Trois-Rivières mise sur la revitalisation des friches industrielles

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Parmi les bâtiments revitalisés figure l’ancien Centre funéraire Rousseau, situé au centre-ville, qui accueille maintenant l’Espace 445.
Eric Massicotte Parmi les bâtiments revitalisés figure l’ancien Centre funéraire Rousseau, situé au centre-ville, qui accueille maintenant l’Espace 445.

Ce texte fait partie du cahier spécial Immobilier

Les projets se multiplient pour donner une deuxième vie aux bâtiments industriels abandonnés du territoire trifluvien. Pourraient-ils inspirer d’autres villes dans la province ?

Ancien pôle industriel prospère, la ville de Trois-Rivières regorge de bâtiments urbains et industriels abandonnés. En 2018, c’était ainsi plus de trois millions de pieds carrés de bâtiments laissés à l’abandon qui jonchaient le territoire de la ville, selon Innovation et Développement économique (IDE) Trois-Rivières, organisme dont les efforts ont permis de donner une deuxième vie à plusieurs infrastructures.

Parmi les projets de l’organisme, on compte le Centre funéraire Rousseau, qui accueille maintenant l’Espace 445, l’ancienne usine Dayco devenue la Fabrique 9600, ou encore, l’ancienne usine de Germain & Frère, qui deviendra le centre d’innovation agroalimentaire L’Ouvrage. Les onze friches industrielles récupérées par IDE Trois-Rivières accueillent à présent 75 entreprises où travaillent 600 personnes, se réjouit l’organisme.

« C’est une ville qui subit une décroissance économique et une désindustrialisation, ce qui a amené des taux de chômage ahurissants, et une paupérisation, contextualise Mario De Tilly, directeur général d’IDE Trois-Rivières. Ces entreprises créent de l’emploi, et ces personnes vont payer des taxes ailleurs dans la ville, poursuit le directeur sur les effets cascades de la revitalisation du patrimoine bâti sur l’économie de la ville. On sait que les villes ont besoin d’argent, elles croulent sous les dépenses, et encore plus avec d’éventuelles inflations et récession. »

Le succès de la formule d’IDETrois-Rivières génère de l’intérêt dans la province où les projets du genre sont rares, se réjouit M. De Tilly. En mai dernier, IDE Trois-Rivières aremporté le prix Joseph-Beaubien de l’Union des municipalités du Québec pour sa stratégie innovante en matière de réhabilitation de friches abandonnées. « Beaucoup de nos collègues viennent nous voir pour savoir comment on a procédé, commente M. De Tilly. On remporte des prix, on est fiers. Les gens sont conscients de l’impact environnemental [de notre démarche]. »

La transformation des friches industrielles de Trois-Rivières s’inspire de projets, comme le parc technologique de l’arrondissement de Saint-Laurent et le Technopôle Angus, et même d’autres sur le continent européen, comme à Hambourg, en Allemagne. IDE Trois-Rivières bénéficie d’un précieux soutien de la municipalité. « Le plus important, c’était d’avoir une volonté du conseil municipal. Ces gens-là étaient derrière nouspour s’assurer de notre développement », dit M. De Tilly.

Face à l’habituelle équation alliant démolition et reconstruction, la Ville de Trois-Rivières mise plutôt sur la restauration de son patrimoine bâti afin de réduire l’étalement urbain et la destruction d’habitats naturels, ou encore, de recycler des matériaux qui, autrement, seraient jetés.

Un écoquartier sur la planche à dessin

Dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, l’ancienne usine d’aluminium Aleris a été démolie, laissant un immense terrain vague à décontaminer. En attendant, la Ville de Trois-Rivières est en train de considérer la transformation du secteur en écoquartier.

« On est beaucoup dans cette idée de consolidation des espaces construits, l’occupation optimale, la densification et la vitalité du territoire », indique Marc-André Godin, urbaniste et directeur adjoint à l’aménagement et au développement durable à la Ville de Trois-Rivières. En octobre, l’équipe d’urbanisme de la Ville de Trois-Rivières a d’ailleurs remporté le prix Aménagement et espace public décerné par l’organisation Rues principales, laquelle travaille au dynamisme des coeurs des collectivités.

« Ce qui nous anime, c’est la planification urbaine intégrée, poursuit l’urbaniste. C’est d’amener la population à réoccuper le centre de la ville, les secteurs qui sont plus en décrépitude, les terrains sous-exploités, de manière à créer ce mode de vie urbain où l’on peut consommer nos biens courants à distance de marche, avoir le transport collectif à proximité. »

Pour proposer un projet avec une démarche participative, la municipalité crée des activités de cocréation et des tables de discussion avec un groupe visant à représenter la diversité de la population trifluvienne. Des sondages seront également réalisés auprès de la population pour tester les idées retenues. Le projet, toujours sur la planche à dessin, sera proposé en juin prochain.

« C’est assez audacieux, on le voit comme l’un des premiers grands quartiers urbains durables, ou écoquartiers, du Québec, dit M. Godin. C’est un changement de paradigme. C’est nouveau pour les entrepreneurset promoteurs au Québec qui ont l’habitude de développer en périphérie des terrains vacants. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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