Vers les villes satellites et plus loin encore

«Finalement, on a trouvé notre petit paradis, sourit Catherine Montmagny-Grenier, qui a délaissé son appartement à Montréal il y a huit mois pour s’installer sur une ancienne terre agricole à Mandeville. On s’est dit : si on quitte Montréal, c’est vraiment pour aller à l’extrême», ajoute la chargée de cours à l’Université de Montréal, qui a saisi l’occasion du télétravail en contexte pandémique pour déménager à la campagne. «Et je pense qu’on n’a jamais été aussi heureux.»
Photo: Julien Cadena Le Devoir «Finalement, on a trouvé notre petit paradis, sourit Catherine Montmagny-Grenier, qui a délaissé son appartement à Montréal il y a huit mois pour s’installer sur une ancienne terre agricole à Mandeville. On s’est dit : si on quitte Montréal, c’est vraiment pour aller à l’extrême», ajoute la chargée de cours à l’Université de Montréal, qui a saisi l’occasion du télétravail en contexte pandémique pour déménager à la campagne. «Et je pense qu’on n’a jamais été aussi heureux.»

La banlieue et la campagne sont devenues le nouvel eldorado d’un nombre croissant de résidents des grands centres, stimulant un étalement urbain qui menace milieux naturels, terres agricoles et approvisionnement en eau potable, en plus d’augmenter la pression sur des municipalités appelées à gérer une croissance effrénée de leur population avec des ressources limitées. Deuxième article d’une série de trois sur l’étalement urbain qui gruge le Québec.

Des logements moins dispendieux, plus spacieux, l’accès à des espaces verts et à un milieu de vie plus tranquille : les raisons sont multiples pour justifier le départ massif, dans les dernières années, de milliers de résidents de villes comme Québec et Montréal vers la banlieue ainsi qu’en milieu rural.

« Finalement, on a trouvé notre petit paradis », sourit Catherine Montmagny-Grenier, qui a délaissé son appartement à Montréal il y a huit mois pour s’installer sur une ancienne terre agricole à Mandeville. La municipalité de Lanaudière d’un peu plus de 2300 âmes a vu sa population augmenter de 8 % en cinq ans, entre 2016 et 2021. « On s’est dit : si on quitte Montréal, c’est vraiment pour aller à l’extrême », ajoute la chargée de cours à l’Université de Montréal, qui a saisi l’occasion du télétravail en contexte pandémique pour déménager à la campagne. « Et je pense qu’on n’a jamais été aussi heureux. »

« J’ai 42 ans et je trouvais que j’avais fait le tour de Montréal, de ses activités. Et la verdure me manquait », confie pour sa part Corine Morin, qui a quitté pendant la pandémie son appartement du quartier Ville-Émard, à Montréal, pour s’exiler à Sainte-Marie-de-Beauce, dans la région de Chaudière-Appalaches.

Elle demeure aujourd’hui avec son copain dans une luxueuse copropriété locative incluse dans un vaste projet immobilier baptisé « Quartier Orée », qui prévoit à terme l’aménagement de quatre immeubles de cinq étages comptant chacun 60 logements locatifs dans une municipalité d’à peine 13 500 habitants.

« On vit dans un endroit où nos pièces sont très grandes », renchérit Mme Morin, qui se réjouit de bénéficier du « confort d’une ville » tout en demeurant à proximité de la nature. Elle a d’ailleurs acheté un terrain à Sainte-Marie afin d’y construire sa future demeure. « J’étais incapable d’acheter à Montréal », confie-t-elle.

Empiéter sur les terres agricoles

Les plus récentes données démographiques de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) témoignent d’ailleurs de façon éloquente de cet exode de citadins. L’ISQ entrevoit ainsi une croissance d’environ 16 à 21 % de la population d’ici 2041 dans les Laurentides, en Estrie, en Montérégie et dans Lanaudière, non loin de Montréal, où la population devrait connaître une maigre croissance de 3 % en 20 ans.

Or, « il n’y a plus de terrains à bâtir, donc si ça continue [cette croissance démographique] _, il faudra empiéter sur les terres agricoles, lance Martine Demers, une courtière immobilière qui gère la vente de propriétés et de terrains dans Lanaudière.

Une situation qui n’est pas étrangère à la spéculation immobilière qui a cours dans les grands centres, selon elle. « Les gens vont plus loin parce que ce n’est plus possible pour eux d’être proches des centres et des attraits principaux », relève Mme Demers. Elle constate que même à l’Assomption et à Joliette, la valeur des propriétés monte rapidement, incitant des acheteurs à se tourner vers de plus petites municipalités, plus éloignées, comme Saint-Calixte-de-Kilkenny.

« La banlieue se fuit elle-même », illustre ainsi Gérard Beaudet, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal. Une fois qu’un certain seuil de développement est atteint dans une municipalité, on se déplace plus loin « pour continuer d’atteindre cet idéal de la banlieue », ajoute l’urbaniste.

L’attrait de la banlieue et des régions éloignées fait d’ailleurs écho à « un idéal » typique du « rêve américain », bien ancré dans la culture populaire : celui de vivre dans une maison, avec une cour et un garage. « C’est très ancré dans l’imaginaire. C’est ça, le défi de la densification, c’est de changer cette image-là, mais c’est très puissant », soulève le professeur et membre du Centre de recherche sur le développement territorial à l’Université du Québec à Chicoutimi, Martin Simard.

Surenchère en campagne

 

La surenchère autour de Montréal vient d’ailleurs en bonne partie des résidents de la métropole en quête d’exil, constate la courtière Martine Demers. « Souvent, les grosses offres à des prix plus élevés, ce sont des acheteurs qui viennent de Montréal », note-t-elle, ceux-ci étant prêts à payer un prix plus élevé pour se loger.

« C’est sûr que pour un même montant, on peut avoir quelque chose de beaucoup plus intéressant à un meilleur prix », confirme Camille Blouin, qui a quitté Montréal pour s’établir à Saint-Sauveur en février dernier. Celle qui se spécialise dans les investissements immobiliers a d’ailleurs commencé à déménager ses billes de la métropole québécoise vers cette municipalité des Laurentides, où elle a acquis « quelques portes », jusqu’à maintenant. « Mais j’aspire à développer ça davantage », relate-t-elle.

Plus à l’est, dans la région métropolitaine de Québec, où on entrevoit une croissance de la population de 12,4 % d’ici 20 ans, selon l’ISQ, l’attrait de la banlieue et de la campagne est également plus fort que jamais, constate la courtière immobilière Chantale Létourneau, bien présente dans Chaudière-Appalaches.

« Les fermettes et les grands terrains avec vue sur l’eau, c’est vraiment nos gros vendeurs », note Mme Létourneau, qui constate que beaucoup d’acheteurs « veulent devenir autonomes » sur le plan alimentaire en élevant par exemple des poules ou quelques vaches sur leur terrain. « C’est vraiment pour eux autres, leur propre consommation et devenir plus autonomes », explique-t-elle.

La courtière immobilière remarque, elle aussi, que les acheteurs des grands centres sont ceux qui contribuent le plus à la surenchère des prix de l’immobilier dans cette région au sud de Québec, au détriment des résidents de longue date du secteur. « Les gens du coin en pâtissent », relève Mme Létourneau.

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