Le circuit Gilles-Villeneuve victime de sa popularité

En trois ans, on a enregistré une augmentation de 45% du nombre de passages de cyclistes pendant la saison estivale sur le circuit Gilles-Villeneuve.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir En trois ans, on a enregistré une augmentation de 45% du nombre de passages de cyclistes pendant la saison estivale sur le circuit Gilles-Villeneuve.

Si les voitures de course de formule 1 demeurent le symbole du circuit Gilles-Villeneuve, ce sont surtout des cyclistes qui l’empruntent une bonne partie de la saison estivale pour s’y entraîner et se divertir. Leur nombre est d’ailleurs en forte augmentation, au point que cela soulève des problèmes de sécurité sur cette piste de l’île Notre-Dame.

À moins d’une semaine du retour en force du Grand Prix de formule 1, le circuit Gilles-Villeneuve est dans ses derniers préparatifs en vue de pouvoir accueillir des bolides pouvant rouler jusqu’à 350 km/h sur cette piste de course de 4,3 km. Au terme de cet événement sportif, ce sont toutefois les cyclistes qui redeviendront, à partir du 24 juin, les principaux usagers de ce circuit, dont la configuration est aussi idéale pour réaliser des exploits de vitesse à deux roues.

« La proximité avec une ville comme Montréal et le parc Jean-Drapeau, qui est accessible à vélo, ça fait en sorte qu’il y a beaucoup de cyclistes qui vont s’entraîner à cet endroit-là. C’est sécuritaire parce qu’il y a moins d’automobiles et c’est pratique pour s’entraîner en groupes et faire des simulations de courses », remarque le cycliste aguerri François Guimard.

Ce dernier est le fondateur de la première édition du festival Vélocité, qui a eu lieu du 4 au 8 mai dans la métropole. Cet événement, qui souhaite devenir annuel, a culminé par une course professionnelle, qui a attiré 430 cyclistes sur le circuit Gilles-Villeneuve. « C’est vraiment beaucoup pour une épreuve cycliste », se réjouit M. Guimard.

Des données tirées des compteurs situés sur cette piste fournies au Devoir font état d’une augmentation du nombre de passages enregistrés de cyclistes pendant la saison estivale, qui se prolonge à cet endroit d’avril à novembre. Ce nombre est ainsi passé d’environ 220 000 en 2018 à plus de 318 000 l’an dernier, soit une augmentation de près de 45 % en trois ans.

« On a quand même vu une croissance de l’achalandage et de l’intérêt pour nos installations », relève ainsi le porte-parole de la Société du parc Jean-Drapeau, Kaven Gauthier, en entrevue au Devoir. 

Des accrochages plus nombreux

 

Cette hausse, qui témoigne de l’attrait grandissant du vélo dans le contexte de la pandémie, fait aussi écho à la place grandissante accordée aux cyclistes dans l’aménagement de ce site au fil des années. D’abord improvisée au début des années 2000, la présence de vélos sur le site a ensuite été balisée par la présence de bollards, tandis que la circulation automobile, qui se faisait autrefois dans les deux directions sur cette piste, est maintenant unidirectionnelle et limitée à une vitesse maximale de 30 km/h.

Le principal problème de cohabitation sur ce site aujourd’hui n’est donc pas entre les cyclistes et les automobilistes, mais plutôt entre les cyclistes eux-mêmes, sans compter les adeptes de patins à roues alignées et de course à pied.

« Ce qu’on a remarqué, c’est qu’il y a effectivement des problèmes de cohabitation entre les cyclistes. C’est dû au fait qu’il y a vraiment deux types de sportifs qui s’entraînent chez nous. Il y a les cyclistes de haut niveau, de performance, et on a les cyclistes plus néophytes », qui maîtrisent moins les règles à respecter pour éviter des accrochages, explique Kaven Gauthier. Ainsi, la Société du parc Jean-Drapeau (SPJD) a noté une hausse des collisions entre cyclistes sur cette piste, où des ambulanciers sont appelés à intervenir « quand même régulièrement », confie le porte-parole.

En mai 2021, un cycliste est d’ailleurs décédé à la suite d’une collision avec un autre cycliste sur le circuit Gilles-Villeneuve, ce qui a entraîné l’ouverture d’une enquête du Bureau du coroner, qui n’a pas encore déposé son rapport. Ses recommandations pourraient aider la SPJD à améliorer la sécurité sur cette piste, espère le président-directeur général de Vélo Québec, Jean-François Rheault. Car, actuellement, « il reste des problèmes de sécurité, il reste des problèmes d’aménagement » sur ce site, constate-t-il.

À cet égard, Kaven Gauthier, de la SPJD, affirme que le dialogue se poursuit avec les membres du comité consultatif sur la pratique du vélo au parc Jean-Drapeau, dont des élus de la Ville et des membres de Vélo Québec font entre autres partie, afin de « continuellement améliorer les installations » du circuit pour qu’il soit « sécuritaire ». L’affichage sur le site a notamment été bonifié pour appeler les cyclistes à la prudence, tandis que des campagnes de communication ont été mises en branle pour faciliter la cohabitation sur ce site, indique le porte-parole.

Une vocation sportive

 

La présence de cyclistes sportifs sur le circuit Gilles-Villeneuve a d’ailleurs créé quelques rebondissements dans la dernière décennie. On a notamment assisté à une levée de boucliers de groupes cyclistes en 2010 lorsque l’ancienne administration de Gérald Tremblay a voulu mettre des chicanes sur le site pour y ralentir les cyclistes qui incommodaient des piétons. Ces barrières ont ensuite été retirées.

Puis, en 2017, l’administration de Denis Coderre a annoncé la fermeture de ce circuit pendant tout l’été pour permettre le déménagement des événements du promoteur privé Evenko sur le circuit Gilles-Villeneuve, avant de faire marche arrière sous la pression populaire.

Il y a effectivement des problèmes de cohabitation entre les cyclistes

 

Depuis, l’importance de ce site pour les cyclistes sportifs, qui bénéficient sur ce circuit d’un asphalte de qualité supérieure pour prendre de la vitesse, est mieux reconnue, mais il reste encore du chemin à parcourir, estime Jean-François Rheault.

« Pour les cyclistes sportifs, le circuit Gilles-Villeneuve, tout comme la voie Camillien-Houde [sur le mont Royal], ce sont les deux endroits qui sont des lieux de prédilection pour l’entraînement », relève-t-il. Or, dans les deux cas, la vocation sportive de ces sites « n’est pas reconnue à sa juste valeur » par la Ville, fait-il valoir.

Le Plan directeur de conservation, d’aménagement et de développement du parc Jean-Drapeau 2020-2030, qui est issu d’une consultation publique tenue en 2018, fait d’ailleurs état d’un « manque de reconnaissance » de la vocation sportive du parc, y compris son circuit Gilles-Villeneuve, qui a été baptisé ainsi en 1982 en hommage au célèbre pilote automobile. Le vaste document recommande ainsi d’« affirmer la vocation sportive du circuit Gilles-Villeneuve en offrant des plages horaires d’entraînement réservées aux cyclistes », une vision que partage M. Rheault.

François Guimard, pour sa part, croit qu’il est important que ce circuit demeure « accessible à tout le monde ». « Il faut commencer par communiquer l’existence de ce circuit, l’accessibilité de ce circuit pour les familles », avant de penser à créer des plages horaires réservées uniquement aux cyclistes de haut niveau, croit-il.



À voir en vidéo