Un projet industriel menace 57 arbres dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

Ce projet industriel implique  la coupe de 57 arbres de différentes espèces, incluant des chênes, des frênes, des ormes d’Amérique et des érables argentés.
Comité de démolition de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve Ce projet industriel implique la coupe de 57 arbres de différentes espèces, incluant des chênes, des frênes, des ormes d’Amérique et des érables argentés.

Un projet industriel qui prévoit la coupe de 57 arbres dans un secteur hautement minéralisé de l’est de Montréal soulève l’opposition de plusieurs résidents qui appréhendent les impacts de ce futur développement sur l’environnement et leur qualité de vie.

L’entreprise canadienne Summit, qui possède plus de 150 bâtiments à vocation industrielle au pays, a déposé une demande de démolition de la bâtisse d’un étage située au 7101, rue Notre-Dame Est, dont elle est propriétaire depuis 2018.

Au fil des décennies, ce bâtiment a d’abord servi de centre de recherche spécialisé dans les produits hygiéniques féminins pour l’entreprise Johnson & Johnson, où des centaines de personnes étaient employées, avant d’être racheté en 2013 par Energizer. Ce bâtiment est toutefois vacant depuis au moins un an.

Le Comité de démolition de l’arrondissement, qui a comme mandat d’étudier et d’approuver les demandes de démolition d’immeubles dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, se penchera mardi sur ce projet. La vocation précise du développement industriel du projet sera alors présentée aux membres de ce comité par le promoteur, indique au Devoir la conseillère du district de Maisonneuve–Longue-Pointe, Alia Hassan-Cournol, qui siège sur ce comité.

Le projet a toutefois déjà reçu un avis favorable de la Direction de l’aménagement urbain et des services aux entreprises, mentionne un document de l’arrondissement qui détaille certains aspects de ce projet. Celui-ci précise que l’entreprise Summit entrevoit de démolir les trois bâtiments actuels du site, construits au début des années 1950 et jugés vétustes à maints égards, pour remplacer ceux-ci par un immeuble industriel d’un étage qui comprendra un toit vert sur une partie de sa surface.

Plus de camions, moins d’arbres

Puisque les bâtiments se trouvant actuellement sur ce lot ont peu de valeur patrimoniale, les fonctionnaires de l’arrondissement ne voient pas d’inconvénients à leur démolition. Ce projet industriel implique cependant la coupe de 57 arbres de différentes espèces, incluant des chênes, des frênes, des ormes d’Amérique et des érables argentés.

Ces arbres matures seront remplacés par de jeunes arbres qui seront plantés sur ce terrain, assure le promoteur. Ceux-ci n’auront toutefois pas la même valeur écologique que les arbres qui sont menacés d’être rasés par l’agrandissement de la zone minéralisée sur ce site, qui accueillera de nombreux camions, déplore Anaïs Houde, une résidente du secteur mobilisée en faveur de la protection des espaces verts.

« Ça n’a pas de sens ! », lance Mme Houde, qui s’oppose à « ce genre de projets qui contribue à détruire la canopée et à augmenter le camionnage sur la rue Notre-Dame, qui est déjà saturée ».

Opposition citoyenne

 

Mme Houde compte parmi la quinzaine de citoyens qui ont acheminé dans les derniers jours un avis défavorable à ce projet en prévision de la tenue de la séance du Comité de démolition de l’arrondissement, mardi.

« Pour les citoyens, c’est une lutte de tous les instants pour conserver les arbres qu’on a », souligne Isabelle Durand, qui demeure à proximité de ce terrain industriel. En plus de craindre que ce projet contribue à raréfier encore davantage le nombre d’arbres dans ce secteur, la résidente appréhende une augmentation des « nuisances sonores » que pourrait entraîner ce projet industriel.

« Ce n’est pas un toit vert qui va remplacer des arbres matures », renchérit Mireille Goulet, une autre résidente du quartier en opposition à ce développement. « La végétation est très importante. Les arbres sont essentiels. Le peu qu’on a, on doit les conserver », insiste-t-elle.

La conseillère d’arrondissement Alia Hassan-Cournol se veut pour sa part rassurante. « Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on est dans les tout débuts d’un processus de démolition d’un bâtiment », souligne-t-elle. Maintenant que les fonctionnaires ont analysé la validité du projet d’un point de vue strictement réglementaire, les élus de l’arrondissement doivent tenir compte des préoccupations des citoyens qui leur seront soumises, explique Mme Hassan-Cournol. « On va juger ensuite si oui ou non on va accorder la démolition. »

Îlots de chaleur

 

Le secteur de l’Assomption Sud-Longue-Pointe, qui a fait l’objet d’un rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) publié en 2019, est considéré par plusieurs experts en santé publique comme le « poumon noir » de Montréal. Ce secteur comprend notamment l’Écoparc industriel de la Grande Prairie, où les entrepôts et stationnements créent de grands îlots de chaleur qui laissent peu de place aux espaces verts.

Le rapport de l’OCPM concernant le développement de ce secteur avait d’ailleurs souligné l’importance d’augmenter le verdissement de ce secteur, notamment par « la plantation d’arbres matures pour contrer les îlots de chaleur » dans les zones publiques et les terrains industriels.

C’est aussi dans l’ouest du secteur Assomption Sud–Longue-Pointe que l’entreprise Ray-Mont Logistiques prévoit bâtir une plateforme intermodale pouvant entreposer jusqu’à 10 000 conteneurs maritimes. Ce projet, qui soulève une forte opposition populaire, a d’ailleurs reçu une autorisation gouvernementale vendredi.

Dans ce contexte, l’arrondissement, qui a tenté en vain dans les dernières années d’empêcher le projet de Ray-Mont Logistiques, assure surveiller de près les nouveaux projets industriels dans ce secteur pour limiter les impacts environnementaux de ceux-ci. « On peut mettre des critères assez sévères au projet, on peut demander un projet bonifié », relève Mme Hassan-Cournol, au sujet du développement projeté par Summit sur la rue Notre-Dame.

« On n’empêche pas des entreprises de venir développer un secteur, mais pas n’importe comment, à n’importe quel prix, et pas au détriment de l’environnement. Ça doit être très clair pour les entreprises qui se développent dans Assomption Sud », insiste l’élue de Projet Montréal. Elle note d’ailleurs que les inquiétudes de citoyens concernant l’abattage potentiel d’arbres matures sur ce terrain, « c’est un point très important » qui sera « pris en compte » par l’arrondissement dans son analyse de cette demande de démolition. « C’est clair qu’on va tout faire pour protéger des arbres matures. »

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