Des trajets en bus plus rapides sur le boulevard Pie-IX dès lundi

Le SRB Pie-IX, qui reliera quatre arrondissements de Montréal ainsi que l’est de Laval, proposera des trajets dans une voie réservée dotée de feux prioritaires.
Crédit photo : Julien Perron-Gagné. Le SRB Pie-IX, qui reliera quatre arrondissements de Montréal ainsi que l’est de Laval, proposera des trajets dans une voie réservée dotée de feux prioritaires.

Après des années d’attente, le service rapide par bus (SRB) du boulevard Pie-IX entrera en grande partie en service lundi, à l’exception de deux stations, qui ne seront accessibles que l’an prochain. La Société de transport de Montréal (STM) espère que cette initiative, qui permettra de relier plus rapidement et à plus grande fréquence Montréal du nord au sud, attirera des dizaines de milliers d’usagers additionnels dans son réseau.

Ce sont ainsi 15 stations du projet de bus qui entreront en service lundi le long d’un trajet de 11 kilomètres reliant le boulevard Saint-Martin, dans le nord-est de Laval, à l’avenue Pierre-De Coubertin, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Deux stations entreront toutefois en service avec plusieurs mois de retard, à l’automne 2023. Il s’agit des stations Bélanger et Jean-Talon. Celles-ci sont notamment retardées par des travaux préparatifs reliés au prolongement de la ligne bleue du métro, qui prévoit l’aménagement d’un tunnel piétonnier qui reliera une des futures stations de métro au SRB Pie-IX.

Le SRB Pie-IX, qui passera par quatre arrondissements de Montréal, proposera des trajets dans une voie réservée dotée de feux prioritaires au centre du boulevard Pie-IX. Par ailleurs, presque tous les virages à gauche ont été interdits dans cette artère routière pour faciliter les déplacements des bus, dont l’embarquement se fera par toutes les portes.

Ainsi, le temps de trajet entre la dernière station à Montréal-Nord et celle de l’avenue Pierre-De Coubertin sera 30 % plus rapide par rapport à l’offre actuelle par bus, qui permet actuellement de réaliser ce trajet. La fréquence sera aussi bonifiée sur cet axe. Des bus circuleront ainsi toutes les 4 minutes aux heures de pointe et toutes les 10 minutes dans les périodes creuses, ce qui fera augmenter de 40 % le nombre de passages de bus en semaine et de 50 % la fin de semaine. Le SRB sera d’ailleurs en fonction 24 heures sur 24 en semaine et de 8 h à 18 h la fin de semaine.

Achalandage

 

Les estimations initiales prévoyaient que le SRB Pie-IX pourrait desservir 70 000 passagers. Celles-ci ont toutefois été revues à la baisse en raison de la pandémie, qui a fait chuter de 30 000 à 20 000 le nombre de passagers quotidiens des bus de la STM sur cet axe routier. La société de transport s’attend tout de même à attirer des dizaines de milliers de nouveaux usagers du transport en commun sur ce trajet, le long duquel résident un demi-million de personnes.

« Vous savez, au quotidien, on parle souvent de projets pour lesquels il y a des obstacles, des embûches en matière d’infrastructures. Mais aujourd’hui, on a une bonne nouvelle : on a un projet qui accouche et qui va permettre de desservir nos citoyens dès lundi », s’est réjouie jeudi la ministre des Transports, Geneviève Guilbault, dans une conférence de presse tenue tout près du boulevard Pie-IX. Elle espère d’ailleurs que cette nouvelle option de déplacement en transport en commun contribuera à alléger la congestion routière à Montréal, qui est notamment affectée par les travaux dans le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

Ce sont toutefois des bus articulés alimentés au diesel qui circuleront sur le boulevard Pie-IX pendant les premières années de la mise en service, où circuleront les bus de la ligne 439 de la STM. Quand ces véhicules auront atteint leur fin de vie, ils seront remplacés par des bus électriques, a assuré la STM dans un breffage technique tenu jeudi dans son bureau de projet, à Montréal-Nord.

« Évidemment, c’est mieux que ce soit électrique, mais c’est mieux un bus au diesel que pas de bus du tout », a commenté à cet égard le député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc.

« Une ombre au tableau »

Le budget officiel du projet s’élève à 523 millions de dollars, une somme qui est assumée à 75 % par le gouvernement du Québec. Cette facture exclut toutefois un éventuel prolongement du SRB dans la rue Notre-Dame jusqu’au centre-ville. Ce prolongement n’est pas écarté, mais demeure à l’étude en raison d’importants dépassements de coûts constatés dans l’analyse de celui-ci.

« Il y a malheureusement une ombre au tableau », a déploré jeudi Alexandre Leduc, au sujet de la mise sur pause de l’aménagement d’un SRB rue Notre-Dame, attendu par les résidents de sa circonscription.

« Pourquoi est-ce que ça ne va pas jusqu’à Notre-Dame ? Ça n’a aucun sens », a renchéri à ses côtés le député de Rosemont, Vincent Marissal, en marge de cette conférence de presse. Les deux députés appellent ainsi Québec à s’engager de façon claire dans la réalisation de ce prolongement, qui s’annonce coûteux.

D’abord annoncé en 2009, le projet de SRB Pie-IX devait initialement entrer en service en 2013. Le projet a toutefois connu maints retards au fil des années, au cours desquelles différents scénarios d’électrification ont été analysés, y compris le recours à des trolleybus. Le début des travaux de la version finale du projet a finalement eu lieu en 2019, au terme de nombreux aménagements d’infrastructures menés par la Ville pour assurer notamment la réfection du réseau routier et d’aqueduc sur une partie du tracé. La part du budget du projet reliée à des travaux menés par Montréal atteint d’ailleurs 130 millions de dollars.

Jeudi, la mairesse Valérie Plante a d’ailleurs dit souhaiter qu’on tire des leçons de la saga du SRB Pie-IX. Elle a aussi souligné « la nécessité de développer des projets de transport en commun en parallèle ». « Si le prolongement de la ligne bleue avait été fait il y a vingt ans, si on avait du transport [en commun] rue Notre-Dame, comme beaucoup de plans le mentionnaient, on aurait déjà des solutions pour soutenir les gens de l’est » de Montréal, a évoqué l’élue.

Elle a ainsi appelé Québec et Ottawa — « qui ont la capacité financière de nous appuyer » — à « sortir du paradigme » de la réalisation de projets de transport en commun à la pièce dans la région afin d’inciter plus d’automobilistes à changer leurs habitudes de déplacement.

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