Des promoteurs immobiliers s’unissent «pour faire pression» sur Sorel-Tracy

Les milieux naturels boisés sont menacés par l’étalement urbain à Sorel-Tracy.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Les milieux naturels boisés sont menacés par l’étalement urbain à Sorel-Tracy.

Des promoteurs se liguent pour faire accélérer le développement immobilier à Sorel-Tracy, où la protection des milieux naturels boisés menacés par l’étalement urbain est en voie de devenir le grand enjeu de la course à la mairie prévue cet automne, a constaté Le Devoir.

Un regroupement de promoteurs immobiliers s’est inscrit au Registre des lobbyistes du Québec jeudi après-midi dans le but d’entamer des « démarches » auprès de cette ville de Montérégie pour y développer « une meilleure compréhension commune et prévisible dans le développement domiciliaire durable ». Plusieurs projets résidentiels sont prévus sur des terrains boisés de Sorel-Tracy acquis par des investisseurs.

« Nous souhaitons mettre sur pied une table de discussion avec la Ville pour discuter des enjeux, de nos constats de la situation et trouver les meilleurs outils possibles et pratiques, tout en tenant compte de la réalité régionale », ajoute l’inscription, qui précise que le regroupement de promoteurs souhaite pouvoir développer « un guide, des orientations ou autres pratiques » afin de « favoriser un développement immobilier harmonieux » à Sorel-Tracy.

Le lobbyiste du regroupement n’a pas voulu préciser quels sont les promoteurs derrière ce rassemblement, dont les membres se sont rencontrés pour la première fois cette semaine. Une autre rencontre aura lieu mardi prochain, selon nos informations.

Ce sont en tout « sept ou huit promoteurs » qui feraient partie de cette alliance, a appris Le Devoir, de source sûre.

Celle-ci prend forme au moment où Sorel-Tracy est en voie de devenir le prochain secteur chaud pour le développement immobilier en Montérégie, un manque de sites à développer se faisant sentir dans la ville de Contrecoeur, plus proche de Montréal, notent plusieurs promoteurs de la région. Elle survient aussi un peu plus de deux mois après la destitution de l’ancien maire Serge Péloquin, qui sera remplacé le 20 novembre au terme d’une nouvelle course à la mairie.

Ligne directrice

 

« On veut faire pression parce qu’on dirait que la Ville n’a pas de ligne directrice dans le développement domiciliaire », lance au Devoir un des promoteurs immobiliers membres de ce regroupement, le p.-d.g. de l’entreprise AJL Construction, Alain Bourgeois. Ce dernier compte parmi les hommes d’affaires derrière l’acquisition d’immenses terrains boisés à Sorel-Tracy ces dernières années.

Sous l’ancienne administration, les permis de construction étaient souvent approuvés « à la pièce » et de façon expéditive par la Ville, indiquent plusieurs sources. Or, actuellement, « le développement domiciliaire est au ralenti et la demande est très forte », déplore M. Bourgeois. « Ça n’avance pas du tout ! Les urbanistes veulent avancer, mais les politiciens les ralentissent », renchérit le promoteur, qui déplore que « pour des niaiseries, des permis sont retardés ».

Pourtant, les projets immobiliers sur la glace actuellement pourraient rapporter d’importants revenus fonciers à Sorel-Tracy, évoque-t-il. « Si on a l’accord et l’aval de la Ville, on va aller de l’avant et on va injecter 500 millions d’investissements dans le budget de prestation de la Ville de Sorel-Tracy », insiste M. Bourgeois, qui additionne ainsi la valeur de l’ensemble des projets immobiliers mis de l’avant par les promoteurs membres du regroupement.

Politique de l’arbre

On ignore actuellement quand ce groupe de promoteurs rencontrera les représentants de la Ville, qui ont pris connaissance des démarches devant le Registre des lobbyistes du Québec après avoir été joints par Le Devoir.

 

Chose certaine, la Ville de Sorel-Tracy souhaite revoir l’encadrement du développement immobilier sur son territoire pour éviter que l’étalement urbain ne ravage ses espaces verts. Une Politique de l’arbre a notamment été adoptée en juillet dernier par les élus municipaux : elle donne à la Ville des cibles en matière d’augmentation de la canopée et de réduction des îlots de chaleur.

Un plan d’action suivra cet automne, et il pourrait prévoir l’imposition d’amendes salées aux promoteurs qui enfreindront cette politique, entrevoit le maire suppléant, Martin Lajeunesse. « On est conscients qu’il y a une grande demande dans la région pour des logements, relève-t-il en entrevue, mais on veut qu’il y ait un respect de l’environnement. »

Le promoteur Alain Bourgeois critique pour sa part fermement cette politique. Il n’écarte d’ailleurs pas d’entamer des « procédures légales » contre la Ville pour faire avancer certains de ses projets.

« Nous autres, on a acheté des terres qui sont en zones blanches, qui sont zonées résidentielles. Quand on a acheté ces terres-là, on a rencontré la Ville pour être sûrs que le développement était possible. Tout était beau, tout était correct. […] Et là, c’est rendu qu’on dépose des plans d’investissements et c’est refusé parce qu’il y a des arbres matures. À un moment donné, des arbres, on peut en replanter d’autres ! »

Course à la mairie

Les deux aspirants à la mairie de Sorel-Tracy déjà sur les rangs voient pour leur part d’un bon oeil l’idée d’améliorer la communication entre la Ville et les promoteurs immobiliers, à condition que la protection de l’environnement soit assurée.

« Ce n’est pas vrai qu’on peut négocier avec la Ville seulement sur le concept de valeur foncière », lâche l’ancienne conseillère municipale Corina Bastiani, qui compte tenter sa chance pour succéder à Serge Péloquin. « Il faut des espaces verts dans les nouveaux développements. Il faut cesser de tout considérer comme des friches », insiste-t-elle.

« Il faut inventorier, protéger et maintenir des milieux naturels dans la ville de Sorel-Tracy, c’est évident », assure aussi l’autre aspirant maire, Patrick Péloquin. Pour ce faire, un meilleur encadrement du développement immobilier s’impose, croit-il. « On en veut des logements. On en veut du développement. Mais pas à n’importe quel prix. »

Avec la collaboration d’Ulysse Bergeron

À voir en vidéo