Des pistes de solutions pour s’attaquer aux racines de la crise du logement

L’organisme Vivre en Ville a dévoilé ce mardi un rapport de plus de 60 pages qui vise à offrir des pistes de solutions aux différents partis politiques provinciaux pour s’attaquer à la crise du logement.
Valérian Mazataud Le Devoir L’organisme Vivre en Ville a dévoilé ce mardi un rapport de plus de 60 pages qui vise à offrir des pistes de solutions aux différents partis politiques provinciaux pour s’attaquer à la crise du logement.

« Boucher une fuite, ça n’empêche pas le bateau de couler », estime l’organisme Vivre en ville, qui a dévoilé mardi un rapport étoffé afin d’offrir des pistes de solutions structurantes à la crise du logement au prochain gouvernement du Québec.

À l’instar de la dernière campagne électorale municipale, la question de l’accès à la propriété et à un logement locatif abordable, dans un marché immobilier bouillonnant, occupera sans doute une place de choix pendant la course qui se dessine à l’échelle provinciale, en prévision du scrutin du 3 octobre.

Déjà, la Coalition avenir Québec a promis 11 700 logements sociaux et abordables d’ici quatre ans, un engagement jugé insuffisant par plusieurs groupes communautaires, auquel le Parti libéral du Québec a répliqué en proposant d’ériger 50 000 logements sociaux d’ici 10 ans. Les autres formations devraient poursuivre ce bal de promesses dans les prochaines semaines.

Il n’existe toutefois pas de solution magique à la crise du logement, rappelle l’organisme Vivre en ville, dont le rapport de plus de 60 pages baptisé Portes ouvertes propose aux différents partis politiques provinciaux des pistes de solution pour qu’ils s’attaquent à ce phénomène sur tous ses fronts.

« L’image que j’aime donner, c’est que notre plus grand problème, c’est qu’on est dans un bateau qui coule, illustre Adam Mongrain, directeur des dossiers en habitation de l’organisme, en entrevue au Devoir. Et boucher une fuite, ça n’empêche pas le bateau de couler. »

Au moment où l’exode vers la banlieue se poursuit, entraînant avec lui une montée des loyers en périphérie de Montréal, le rapport suggère une révision du modèle actuel de l’impôt foncier dans les villes qui favoriserait la densification et non l’étalement urbain. Si la taxation municipale était concentrée sur la valeur du terrain, la construction de logements en hauteur serait valorisée au détriment des maisons individuelles, puisque la première option deviendrait plus intéressante financièrement, illustre le rapport.

Les villes pourraient alors répondre davantage aux besoins en logement de leurs résidents, en plus de limiter la hausse de leurs dépenses en sécurité, en verdissement et en infrastructures routières, entre autres, causée par l’étalement urbain, ajoute le document.

Miser sur la fiscalité

 

Les villes comme Montréal pourraient également retirer certaines contraintes réglementaires qui obligent des propriétaires à effectuer des demandes de dérogation pour construire des bâtiments dont la hauteur déroge à celle déterminée dans leur secteur, estime le professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal Jean-Philippe Meloche.

« Le problème, c’est que souvent, on réglemente la densité pour la limiter », indique l’expert. Ainsi, « les dés sont pipés en faveur de l’étalement et non de la densité » dans plusieurs municipalités, constate aussi M. Mongrain.

À cet égard, Vivre en ville recommande au prochain gouvernement du Québec d’envisager la création d’un « zonage dynamique » qui ferait en sorte que « les seuils de densité permise » augmenteraient « dès que le taux d’inoccupation descend sous un certain plancher ». Afin de limiter les reventes rapides de logements à des fins spéculatives, l’organisme propose en outre à Québec d’imposer « fortement, voire pleinement, le gain en capital provenant de toutes les ventes immobilières ».

Le rapport recommande en outre que la Loi sur les cités et villes soit modifiée afin de faciliter l’acquisition de terrains par les municipalités, qui pourraient alors y faire la promotion de projets immobiliers. Une idée qu’accueille favorablement Julie Bourdon, la mairesse de Granby, ville où 0,1 % des logements locatifs étaient inoccupés l’an dernier, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement. L’administration municipale a d’ailleurs dû héberger temporairement plusieurs personnes à l’hôtel en marge de la période des déménagements du 1er juillet, du jamais vu à Granby.

« Comme villes, on est prêtes à faire notre part, mais il faut que les sommes soient disponibles » pour les aider à contribuer à l’aménagement de logements sociaux et abordables sur leur territoire, évoque Mme Bourdon. Elle demande aussi à ce que les villes disposent de plus « d’autonomie » pour agir en ce sens.

Quant au nombre de logements sociaux à construire, le gouvernement du Québec devrait se donner l’objectif concret d’offrir une habitation à chacune des dizaines de milliers de personnes inscrites sur des listes d’attente à l’échelle de la province, estime M. Mongrain. « On va savoir qu’on a construit assez de logements hors marché quand les listes d’attente vont être vides. »

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