d’autobus et le remplacement des voitures MR-73 du métro.

« Mauvaise gestion »

L’opposition à l’hôtel de ville déplore que la STM ait dévoilé un budget déficitaire pour une deuxième année d’affilée. « Le pire dans cette mauvaise gestion, c’est que l’administration n’a même pas l’honnêteté de dire aux Montréalais où elle coupera dans l’offre de services. Tout ce qu’elle fait, c’est attendre après l’argent de Québec, alors que les négociations avec le gouvernement sont dans un cul-de-sac », a déclaré la mairesse de Montréal-Nord, Christine Black.

Trajectoire Québec croit qu’une aide gouvernementale d’urgence sera encore nécessaire l’an prochain. Une solution à plus long terme devra cependant être trouvée, estime sa directrice générale, Sarah V. Doyon. « On n’y arrive manifestement plus. Le manque à gagner ne fait que s’agrandir, et je ne suis pas sûre qu’on puisse le régler à coups d’aide d’urgence. »

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