Choc des visions entre les candidats à la mairie de Sorel-Tracy

Cette course survient dans un contexte où plusieurs milieux naturels de Sorel-Tracy sont dans la mire de promoteurs immobiliers, qui souhaitent saisir les occasions d’affaires dans ce secteur, les terrains disponibles se raréfiant dans les villes voisines.
Adil Boukind Archives Le Devoir Cette course survient dans un contexte où plusieurs milieux naturels de Sorel-Tracy sont dans la mire de promoteurs immobiliers, qui souhaitent saisir les occasions d’affaires dans ce secteur, les terrains disponibles se raréfiant dans les villes voisines.

Trois candidats s’affrontent dans une course qui permettra de déterminer dimanche prochain le successeur de l’ancien maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, forcé de démissionner en juin dernier. Au coeur des débats s’opposent des visions bien distinctes quant à la manière d’encadrer le développement de cette ville de la Montérégie, où la pression immobilière menace plusieurs espaces verts.

Le 8 juin, la Cour supérieure entérinait une recommandation de la Commission municipale du Québec en déclarant Serge Péloquin « inhabile » à continuer d’occuper le poste de maire de Sorel-Tracy. Le maire avait été montré du doigt pour avoir installé un micro dans le bureau du greffier de la Ville afin d’écouter ses conversations. Sa destitution a ainsi entraîné le déclenchement d’une élection partielle, qui mènera à son remplacement le 20 novembre. Une journée de vote par anticipation a d’ailleurs eu lieu dimanche.

Construire des logements

Cette course survient dans un contexte où plusieurs milieux naturels de Sorel-Tracy sont dans la mire de promoteurs immobiliers, qui souhaitent saisir les occasions d’affaires dans ce secteur, les terrains disponibles se raréfiant dans les villes voisines. La construction de logements constitue d’ailleurs la priorité numéro un de l’homme d’affaires Jean Cournoyer, qui brigue la mairie de cette ville en croissance démographique.

Il faut garder les jobs qu’on a ici. Il faut combler le manque de main-d’oeuvre ici, et les personnes qui s’en viennent ici, il faut pouvoir les loger.

« On va se le dire, on n’est pas une ville prospère, on n’est pas une ville riche. On est un peu vingt ans en arrière des autres », lance au Devoir M. Cournoyer, qui possède notamment le club de golf Continental et l’entreprise de location de véhicules Kiroule. Celui qui détient aussi des terrains voués à des projets immobiliers ainsi que l’entreprise Construction 2000 voit dans la construction de logements l’un des principaux moyens de dynamiser l’économie de Sorel-Tracy.

« Il faut garder les jobs qu’on a ici. Il faut combler le manque de main-d’oeuvre ici, et les personnes qui s’en viennent ici, il faut pouvoir les loger », insiste M. Cournoyer, qui est d’ailleurs propriétaire de plusieurs appartements locatifs.

En ce moment, « il n’y a rien qui aboutit », lance le candidat à la mairie, qui déplore que des projets immobiliers tardent à prendre forme dans la Ville de Sorel-Tracy. Dans les derniers mois, une politique de l’arbre a été élaborée afin de permettre à la municipalité de se donner des cibles en matière d’augmentation de la canopée et de réduction des îlots de chaleur. Une politique que critiquent plusieurs promoteurs.

« Il faut aider le monde ; il ne faut pas juste aider les arbres », lance le candidat à la mairie, qui soutient néanmoins que la protection des boisés est importante pour lui. « Si je suis élu, il n’y aura pas de projets où des scies mécaniques vont rentrer [dans des boisés] et tout couper », affirme-t-il.

Développement durable

Un de ses opposants, Patrick Péloquin — qui n’a aucun lien de parenté avec l’ancien maire —, estime que cette élection partielle « va vraiment déterminer ce que les citoyens de Sorel-Tracy veulent comme développement pour leur ville ». Pour sa part, il propose une approche axée sur le « développement durable ».

On a un grand besoin en logements sociaux et abordables ; on a aussi besoin de logements pour les familles. Mais jamais au détriment des boisés.

« On a un grand besoin en logements sociaux et abordables ; on a aussi besoin de logements pour les familles. Mais jamais au détriment des boisés », affirme le candidat. En ce sens, il propose que la Ville procède à une révision de ses règlements d’urbanisme afin d’établir des balises claires concernant le développement de la municipalité. La municipalité pourrait par exemple densifier davantage des secteurs déjà minéralisés afin d’assurer la protection de ses espaces verts tout en répondant à ses besoins en logements, propose-t-il.

« Ça va amener de la prévisibilité. Donc, ça va être un bon outil pour la Ville, mais aussi pour les promoteurs parce qu’ils vont savoir quelles sont les règles du jeu », estime M. Péloquin. Chose certaine, selon lui, « il ne faut pas faire des coupes à blanc parce qu’en ce moment, c’est vraiment laissé au bon vouloir des promoteurs ».

Je veux redonner la municipalité aux citoyens.

La troisième candidate en lice, Corina Bastiani, qui a été conseillère municipale de 2005 à 2013, propose elle aussi de miser sur une « densification réparatrice » pour développer le territoire de Sorel-Tracy sans nuire à la protection de l’environnement. « Il faut penser l’aménagement pour les gens », indique celle qui souhaite notamment réduire le nombre d’îlots de chaleur dans la ville.

Elle propose par ailleurs de revoir le modèle de gouvernance dans la ville, notamment en tenant davantage de consultations publiques et en améliorant la manière dont les décisions de la municipalité sont communiquées à ses résidents. « Je veux redonner la municipalité aux citoyens », résume-t-elle.

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