Des solutions créatives à la congestion du tunnel

Quelque 120 000 conducteurs sont touchés par les fermetures prévues du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.
Photo: Jean-Philippe Sansfaçon Le Devoir Quelque 120 000 conducteurs sont touchés par les fermetures prévues du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

Les quelque 120 000 conducteurs qui empruntent chaque jour le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine devront s’armer de patience ou de créativité alors que débute ce lundi l’énorme réfection de cette artère cruciale. Employés et employeurs se creusent les méninges pour trouver une façon de contourner le problème.

« Je pense que ça va être invivable. » Comme des milliers d’autres Montréalais, François Chassaing appréhende la fermeture partielle du pont-tunnel pour les trois prochaines années. Son plan B ? « J’imagine devoir partir à 5 h du matin plutôt que 6 h 30 et 7 h et rentrer plus tard chez moi. Je vais passer moins de temps avec mon bébé et ma femme. »

« L’autre solution, ça va être le pont Jacques-Cartier, mais, j’imagine, celui-là aussi sera très très bouché. C’est beaucoup de stress, beaucoup de temps perdu, et je ne peux pas prendre les transports en commun, j’ai des clients partout au Québec », se désole-t-il.

Pour pallier ces retards appréhendés, certaines entreprises de la Rive-Sud réfléchissent à l’ouverture de « bureaux satellites » à Montréal, confirme Stéphanie Brodeur, directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud « J’ai une grande entreprise avec 30 % de leurs employés qui viennent de Montréal. Tout ça suscite une grande inquiétude. Elle pense ouvrir des bureaux satellites à Montréal pour les employés qui ne peuvent pas traverser. Est-ce que ça va se faire ? Je ne sais pas encore. »

L’autre solution, ça va être le pont Jacques-Cartier, mais, j’imagine, celui-là aussi sera très très bouché. C’est beaucoup de stress, beaucoup de temps perdu, et je ne peux pas prendre les transports en commun, j’ai des clients partout au Québec. 

 

L’idée de loger des employés dans des hôtels de la Rive-Sud circule aussi. « Est-ce que c’est viable à long terme avec une famille et tout ? Je ne sais pas. » Le télétravail apparaît, à son avis, comme la meilleure des solutions pour éviter la congestion. Pour plusieurs travailleurs et, surtout, les camionneurs, cette option est impossible.

« Une solidarité entre compétiteurs » pourrait aussi permettre d’économiser temps et argent, remarque-t-elle. « J’ai un transporteur qui prévoit louer un espace à [un autre transporteur] pour ses tracteurs, et l’autre va lui louer un petit espace pour ses remorques. »

Le port de Montréal, qui voit passer 38 % de son trafic de camions dans le pont-tunnel, s’affaire aussi à trouver la bonne solution. Télétravail, remboursement de la carte opus, site interne pour inciter au covoiturage, ouverture des terminaux plus tôt ou plus tard : tout est sur la table.

« Tout ça est déjà en place. Pour le reste, on va vraiment suivre l’évolution de la situation », estime Renée Larouche, directrice des communications pour le port.

Stéphanie Brodeur croit aussi que bien des automobilistes ne reconsidéreront leurs options qu’une fois passés les premiers jours dans le trafic. « C’est là qu’ils vont prendre les décisions. »

Quelles sont vos options ?

La fréquentation du transport en commun n’atteint en ce moment que 70 % de son niveau prépandémique. C’est sur ce point qu’insiste Transport Québec afin de « mitiger » l’impact des travaux.

Les résidents de Boucherville, Beloeil, Sainte-Julie et Varennes pourront emprunter le stationnement incitatif de leur municipalité afin de profiter de lignes de transport gratuites (RTL-61, RTL-461, exo-520, exo-521 et exo-532). Des titres de transport seront remis gratuitement aux usagers afin qu’ils puissent poursuivre leurs déplacements à Montréal sans frais.

Tous les autobus, taxis et voitures avec plus de trois occupants pourront circuler dans la voie d’accotement jusqu’aux entrées du tunnel, évitant le gros de la congestion. « Une fois qu’on est dans le tunnel, ça roule », relativise Louis-André Bertrand, porte-parole à Transport Québec.

Ces mécaniques ne tiennent qu’à un seul accident. Un accrochage, et tout pourrait s’arrêter pour une opération de remorquage de 30 minutes. On recense un peu moins d’une centaine d’accrochages annuellement dans le pont-tunnel.

Le métro Longueuil peut garantir les déplacements. Le nombre de départ sur la ligne jaune sera augmenté de 25 % entre 6 h et 22 h 30 dans les prochaines années.

L’option maritime s’offre aussi via la navette fluviale entre le quai municipal de Boucherville et le parc de la Promenade-Bellerive dans l’est de Montréal. Ce service est disponible jusqu’à l’arrivée des glaces. L’an prochain, une seconde navette fluviale assurera un lien entre le quai municipal de Boucherville et le Vieux-Port de Montréal.

Il faudra compter trois fois plus de temps pour se rendre à Montréal depuis la Rive-Sud et quatre fois plus de temps pour le trajet inverse, selon les estimations les plus pessimistes de Transport Québec.

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