De Sainte-Julie au «Devoir» en 45 minutes en passant par le tunnel

Lundi s’annonçait difficile pour les automobilistes qui empruntent le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, alors que débutaient les travaux forçant sa fermeture partielle. Mais contre toute attente, les congestions monstres ont été évitées et la circulation est demeurée fluide, y compris aux heures de pointe.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Lundi s’annonçait difficile pour les automobilistes qui empruntent le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, alors que débutaient les travaux forçant sa fermeture partielle. Mais contre toute attente, les congestions monstres ont été évitées et la circulation est demeurée fluide, y compris aux heures de pointe.

L’enfer routier que redoutaient les automobilistes a été évité lundi, au premier jour des travaux qui forcent la fermeture de la moitié des voies du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine. Contre toute attente, la circulation est demeurée fluide, y compris aux heures de pointe du matin et du soir, même si une seule voie reste accessible en direction de la Rive-Sud.

Le véritable test surviendra sans doute mardi, mercredi et jeudi, lorsque la circulation prendra de l’ampleur, croient les experts en mobilité. Le nombre d’employés en télétravail est plus élevé les lundis et les vendredis. Et une part importante des travailleurs reste habituellement à la maison le jour de l’Halloween, pour accompagner les enfants dans leur cueillette de bonbons.

Les navettes gratuites entre Montréal et la Rive-Sud, combinant les autobus et le métro, ont fait le bonheur des travailleurs et des étudiants, qui ont délaissé leur voiture.

 

« Je ne peux pas croire que les gens n’en profiteront pas. Le service est efficace. Et c’est gratuit », dit Yannick Gareau, un résident de Sainte-Julie qui travaille à la station de métro Pie-IX.

Il embarque depuis la semaine dernière dans la navette gratuite qui l’amène au métro Radisson. Une aubaine, selon lui : l’abonnement mensuel est normalement de 184 $ par mois pour ce type de combinaison de bus de la Rive-Sud et du métro de Montréal.

Yannick Gareau ose croire qu’en trois ans de travaux au tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, les transports en commun gagneront en popularité. « Pour ça, il faudra que le service soit ponctuel », dit-il.

Le trajet du matin entre le terminus de Sainte-Julie, sur la Rive-Sud, et les bureaux du Devoir, au métro Berri-UQAM, a pu se faire en 45 minutes grâce à la navette par autobus qui amène les passagers au métro de Montréal. La voie réservée sur l’autoroute 20 mène les autobus presque à l’entrée du tunnel.

La circulation était relativement fluide à l’heure de pointe du soir dans la seule voie qui passe sous le fleuve en direction de la Rive-Sud. Là encore, un réseau de voies réservées amène les autobus presque au seuil du tunnel. Vers 17 h lundi, le flot de véhicules se maintenait à bonne vitesse dans le tunnel.

Photo: Marco Fortier Le Devoir L’abribus de la ligne 520, au terminus de Sainte-Julie, était désert lors de l’arrivée du journaliste du «Devoir», vers 7h50.

Changer les habitudes

La relative fluidité de la circulation observée lundi n’étonne pas Pierre Barrieau, expert en planification des transports et chargé de cours à l’Université de Montréal. « C’est une réaction normale. Il y a un peu de panique et un peu d’incertitude. Les gens sont partis plus tôt. Ils ont fait davantage de télétravail. Dans les premiers jours, le psychologique joue très fort. En plus, c’est l’Halloween », et les gens veulent rentrer tôt en fin de journée, résume-t-il.

Mais une fois cette appréhension passée, les automobilistes devraient reprendre leurs habitudes, croit-il. Dès la fin de la semaine et dans le courant de la semaine prochaine, on devrait voir une réelle congestion s’installer. Il y aura une première collision dans l’axe du tunnel La Fontaine. Puis, il y aura la première neige. « Pour moi, la première neige, ce sera le vrai test », dit-il.

Photo: Marco Fortier Le Devoir L’autobus emprunté par notre journaliste a franchi la distance entre le terminus de Sainte-Julie et l’entrée du pont-tunnel en 11 minutes en empruntant la voie réservée sur l’autoroute 20.

Pour Catherine Morency, professeure titulaire à Polytechnique Montréal et spécialiste de la mobilité, ce n’est que partie remise. Si elle souhaite que le chantier du tunnel incite les automobilistes à changer leurs habitudes, elle ne croit pas que les mesures supplémentaires de transport en commun mises en place soient suffisantes.

« Il faudrait des mesures très vigoureuses pour promouvoir les autres modes, avance-t-elle. Ce ne sont pas des mesures d’atténuation que ça prend. Il faut des outils qui vont demeurer a posteriori. »

Selon elle, il faut arrêter de prendre les gens « en otage » avec une seule option de transport. « On ajoute des autoroutes dans le but d’aller plus vite, mais les gens ne gagnent pas de temps, comme ils vont s’établir plus loin, explique-t-elle. Ça fait des années qu’on aurait dû développer les réseaux [de transport en commun]. Il n’y en a pas assez. On devrait prendre cette expérience-là pour le faire. »

Surprise au volant

 

Même en auto, ça circulait bien la plupart du temps, lundi. Valérie de Beaumont habite Sainte-Julie et enseigne les sciences infirmières au collège de Maisonneuve. Lundi matin, elle a quitté son domicile en voiture à 7 h 45, pour arriver au collège à 8 h 45. « C’est totalement acceptable. J’ai été agréablement surprise », a-t-elle indiqué.

Elle s’attend toutefois à ce que la congestion reprenne ses droits dans les prochains jours.

Elle a créé une page Facebook pour inciter ses concitoyens à faire du covoiturage pendant le chantier du tunnel. Les inscriptions ont augmenté depuis dimanche pour atteindre 163 personnes, se réjouit-elle. Mais reste que trouver une correspondance parfaite n’est pas aisé pour les automobilistes qui, comme elle, ont un horaire atypique. Elle a trouvé une personne qui voyagera avec elle, mais il lui faudra trouver un autre passager pour pouvoir rouler dans les voies réservées qui mènent au tunnel.

Les camionneurs aux aguets

 

Les camionneurs, qui représentent 13 % des utilisateurs du tunnel, aimeraient bien eux aussi pouvoir utiliser les voies réservées. Car si l’heure de pointe du matin lundi s’est bien déroulée, on appréhende la congestion des semaines à venir.

Le p.-d.g. de l’Association du camionnage du Québec, Marc Cadieux, a rencontré la nouvelle ministre des Transports, Geneviève Guilbault, vendredi dernier afin de discuter des enjeux liés au mégachantier.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’heure de pointe à l’approche du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, lundi soir

Parmi les propositions discutées, M. Cadieux évoque des heures exclusives qui pourraient être réservées aux camions dans le tunnel, l’augmentation des charges permises ainsi que des restrictions imposées à l’auto solo.

L’association croit aussi que les camions devraient pouvoir utiliser les voies réservées aux autobus et au covoiturage. « On se rend compte que l’utilisation de ces voies n’est pas maximisée. On va voir un autobus passer à toute vitesse toutes les deux minutes, mais entre-temps, il pourrait peut-être passer 15-20 camions », fait-il valoir.

En revanche, il estime qu’étendre les heures de livraison pour réduire la congestion de jour n’est pas réaliste en raison du manque de main-d’oeuvre qui touche l’industrie, mais aussi parce que les entreprises à qui sont destinées les marchandises sont rarement ouvertes le soir.

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