Une voie de vélo rêvée devient possible aux Îles de la Madeleine

Sur les 146 km de parcours cyclables proposés par Tourisme Îles, seul un petit tronçon de quelques kilomètres se fait sur une piste réservée aux vélos.
Photo: Adrien Le Toux Getty Images Sur les 146 km de parcours cyclables proposés par Tourisme Îles, seul un petit tronçon de quelques kilomètres se fait sur une piste réservée aux vélos.

Le réseau cyclable des Îles de la Madeleine manque d’amour depuis longtemps, mais des travaux majeurs prévus par Hydro-Québec à l’horizon 2025 présentent l’occasion parfaite de le redorer, selon un comité de Madelinots férus de vélo. Depuis le printemps, ces citoyens se mobilisent pour que l’archipel se donne les moyens de pédaler en toute sécurité.

Bernard Vigneault en est convaincu : les bourrasques qui balaient le golfe du Saint-Laurent découragent moins les cyclistes de s’aventurer sur les îles que la proximité obligée avec les voitures. Peu importe le chemin où l’amateur pose sa petite reine sur l’archipel, il doit obligatoirement partager la route avec les véhicules motorisés.

« Faire du vélo avec des autos qui roulent à 90 ou 100 km/h à côté de toi, ce n’est pas évident », lâche le propriétaire de la boutique Éco-Vélo des Îles, située à l’ouest de Cap-aux-Meules. M. Vigneault et la dizaine de membres qui composent le comité Sentiers cyclables sécuritaires aux Îles veulent que la bicyclette ait elle aussi droit à sa voie royale.

« Tous les jours, des gens viennent me demander : “elle est où, la piste cyclable ?” Je suis bien obligé de leur dire que nous n’en avons pas », déplore le commerçant. Pourtant, la demande se fait sentir, explique le propriétaire madelinot. « Depuis quatre ans, le nombre de bicyclettes a explosé sur l’archipel. J’ai dû en vendre au moins 600, calcule M. Vigneault. Juste ici, j’ai 80 bicyclettes en location et elles ne fournissent pas. »

Trop chère, selon la Ville

 

Sur les 146 km de parcours cyclables proposés par Tourisme Îles, seul un petit tronçon de quelques kilomètres se fait sur une piste réservée aux vélos.

Le reste serpente en compagnie des voitures, parfois sur des chemins de gravier puisque, pour compléter la Route verte, « les accotements routiers doivent être asphaltés sur une vingtaine de kilomètres encore ici et là », indique Tourisme Îles de la Madeleine.

« La Route verte date d’il y a 15 ans, et certains tronçons ne sont quasiment plus praticables à cause du manque d’entretien et de la dégradation provoquée par les éléments, observe encore Bernard Vigneault. Plusieurs clients me racontent avoir eu des accrochages ou des accidents avec des véhicules. En un mot, tranche-t-il, ce n’est plus sécuritaire. »

Le vélo a le vent dans le dos, mais le manque d’argent constitue un bâton dans ses roues. Le maire intérimaire des Îles-de-la-Madeleine, Gaétan Richard, a indiqué mardi, lors de la plus récente séance du conseil municipal, que l’aménagement d’une piste cyclable hors route « ne fait pas partie des priorités ».

« On ne peut pas vous cacher qu’une piste cyclable aux îles, ça coûte énormément cher », a précisé le maire par intérim, suggérant d’améliorer la signalisation en guise de compromis. Le conseiller Benoit Arseneau a assuré que la municipalité envisageait d’autres solutions pour sécuriser la pratique du vélo dans l’archipel.

La Route verte date d’il y a 15 ans, et certains tronçons ne sont quasiment plus praticables à cause du manque d’entretien et de la dégradation provoquée par les éléments

« Nous travaillons pour mettre quelque chose en place qui puisse nous satisfaire un peu. Mais c’est sûr que la piste cyclable pure et dure…, a-t-il commencé en laissant la fin de son idée en suspens. Il y a beaucoup de trous à boucher dans nos chemins. Les routes partagées pourraient être une solution en attendant de se payer un bon réseau cyclable. »

Faire pression sur Hydro

 

Bernard Vigneault et le comité citoyen demandent aux élus de faire pression sur Hydro-Québec pour qu’elle pousse à la roue dans l’aménagement d’un tronçon consacré aux cyclistes. La société d’État projette de remplacer, à l’horizon 2025, une ligne qui va de Cap-aux-Meules à Grosse-Île : c’est l’occasion rêvée, selon eux, de bâtir 40 km d’une route entièrement cyclable.

« Hydro-Québec va devoir de toute façon construire un chemin secondaire pour accéder au chantier, explique M. Vigneault. Nous pourrions utiliser cette route-là pour faire une piste cyclable. Ça permettrait de réduire considérablement les coûts. »

La société d’État envisage l’idée, sans pour autant confirmer ses intentions. « C’est encore trop tôt pour se prononcer sur la réalisation d’un tel projet, explique Laurie Sabourin, conseillère aux relations avec le milieu pour les Îles de la Madeleine. Nous sommes seulement au début des études d’avant-projet, et celles-ci doivent se poursuivre jusqu’à l’été 2023. Nous ne savons pas encore si cette ligne sera aérienne, souterraine ou hybride. »

Mme Sabourin affirme qu’Hydro-Québec a déjà participé à des projets d’aménagement cyclable par le passé. Les Îles de la Madeleine, cependant, présentent des défis particuliers.

« Il y a plusieurs critères à prendre en compte : nous traversons plusieurs milieux protégés et nous devons faire face à des tempêtes plus fréquentes depuis quelques années. Il faut aussi mentionner, explique la conseillère, que notre emprise se situe sur des terrains privés. Ça complexifie un peu le processus. »

M. Vigneault, de son côté, croit qu’il n’y a pas de temps à perdre. « Ça fait 15 ans que le dossier piétine. Hydro-Québec a déjà commencé à négocier les servitudes avec les propriétaires. Si nous attendons le début des travaux en 2025, il sera trop tard parce que ce sera compliqué de retourner les voir pour leur parler d’aménager une piste cyclable sur leur terrain. »

Quinze ans de surplace

 

Le conseil municipal, mardi, a promis de porter la demande du comité aux oreilles d’Hydro-Québec. Bernard Vigneault maintient que les îles ont tout intérêt à accorder une grande place aux vélos, au moment où le nombre de véhicules motorisés enregistrés dans l’archipel a augmenté de 12 % en 10 ans, passant de 10 615, en 2012, à 12 090 en 2021, selon les données de la SAAQ.

« Beaucoup de Madelinots vivent à moins de cinq kilomètres de leur travail, maintient le commerçant, et ils veulent se rendre au boulot à vélo. Il y a eu trois études réalisées sur la question et elles pointent toutes dans la même direction : ce serait bénéfique si le réseau cyclable avait du bon sens. »

Le comité mène présentement un sondage auprès des citoyens de l’archipel. Bientôt, il lancera également une pétition pour permettre aux gens de manifester leur appui au projet. « Si nous attendons, ce sera trop tard, craint Bernard Vigneault. Ça fait 15 ans que nous parlons de bâtir un réseau à l’extérieur de la route et que ça n’avance pas. Nous avons assez attendu, il me semble. »

À voir en vidéo