Opération séduction à Beauport, terre hostile au tramway

La conseillère Maude Mercier Larouche rencontre les citoyens lors de portes ouvertes dans les arrondissements de La Haute-Saint-Charles et de Beauport pour leur parler des bienfaits du tramway.
Photo: Charles-Frédérick Ouellet Le Devoir La conseillère Maude Mercier Larouche rencontre les citoyens lors de portes ouvertes dans les arrondissements de La Haute-Saint-Charles et de Beauport pour leur parler des bienfaits du tramway.

Le compte à rebours a commencé : la Ville de Québec se donne encore un an pour rallier une majorité de sa population au tramway. Dans cette bataille de l’acceptabilité sociale, c’est la conseillère Maude Mercier Larouche qui fait office de générale. Le Devoir l’a suivie le mois dernier lors d’une rencontre citoyenne à Beauport, là où le tramway, avec un maigre 24 % d’appui, se trouve en territoire hostile.

Le rendez-vous avait lieu au centre communautaire Le Pivot, lieu bien nommé pour accueillir une soirée consacrée à faire virer l’opinion publique de bord. Campée dans ses souliers à talons et entourée d’une armada d’experts du Réseau de transport de la Capitale (RTC), Maude Mercier Larouche répondait aux critiques dans l’espoir de confondre les sceptiques, encore nombreux, à Beauport, à douter de la pertinence du tramway pour Québec.

Pendant trois heures, la conseillère a discuté avec les petits groupes qui s’agglutinaient autour d’elle pour maudire et, plus rarement, pour bénir le tramway projeté.

« C’est toujours le gaspillage d’argent qui me dérange », déplore Jean-Claude, un résident de l’arrondissement pour qui la facture de quatre milliards de dollars ne vaut tout simplement pas la chandelle. Son amie Mylène, elle, maintient que le prix atteint maintenant 10 milliards — une information erronée, comme il s’en entendra plusieurs dans la soirée.

« La majorité des sommes investies n’ont rien à voir avec le tramway, explique le directeur général du RTC, Alain Mercier. Nous profitons surtout du projet pour rénover toutes les infrastructures municipales négligées depuis 75 ans. »

Trottoirs frais, égouts neufs, fils enfouis, nouvelles chaussées pavées ; « à la fin, poursuit M. Mercier, tous les résidents du Québec, et même du Canada, vont financer la beauté de notre ville ».

Qu’importe, selon Mylène : le télétravail rendra caduc un tramway d’une telle ampleur. « Nous entendons parler de plein d’autres options, mais j’ai l’impression que tout est déjà “canné”. Pourquoi ne pas étudier un métro léger ou l’ajout d’autobus ? »

« Le tramway, c’est la modernité », assure Maude Mercier Larouche. Il permettra, énumère la conseillère, de réduire la congestion routière, de faire foisonner la verdure, d’embellir les quartiers tout au long de ses 19 km de tracé.

« Tout est beau, c’est comme magique, ça règle tous les problèmes », lance Jean-Claude, ironique. Ce dernier ne croit pas aux vertus du tramway tant vantées par la Ville. « C’est un plaidoyer unilatéral, ici, c’est une vitrine promotionnelle », lâche-t-il, ajoutant toutefois avoir apprécié « l’échange avec la conseillère ».

D’autres, comme Simon, adhèrent plutôt à la gratuité prônée par Éric Duhaime, « même s’[il] n’aime pas le gars ».

« Je ne crois pas une miette aux bienfaits environnementaux du tramway », ajoute-t-il.

Aux côtés des opposants se trouvent aussi quelques convaincus. Daniel, ancien professeur de cégep à la retraite, a emprunté l’autobus pendant 30 ans pour se rendre au centre-ville. Nul besoin de le courtiser : la capitale, selon lui, a besoin d’un tramway.

« Le matin, les bus sont toujours pleins, observe-t-il. Nous savons à quel point un réseau structurant, c’est important pour une grande ville. »

Il déplore que la pandémie ait éclipsé les efforts de communication de la Ville. « Ici, l’appui est à 24 %, c’est assez pathétique. Ce qui a pris toute la place pendant la COVID, ce sont les critiques », note Daniel. Pourtant, dit-il, « pour faire un projet comme ça, ça prend des ingénieurs. Pas des gérants d’estrade ».

Le pari de la transparence

 

Depuis six mois, Maude Mercier Larouche, nouvelle venue en politique issue des communications, parcourt tous les quartiers de la ville, bâton de pèlerin à la main, pour prêcher la bonne nouvelle de la mobilité à venir. Signe que son défi est de taille dans une capitale qui a longtemps déroulé le plus grand nombre de kilomètres d’autoroute par habitant au Canada : après ses réponses aux questions de 3760 citoyens lors de plus de 70 rencontres, le tramway a gagné un mince 3 % d’appui.

« Les résultats du dernier sondage, parus en juin dernier, nous confirment que l’aiguille est dure à faire bouger, mais elle a bougé, indique Mme Mercier Larouche. Parmi les gens qui vivent le long du tracé, à Sainte-Foy, Sillery et Cap-Rouge, l’adhésion a augmenté de 17 %. »

À Beauport, pendant ce temps, le nombre de convertis chutait de 16 %. Le projet fait cependant face à plusieurs vents contraires. À la radio, surtout privée, un flot presque quotidien de persiflage se déverse à l’encontre du tramway.

L’abattage de 1500 arbres devient un « festival de la tronçonneuse », bien que la mairie promette d’en planter 30 000 en guise de compensation. « Réveillez-vous ! demandait même un populaire animateur matinal de Québec à propos du tramway à la mi-juin. C’est une bombe atomique ! Je vous le dis : une bombe atomique ! »

La conseillère choisit l’euphémisme « une certaine propagande » pour désigner le phénomène et invite les gens à « ne pas lui accorder trop d’importance ». N’empêche : des opposants au tramway ont récemment saisi les tribunaux, accusant les élus au pouvoir de perpétrer un « détournement de démocratie ».

Le groupe Québec mérite mieux promet que la mise en demeure transmise à la Ville en juin se transformera en poursuite si le tramway demeure sur les rails — à condition, toutefois, que les citoyens donnent généreusement pour soutenir l’action en justice défendue par le cabinet de Guy Bertrand.

Cette opposition, assure Maude Mercier Larouche, n’ébranle en rien sa conviction que le tramway, à Québec, est nécessaire. « Ce contre quoi nous nous battons, c’est le cynisme, et la meilleure façon de l’enrayer, c’est d’être honnêtes, authentiques, sincères. »

Quitte à devoir, s’il le faut, rencontrer la ville au complet pour la convertir.

À voir en vidéo