La consultation des citoyens, un essentiel en immobilier

«Si la Ville veut des projets innovants, il faut qu’on soit accompagné par un pouvoir décisionnel qui est capable de permettre cette innovation-là», estime Laurence Vincent, présidente de Prével.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Si la Ville veut des projets innovants, il faut qu’on soit accompagné par un pouvoir décisionnel qui est capable de permettre cette innovation-là», estime Laurence Vincent, présidente de Prével.

Les consultations auprès des citoyens sont essentielles pour bonifier des projets immobiliers et en assurer l’acceptabilité sociale, mais la Ville doit mieux coordonner ses différents services pour accélérer la réalisation de ceux-ci, estime la présidente de Prével, Laurence Vincent. Autrement, plus de promoteurs pourraient se tourner vers la banlieue, prévient la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

Le Devoir a rencontré mercredi Mme Vincent en marge de l’inauguration d’un espace public intérieur que le groupe immobilier a décidé de rendre accessible aux résidents et aux organismes du secteur au coeur de l’immense projet immobilier de l’Esplanade Cartier. Ce lieu comptera aussi un jardin communautaire. À terme, la construction d’un maximum de 2000 logements est prévue sur un immense terrain de 400 000 pieds carrés acquis en 2019 par Prével dans le quartier Centre-Sud.

L’an dernier, la construction de la première phase du projet a commencé, suivie de la deuxième plus récemment. Des immeubles de logements côtoieront à terme un parc central et une place publique, tous inclus dans ce même projet immobilier. Le promoteur, qui a mené ses propres consultations auprès des résidents du secteur en parallèle à celles de la Ville sur le secteur des Faubourgs, a toutefois été confronté dans les dernières années à la lourdeur bureaucratique de la Ville, qui a ralenti la concrétisation de ce projet.

« Je ne dirais pas que ce sont des bâtons dans les roues, mais c’est tellement complexe et la Ville a tellement de services qui ne se parlent pas toujours entre eux que c’est difficile de faire cheminer un projet. Surtout un projet d’envergure qui a beaucoup plus de complexité qu’un projet qui est un bâtiment unique », illustre Mme Vincent. Or, chaque fois qu’une demande doit cheminer d’un service à un autre, « il y a des délais », ajoute celle qui a succédé à son père l’an dernier à la tête de Prével, un des plus grands groupes immobiliers de la métropole.

Afin d’alléger ce « processus fastidieux », Mme Vincent évoque la possibilité d’avoir un « chargé de projets » à la Ville qui pourrait faciliter la coordination de ses différentes entités, et donc accélérer le processus décisionnel. « Si la Ville veut des projets innovants, il faut qu’on soit accompagné par un pouvoir décisionnel qui est capable de permettre cette innovation-là », insiste la femme d’affaires, selon qui il y a « beaucoup de changements à apporter » au sein de la Ville.

Prévenir un exode

 

Les consultations publiques ne doivent toutefois pas être escamotées pour accélérer des projets, précise Mme Vincent. Elle évoque toutefois la possibilité de « continuer à consulter » la population pendant que des projets sont en cours de réalisation. Le projet pourra ainsi avancer et « évoluer » au fil des démarches entreprises pour récolter l’opinion publique sur celui-ci. « On aimerait faire des plans en consultant », illustre-t-elle.

Car « si on attend d’avoir consulté et terminé de planifier un projet, ça prendra 10 ans [avant de construire] et on ne sera peut-être plus connectés sur les meilleures pratiques du moment », lance Mme Vincent. Le cas de l’Esplanade Cartier est d’ailleurs intéressant en ce sens, note-t-elle, puisque la construction de ses deux premières phases est en cours au moment où la planification des phases subséquentes se poursuit sur ce site.

Le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc, croit d’ailleurs que la Ville a des leçons à tirer de l’évolution de ce projet immobilier qui offre une vue prenante sur le pont Jacques-Cartier afin de mettre fin au « parcours du combattant » que doivent traverser bien des promoteurs pour concrétiser leur projet. Autrement, ils seront de plus en plus nombreux à se tourner vers la banlieue, prévient-il.

« Ce qu’on a vu dans les dernières années, c’est que les promoteurs ont systématiquement acheté des terrains à l’extérieur du territoire de l’île de Montréal. Et ce que ça veut dire, c’est que les promoteurs se sont tous donné des options : si c’est compliqué de faire des projets à Montréal, ils vont faire des projets à l’extérieur de l’île de Montréal », relève-t-il en entrevue.

« La clé » dont disposent les promoteurs, afin que leurs projets se concrétisent dans la métropole, c’est de « s’impliquer très tôt » pour consulter les citoyens, « comme l’a fait Prével » dans le cas de l’Esplanade Cartier, relève pour sa part la conseillère de Projet Montréal dans Ville-Marie Sophie Mauzerolle. Ainsi, « on s’assure d’avoir des projets qui sont intéressants pour les promoteurs », mais aussi qui « s’inscrivent bien » dans leur quartier, ajoute-t-elle en entrevue au Devoir.

Le projet de l’Esplanade Cartier inclura par ailleurs quelque 200 logements sociaux, indique Mme Vincent, qui constate cependant que les fonds publics destinés à de tels logements sont nettement insuffisants, à l’heure actuelle, pour répondre aux besoins de la métropole. « Ça prend de l’argent public, sinon on ne peut pas s’en sortir », insiste la femme d’affaires, à l’approche du déclenchement de la campagne électorale provinciale ce dimanche.

« On aimerait qu’il y ait des logements sociaux partout, répond Mme Mauzerolle. Cela étant dit, il n’y a plus de sous pour de nouvelles unités. »

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