Proposition d’un REM de l’Est jusqu’au centre-ville, en passant par Rosemont

Le mode de transport serait un « métro automatique léger », indique M. Savard, donc sensiblement le même mode que celui prévu dans la première phase du REM en direction de l’ouest de l’île de Montréal.
Paul Chiasson La Presse canadienne Le mode de transport serait un « métro automatique léger », indique M. Savard, donc sensiblement le même mode que celui prévu dans la première phase du REM en direction de l’ouest de l’île de Montréal.

Le projet qui remplacera celui du « REM de l’Est » sur l’île de Montréal devra impérativement se rendre au centre-ville en souterrain, affirment le directeur général de Vivre en ville et le p.-d.g. de la Société de développement Angus (SDA). Ils ont présenté jeudi aux médias leur vision pour ce futur mode de transport en commun, toujours à l’étude.

Christian Savard, de Vivre en ville, et Christian Yaccarini, de la SDA, ont tous deux été membres l’an dernier d’un comité d’experts qui avait été mis en place par Québec pour analyser ce projet de train léger, avant que CDPQ-Infra n’annonce son retrait, en mai dernier. Depuis, le gouvernement Legault a repris en main le projet. Le renoncement de la CDPQ-Infra est arrivé après que Québec et la Ville ont décidé de retirer le controversé tronçon aérien au centre-ville de la planification du projet de train léger.

La version du projet actuellement étudiée par un groupe formé de la Ville, du ministère des Transports du Québec, de la Société de transport de Montréal et de l’Autorité régionale du transport métropolitain (ARTM) vise plutôt à prolonger l’éventuel tracé du train léger vers Lanaudière, où se trouvent entre autres Repentigny et Terrebonne. Les passagers qui désireraient se rendre au centre-ville devraient toutefois sortir du train léger pour emprunter la ligne verte du métro, via la station Assomption, selon la version du projet à l’étude.

Or, « cela nous apparaissait très problématique », a dit jeudi M. Yaccarini lors d’un breffage technique organisé à la Maison du développement durable, près du Quartier des spectacles.

Un accès au centre-ville, coûte que coûte

 

Les deux experts réclament que l’objectif initial de concrétiser ce projet en 10 ans soit maintenu, mais surtout qu’un tronçon au centre-ville, en formule souterraine, demeure sur la table. Le tracé proposé jeudi suggère de lier Pointe-aux-Trembles et Montréal-Nord au centre-ville, avec un « tronc commun » qui verrait le jour près de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui emploie 5000 personnes.

« L’hôpital le plus achalandé au Québec n’est pas desservi par un métro ou un transport en commun lourd actuellement », déplore M. Yaccarini, qui voit là un « non-sens » auquel il faut remédier. « C’est le plus grand générateur de déplacements dans l’est de Montréal », note-t-il.

La vision présentée jeudi prévoit également une connexion à la station de métro Assomption, sur la ligne verte, de même qu’à la future station Lacordaire, prévue pour le prolongement de la ligne bleue du métro. Les deux branches aériennes au nord et à l’est qui se rejoindraient à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont se poursuivraient ensuite vers l’ouest dans les arrondissements de Rosemont–La Petite-Patrie et du Plateau-Mont-Royal, avant de bifurquer au sud jusqu’au centre-ville.

Photo: Vivre en Ville

Au coeur de la métropole, des connexions seraient assurées aux stations de métro Sherbrooke (ligne orange) et Saint-Laurent (ligne verte), de même qu’à la gare Centrale dans un tronçon qui serait souterrain.

« C’est vraiment tout un nouveau territoire très dense qui est desservi » par cette vision du projet, souligne M. Yaccarini. Le tronçon proposé en direction du centre-ville passerait ainsi au nord de la rue Sherbrooke, où le type de sol est « beaucoup plus facile à creuser » qu’il ne l’est plus au sud, explique M. Savard.

Il serait alors possible de réaliser un tronçon souterrain au centre-ville dans ce secteur, ce que CDPQ-Infra avait écarté dans sa vision initiale du projet pour des raisons techniques, fait valoir le responsable de Vivre en ville, tout en ajoutant que le tronçon proposé permettrait de « désengorger la ligne orange » du métro aux heures de pointe.

« Le centre-ville, ce n’est pas juste une destination finale, c’est un endroit de redirection », indique d’ailleurs au Devoir le p.-d.g. de la Chambre de commerce de l’est de Montréal (CCEM), Jean-Denis Charest, lorsqu’appelé à réagir à cette présentation, qu’il salue. Or, « on sait que, lorsque les gens ont plus d’un transfert modal à faire, ils décrochent » au profit de « l’auto solo », ajoute-t-il.

Plus de 10 milliards de dollars

Cette nouvelle vision du « REM de l’Est » n’a pas été chiffrée jeudi. M. Savard a toutefois convenu que l’enveloppe de 10 milliards de dollars mise sur la table par Québec jusqu’à maintenant ne sera sans doute pas suffisante. « Oui, c’est un gros projet, mais c’est le genre de projets qui se multiplient à l’échelle mondiale et dont Montréal a besoin », affirme M. Savard, qui espère que l’aspect financier du projet n’empêchera pas les partis politiques provinciaux de se prononcer en faveur de ce projet. « On veut que les partis embarquent sur un principe et non sur des budgets », ajoute-t-il.

Les deux experts indiquent avoir déjà présenté leur vision à Québec et à la Ville de Montréal, entre autres, qui ont accueilli celle-ci avec « ouverture », selon M. Savard.

« Notre administration est ouverte à toutes les idées pour améliorer le transport collectif pour les citoyens de l’est de Montréal, qui attendent depuis trop longtemps des solutions structurantes », a déclaré jeudi après-midi le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, sans se prononcer plus en détail sur cette vision du projet.

Le cabinet de la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, s’est également abstenu de commenter cette proposition. On indique toutefois être « confiants » et avoir bon espoir que le groupe que préside Québec avec la Ville pour analyser le futur « REM de l’Est » arrivera avec une proposition « qui répondra au mandat octroyé, et ce, dès la fin de cet automne ».

« C’est un tracé que j’accueille favorablement », a pour sa part affirmé spontanément le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, qui constate que la vision présentée jeudi « permet de desservir autant le nord que l’est » de la ville, tout en offrant « une connexion directe vers le centre-ville ». Quant à la facture du projet, elle importe peu, selon lui.

« Il faut relativiser les choses [en comparant ce projet] avec le troisième lien à Québec », évalué à 6,5 milliards de dollars. « Ça devient une question de priorité au gouvernement. »

L’ARTM n’a pas voulu faire de commentaires.

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