La densification urbaine s’impose comme la solution à la crise du logement

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
Le quartier de Griffintown, sur l’île de Montréal, où les hautes tours d’habitation sont légion.
Photo: Vivre en ville Le quartier de Griffintown, sur l’île de Montréal, où les hautes tours d’habitation sont légion.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

En 2022, plus d’un Québécois sur deux vit dans une ville de plus de 100 000 habitants, et cette proportion tendra à s’accentuer au cours des prochaines années. Comment, dès lors, vivre de plus en plus nombreux sur des territoires restreints ? La densification des milieux peut-elle être une solution appropriée ? Catherine Boisclair, urbaniste au sein de l’organisation Vivre en ville et coordonnatrice du projet Oui dans ma cour ! qui vise l’accélération des transformations urbaines dans une optique de lutte contre les changements climatiques, nous éclaire de sa lanterne.

Premier problème : la crise du logement, sous-jacente depuis plusieurs années au Québec et en particulier à Montréal, s’accélère. La pénurie de logements disponibles couplée à la crise sanitaire a fait exploser les prix aussi bien à l’achat qu’à la location. C’est ce que constate Catherine Boisclair. L’urbaniste figure parmi les panélistes de la conférence La densification des milieux, pour quoi faire ? Des pistes pour optimiser l’occupation de nos territoires, qui aura lieu jeudi à l’occasion des assises 2022 de l’Union des municipalités du Québec.

« Au Québec, la pénurie de logements est sur toutes les lèvres, indique-t-elle. Pour y répondre, il faut construire plus de logements de toutes sortes à la fois d’initiative privée et des logements sociaux, et de toutes les tailles pour répondre à une diversité de besoins. La maison unifamiliale isolée ne correspond plus à tous, ne serait-ce qu’à cause de son coût exorbitant dans plusieurs quartiers en demande, mais aussi parce que de nombreuses personnes vivent dorénavant seules ou à deux, notamment les jeunes adultes et les nombreux baby-boomers, dont les aspirations évoluent. »

Construire à même les quartiers existants

La densification et l’étalement urbain sont les deux faces d’une même pièce, poursuit l’urbaniste. Soit on construit les nouveaux logements à l’intérieur des quartiers existants, ce qui augmente le nombre de logements dans un quartier : c’est ce qu’on appelle la densification. Soit on construit ces logements sur des milieux jusque-là naturels ou agricoles : c’est ce qu’on appelle l’étalement urbain.

« Les deux schémas répondent au même impératif : la création de nouvelles unités pour accommoder la croissance de la population et la formation de nouveaux ménages, souligne-t-elle. En d’autres mots, il faudra faire soit l’un soit l’autre, mais il va certainement falloir faire quelque chose. »

La densification des milieux urbains est nécessaire pour faire face à la demande de plus en plus en forte de logements. Il faut aussi faire face aux changements climatiques. De ce point de vue, les écueils de la croissance en étalement sont connus : dépendance au voiturage en solo, destruction des milieux humides et des forêts, coûts importants en construction et en entretien. Les résidences sont toujours plus éloignées des milieux de travail, notamment, et la construction des infrastructures et des services pour les rejoindre coûte cher et pollue.

« Pour répondre à l’ensemble de ces défis, et en particulier à la crise climatique et à celle du logement, tous les milieux qui connaissent une croissance de leur population sont appelés à densifier leurs quartiers plutôt que de s’étaler, poursuit Mme Boisclair. Même les milieux qui connaissent peu ou pas de croissance doivent répondre aux besoins changeant en logement de leur population vieillissante, et pour ce faire, ils ont tout à gagner à construire ces logements à même les quartiers existants. »

Changer les habitudes de mobilité

Pourtant, cette densification continue à avoir mauvaise presse au sein de la société québécoise. Le multilogement souffre encore d’un a priori négatif. Ces appréhensions légitimes au sujet de l’apparition de tours d’habitation, plus hautes et plus larges, doivent cependant être nuancées à l’orée des progrès actuels en matière de construction et de la nécessité de lutter contre les dérèglements climatiques.

« Nous constatons que l’uniformité dans nos quartiers est hautement valorisée, tant architecturalement que socialement, ce qui est discutable comme objectif. Les enjeux climatiques et sociaux devraient en effet nous préoccuper davantage. Dans de nombreux milieux, chaque logement ajouté signifie une, voire deux ou trois voitures de plus. Alors que si l’on construit à proximité du transport en commun, des services et des emplois, on peut profiter de la densification pour transformer les habitudes de mobilité des résidents », constate Catherine Boisclair, qui ajoute que la densification peut prendre plusieurs formes.

Elle évoque des formes de densification douce ou invisible, que l’on pense par exemple à la transformation d’un ancien couvent ou d’un presbytère en logements, la subdivision d’une maison unifamiliale ou la construction d’une minimaison en cour arrière pour ajouter un logement accessoire. Mais la densification plus marquante, celle qui consiste à bâtir en hauteur, est parfois la bienvenue lorsqu’il s’agit d’accroître l’offre en logement près des emplois, des commerces et des stations du réseau structurant de transport en commun lorsqu’il y en a un.

Mme Boisclair reconnaît toutefois que cette forme de densification appelle une attention plus grande pour une insertion réussie. Le stationnement doit y être par exemple réduit et il ne devrait pas donner sur les balcons ou les fenêtres afin de favoriser l’intimité. Elle insiste par ailleurs sur la nécessité de verdir de manière maximale les bâtiments.

« L’avenir urbain et écologique du Québec passe par la prise en compte de toutes ces considérations », conclut-elle.



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