«Retrouver la qualité de vie» du Vieux-Québec

Le navire de croisière «Queen Mary 2» impose sa présence dans le Vieux-Port de Québec.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le navire de croisière «Queen Mary 2» impose sa présence dans le Vieux-Port de Québec.

Embouteillages, amuseurs publics bruyants, afflux de navires de croisières… Le Vieux-Québec n’est pas de tout repos pour ses résidents. Nombre d’entre eux se plaignent et quittent le quartier d’année en année, car ils ont l’impression que l’on favorise le tourisme plutôt que leur qualité de vie.

La Ville entend désormais remédier à la situation, avec des projets de réappropriation de l’espace public, des promesses de services de proximité et une meilleure gestion du parc immobilier. Souhaitant aussi s’inspirer de bonnes pratiques à l’étranger, Québec a tenu un congrès mondial sur la question début septembre.

« L’été, c’est vraiment l’horreur », raconte Béatrice Tellier, une étudiante en architecture de l’Université Laval qui habite le quartier depuis trois ans. « Il y a tellement de touristes qu’il faut connaître les petites rues où on peut marcher librement, parce que sur Saint-Jean et Saint-Louis, ce n’est pas possible », dit-elle.

Le Comité des citoyens du Vieux-Québec est aussi sans équivoque : « Cet afflux de personnes déambulant dans l’espace restreint du quartier historique a des impacts majeurs sur la qualité de vie de ses résidents », indique sur son site Web l’organisme qui rassemble des dizaines de membres résidents et commerçants.

En mai dernier, Le Devoir rapportait même que la population du quartier connaît un important déclin. Alors que le Vieux-Québec comptait 10 600 habitants en 1951, il n’en restait plus que 5770 en 2016, selon les données du recensement du Canada.

Mélissa Coulombe-Leduc est la conseillère municipale du district, élue du parti Québec Forte et Fière de Bruno Marchand, au pouvoir à l’Hôtel de Ville depuis l’an dernier. Selon elle, ce déclin de population serait dû aux effets du tourisme, au manque de services de proximité ainsi qu’à la part grandissante de l’hébergement touristique au sein de l’ensemble du parc immobilier, désormais à 28 %.

Il faut « retrouver la qualité de vie » du quartier et faire en sorte que plus de gens s’y installent, résume la conseillère municipale. Pour ce faire, la Ville a notamment organisé un symposium, début septembre, en marge du congrès international de l’Organisation des villes du patrimoine mondial, dont Québec fait partie.

Intitulé « Québec, ville apprenante », l’événement a permis à la Ville de consulter la population locale et de profiter de la présence d’autres municipalités pour s’inspirer des meilleures pratiques à l’international. « Il y a une belle mobilisation autour du quartier, et on veut aller à l’écoute des gens », résume Mélissa Coulombe-Leduc.

Apprendre des villes du monde

 

Selon elle, la priorité de la nouvelle administration doit être la piétonnisation des rues et la mobilité. « Grâce à sa petite taille et à sa densité, notre quartier s’y prête parfaitement, d’autant plus que, dans certaines rues, les trottoirs sont tout simplement trop étroits », estime la conseillère.

Si cela fait plusieurs années que la rue Saint-Jean, l’artère commerciale principale du quartier, est fermée aux automobilistes pendant l’été, Mme Coulombe-Leduc envisage de piétonniser presque tout le secteur dans les années à venir.

« Namur et Bruxelles le font, pourquoi pas nous ? demande-t-elle. Leur bonne gestion opérationnelle est inspirante, car elle permet les déplacements essentiels, sans pénaliser les citoyens. »

Cette idée semble d’ailleurs de plus en plus populaire parmi les résidents. La Société de développement commercial du Vieux-Québec s’est déjà prononcée en sa faveur, et Mme Coulombe-Leduc raconte qu’elle a été encouragée par les citoyens lors du symposium en septembre.

