La CMM dévoile son plan de match pour s’attaquer à la crise du logement

« Clairement, on a besoin de financement. Ça fait partie de la responsabilité de l’État », a convenu jeudi le maire de Mascouche et président de la Commission de l’habitation et de la cohésion sociale de la CMM, Guillaume Tremblay.
Marie-France Coallier Le Devoir « Clairement, on a besoin de financement. Ça fait partie de la responsabilité de l’État », a convenu jeudi le maire de Mascouche et président de la Commission de l’habitation et de la cohésion sociale de la CMM, Guillaume Tremblay.

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a dévoilé jeudi sa première politique en matière d’habitation, qui vise à aider les 82 municipalités de la région à faire face à la crise du logement. Mais la majorité des pistes de solution qu’elle propose nécessiteront le soutien financier du gouvernement du Québec, qui n’est pas acquis.

Dans un document peaufiné au terme d’une consultation publique menée dans les derniers mois, la CMM dresse ses priorités et ses cibles en matière d’habitation à l’horizon 2031, parmi lesquelles la densification et l’amélioration de l’inventaire des logements sociaux.

Cette politique propose notamment qu’on réduise du quart le nombre de ménages de la région « éprouvant des besoins impérieux de logement » parce qu’ils peinent à trouver un logement répondant à leur capacité financière ou encore de taille suffisante. « Il s’agit d’une cible ambitieuse impliquant une diminution de 33 000 ménages comparativement à 2021 », indique le document rendu public jeudi.

Actuellement, le nombre de ménages dans le besoin est plutôt en augmentation dans la région en raison de la spéculation immobilière. En effet, tandis que les revenus des ménages de la région ont augmenté d’environ 40 % depuis 2011, le prix de vente des propriétés a bondi de 90 % pendant la même période, relève la CMM dans son rapport.

« En ce qui concerne les loyers, les taux d’augmentation au cours des trois dernières années sont les plus importants observés en près de 20 ans », ajoute le vaste document. Ce sont par ailleurs quelque 200 000 ménages locataires à faible revenu dans la région qui allouent plus de 30 % de leurs revenus au logement, indique la politique, qui compte 28 actions à mettre en oeuvre.

« C’est un enjeu qui, évidemment, affecte les revenus de ces gens-là, affecte leur santé. Ce sont des revenus que ces gens-là pourraient utiliser pour faire autre chose, que ce soit pour financer l’éducation de leurs enfants, par exemple. Et dans certains cas extrêmes, ça peut même mener à l’itinérance », a relevé jeudi le maire de Laval, Stéphane Boyer, en conférence de presse dans les bureaux de la CMM, au centre-ville de Montréal. Il est donc « urgent d’agir », a-t-il poursuivi.

Miser sur la densité

Le document propose donc l’atteinte d’un seuil de 35 000 mises en chantier par année dans la région coordonnée à un accès aux espaces verts pour les résidents. Pour atteindre cet objectif, la CMM propose de miser sur la densification pour limiter les ravages de l’étalement urbain. Elle presse d’ailleurs Québec d’encadrer le développement du territoire à l’extérieur des frontières de la grande région de Montréal, dans des secteurs où la maison individuelle demeure reine.

« On ne veut pas juste construire des logements, on veut construire des milieux de vie inclusifs », a précisé M. Boyer. Or, actuellement, seulement 4,1 % de l’ensemble des logements de la grande région de Montréal sont des logements sociaux et communautaires, dont le rythme de production est « très faible », souligne cette nouvelle politique.

Pour inverser cette tendance, la CMM demande notamment à Québec de céder aux municipalités de la région ses bâtiments excédentaires. Ceux-ci pourraient alors être convertis en logements sociaux.

« Parfois, lorsqu’on vient construire une autoroute, on vient exproprier très large, et il y a parfois des terrains qu’on pourrait exploiter. L’idée, derrière ça, c’est de dire que nous, comme société, on a parfois des actifs qu’on pourrait mettre à profit », a expliqué le maire Boyer jeudi.

La CMM demande aussi au gouvernement Legault de réviser ses programmes de financement destinés à la construction de ce type de logements, au moment où les fonds commencent à manquer dans la cagnotte d’AccèsLogis Québec. Or, qu’en sera-t-il si l’aide financière de Québec n’est pas au rendez-vous dans les prochains mois ?

« Si Québec n’est pas prêt à investir en habitation, ça ne veut pas dire que les villes ne vont rien faire. Tout ce qu’on peut mettre en place à notre échelle, on va le faire, a répondu M. Boyer. On ne va pas rester les bras croisés. »

Les municipalités peuvent notamment s’inspirer de Montréal en adoptant elles aussi un règlement d’inclusion qui forcerait les promoteurs à inclure des logements sociaux et abordables dans leurs projets immobiliers. Elles peuvent aussi avoir recours à leur droit de préemption pour acquérir des terrains où des logements sociaux ou abordables pourraient voir le jour, énumère M. Boyer.

Financement et modifications réglementaires

Stéphane Boyer note d’ailleurs que le gouvernement Legault peut aider les municipalités à s’attaquer à la crise du logement sans nécessairement délier les cordons de sa bourse. En ce sens, la CMM demande entre autres dans sa politique des modifications au Code civil du Québec pour contrer les « tactiques frauduleuses ou malveillantes » qu’emploient certains propriétaires pour « reprendre un logement afin d’en augmenter le loyer ». Québec pourrait par ailleurs mettre en place des mesures réglementaires pour réduire le coût des expropriations de terrains par les villes souhaitant utiliser ce levier pour faciliter la construction de logements sociaux et abordables sur leur territoire, propose la CMM.

« Je pense que pour Québec, même s’il n’est pas prêt à débourser, il y a d’autres manières [dont] il peut nous aider », a fait valoir Stéphane Boyer.

Or, « un des problèmes, c’est que les deux tiers de la politique [de la CMM], ce sont des adresses au gouvernement du Québec », a déclaré jeudi le porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec, Martin Blanchard, qui estime que le plan de match de la CMM aurait dû miser davantage sur le champ d’action des municipalités plutôt que de tendre des perches à Québec.

« Clairement, on a besoin de financement. Ça fait partie de la responsabilité de l’État », a d’ailleurs convenu jeudi le maire de Mascouche et président de la Commission de l’habitation et de la cohésion sociale de la CMM, Guillaume Tremblay. « On a besoin de l’aide du gouvernement du Québec. »

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