Des défis pour le centre-ville de Montréal, au-delà de la pandémie

Le rapport commandé par la Société de développement commercial met ainsi en lumière les problèmes d’entretien général de la chaussée, du mobilier urbain et des arbres situés sur la voie publique au centre-ville de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le rapport commandé par la Société de développement commercial met ainsi en lumière les problèmes d’entretien général de la chaussée, du mobilier urbain et des arbres situés sur la voie publique au centre-ville de Montréal.

Problèmes de circulation, mauvaise signalisation des chantiers et insalubrité : le centre-ville de Montréal continue de faire face à de nombreux défis, malgré sa « résistance » à la pandémie, constate l’association de commerçants du secteur, qui propose diverses pistes de solutions.

Le Devoir a obtenu copie sous embargo d’une étude de 92 pages commandée par la Société de développement commercial (SDC) Montréal centre-ville dévoilée lundi. Celle-ci s’inscrit dans le contexte de l’Alliance pour le centre-ville, qui a été créée dans le but de déterminer une série d’actions à prioriser pour assurer la vitalité du centre-ville au terme de la pandémie.

Le coeur de la métropole s’est d’ailleurs démarqué de plusieurs autres grands centres urbains du pays dans sa capacité à se relever de la crise sanitaire, qui a temporairement fait chuter l’achalandage de ses commerces, le tourisme ainsi que la présence de travailleurs dans les tours de bureaux, entre autres problèmes. Ainsi, tandis que Vancouver compte aujourd’hui un achalandage de son centre-ville équivalent à 76,6 % de ce qu’il était avant mars 2020 et que ce pourcentage atteint 86,1 % à Toronto, il grimpe à 111,9 % au centre-ville de Montréal.

« Ça veut dire qu’on a plus de gens aujourd’hui qu’on en avait juste avant l’état d’urgence sanitaire », se réjouit le directeur général de Montréal centre-ville, Glenn Castanheira. « Nous avons un centre-ville qui obtient des performances assez exceptionnelles », lance-t-il, en soulignant notamment la reprise du tourisme cet été dans la métropole, ainsi que le retour progressif des travailleurs dans les tours de bureaux. Selon lui, la présence de 60 000 résidents au centre-ville et d’entreprises oeuvrant dans des secteurs variés compte parmi les éléments clés pouvant expliquer pourquoi le coeur de Montréal a su se démarquer des autres centres urbains du pays depuis le début de la pandémie.

Des défis au quotidien

Au-delà de la « résistance » du centre-ville de Montréal à la crise sanitaire, ce secteur géographique fait toujours face à de nombreux défis, reconnaît M. Castanheira. L’étude commandée par Montréal centre-ville a d’ailleurs permis d’analyser les pratiques de nombreuses autres villes à travers le monde afin de mettre au jour des pistes intéressantes pour aider le centre-ville de la métropole québécoise à corriger certaines de ses faiblesses.

Le rapport met ainsi en lumière les problèmes d’entretien général de la chaussée, du mobilier urbain et des arbres situés sur la voie publique au centre-ville de Montréal. Des poubelles gérées par la Ville débordent régulièrement, et la collecte des ordures et du recyclage se fait en plein jour sur les artères commerciales, note le rapport. Ailleurs dans le monde, la collecte des déchets a lieu la nuit dans plusieurs centres-villes, tandis que New York a adopté un règlement qui oblige les propriétaires à entretenir les trottoirs devant leur demeure ou leur commerce, souligne le document.

En ce qui concerne les nombreux chantiers urbains, « la gestion des problèmes qu’ils occasionnent est discutable » au centre-ville de Montréal, tranche l’étude, qui rappelle l’importance d’assurer une plus grande propreté de ces sites, en plus d’en revoir la signalisation, qui n’est pas toujours adaptée « aux réalités du centre-ville ».

Mieux gérer le stationnement

C’est toutefois les défis reliés à la mobilité et à la gestion du stationnement qui interpellent le plus Glenn Castanheira. Actuellement, le temps que perdent les automobilistes à tourner en rond au centre-ville de Montréal pour trouver un endroit où immobiliser leur véhicule contribue à ralentir la circulation routière, déjà gênée par les nombreux chantiers dans ce secteur. En fait, « jusqu’à 30 % de la circulation dans les centres-villes résulterait de véhicules qui cherchent une place de stationnement », indique l’étude.

Le centre-ville de Montréal compte pourtant 48 000 places de stationnement sur et hors rue au centre-ville, « mais il est difficile, voire impossible, pour les automobilistes de savoir où elles sont », peut-on lire. Ainsi, Montréal centre-ville propose de s’inspirer de divers pays d’Europe qui ont mis en place un système de « jalonnement dynamique » qui permet aux automobilistes de savoir en temps réel, sur des panneaux situés à différents endroits sur la route, le nombre de places de stationnement disponibles dans différents lieux clés.

Cette initiative existe déjà dans le Vieux-Montréal, mais elle mériterait d’être améliorée pour régler des problèmes techniques tout comme d’être étendue ailleurs dans le centre-ville, selon ce rapport. La mise en place d’un système de « mutualisation » des places de stationnement privées en dehors des heures de bureau ferait aussi partie de la solution, estime M. Castanheira.

« Mais ce qu’on retient surtout de cette étude, c’est le besoin de reconnaître l’importance stratégique du centre-ville » afin de lui accorder l’attention et les pouvoirs nécessaires pour l’aider à répondre aux enjeux qui lui sont propres, soulève le directeur général de Montréal centre-ville. Concrètement, l’octroi d’un statut particulier pour le centre-ville de Montréal pourrait par exemple faciliter l’obtention de subventions des différents ordres de gouvernement pour contribuer à son développement à long terme, tout en stimulant la création d’un plan directeur qui déterminerait une vision claire de l’avenir de ce secteur névralgique de l’économie québécoise, explique M. Castanheira.

Il s’agirait aussi d’une manière de reconnaître que le centre-ville de Montréal joue un rôle qui dépasse les frontières de l’agglomération. « Le centre-ville de Montréal n’est pas que le coeur de l’île de Montréal, souligne M. Castanheira, c’est le centre-ville du Québec. »

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