L’été, c’est vraiment l’horreur. Il y a tellement de touristes qu’il faut connaître les petites rues où on peut marcher librement, parce que sur Saint-Jean et Saint-Louis, ce n’est pas possible.

 

« Fermer les rues l’été, ça aide beaucoup », affirme quant à elle Béatrice Tellier, qui s’enthousiasme à l’idée de voir de plus en plus de projets de piétonnisation en ville.

Luka Provost, un comédien qui a grandi dans la région de Montréal et qui habite le Vieux-Québec depuis un peu plus d’un an, abonde dans ce sens : « Pendant certains événements, comme le Festival d’été de Québec, c’est impossible de circuler en ville. Il faut faire quelque chose. »

Plus tôt cette semaine, Le Devoirrévélait d’ailleurs que Québec s’inspirerait d’autres villes du monde pour bonifier son réseau cyclable également, promettant d’ajouter 120 km de nouvelles pistes sur cinq ans. « On a beaucoup appris ces dernières semaines. Même dans les quartiers touristiques, les résidents doivent pouvoir profiter de meilleures infrastructures », soutient Mme Coulombe-Leduc.

Se réapproprier l’espace

Lorsqu’on se promène dans cette ville qu’on appelait autrefois « la Vieille Capitale », on s’aperçoit qu’aujourd’hui, un vent de changement s’opère dans ses pratiques d’urbanisme. De nouveaux projets d’urbanisme transitoire, comme des places publiques et des terrasses, poussent un peu partout.

« Pour que les gens reviennent dans le Vieux-Québec, on aménage aussi des lieux où les gens peuvent s’arrêter, prendre leur temps », ajoute la conseillère municipale.

C’est dans cet esprit que les jardins de l’Hôtel-de-Ville, en plein cœur du quartier, subissent une cure de rajeunissement. « On va doubler la superficie de la place, la réaménager pour la rendre plus paisible. On va aussi fermer la circulation devant la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec non loin de là », explique Mélissa Coulombe-Leduc.

Photo: Francis Vachon Le Devoir La rue Christie, avec son air européen, est bien dissimulée au cœur du Vieux-Québec.

« Il faut aussi que les résidents puissent avoir accès à des services et à une offre culturelle intéressante pour eux », soutient quant à elle Béatrice Tellier. Elle déplore, entre autres, que le marché du Vieux-Port de Québec, en basse-ville, soit désormais fermé.

« C’est un secteur à ne pas négliger. Les gens adorent avoir accès à des services et des projets comme le bassin Louise [un projet de parc-plage au bord du fleuve Saint-Laurent], parce qu’ils n’ont pas besoin d’aller jusqu’en haute-ville pour tous leurs besoins », ajoute-t-elle.

Mélissa Coulombe-Leduc promet donc plus de services de proximité aux résidents de tous les secteurs du Vieux-Québec. Elle reconnaît que la ville en manque cruellement : « Nous n’avons pas d’épicerie digne de ce nom. » C’est pourquoi quand la Ville a vendu à un promoteur un terrain vacant entre l’Hôtel-Dieu et la rue Saint-Jean, appelé îlot Charlevoix, elle s’est assurée que des « services d’alimentation » y seraient aménagés, dit-elle.

Repenser le tourisme

 

Le gouvernement municipal reconnaît aussi l’importance de disperser les touristes sur l’ensemble de la ville, plutôt que de les accueillir uniquement dans le Vieux-Québec. Cela allégerait, selon Mme Coulombe-Leduc, le fardeau des résidents.

« Il faut encourager des investissements ailleurs en ville, pas seulement dans le tourisme de croisière, par exemple. Notre prochain défi, c’est donc d’inciter les gens à rester en ville une ou deux nuits de plus, en périphérie », dit-elle.

Ainsi, même si le travail doit être mené sur plusieurs fronts, force est de constater que les habitants du Vieux-Québec ont de quoi garder espoir, et que le quartier peut même attirer de nouveaux résidents, comme Luka Provost : « C’est magnifique. J’espère vraiment pouvoir y rester le plus longtemps possible. »



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