Plaidoyer pour une vraie relance de l’Est

Selon CDPQ Infra, le REM permettra de réduire le temps de déplacement des travailleurs, en plus de faciliter l’accès aux principales artères commerciales de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon CDPQ Infra, le REM permettra de réduire le temps de déplacement des travailleurs, en plus de faciliter l’accès aux principales artères commerciales de Montréal.

Négligé pendant des décennies, l’est de Montréal a besoin d’un sérieux coup de barre. Mais la relance de l’Est ne pourra se réaliser si les millions de pieds carrés d’anciens terrains industriels sont livrés à des méga-entrepôts et si le Réseau express métropolitain (REM) de l’Est ne voit pas le jour, croit le président de la Société de développement Angus (SDA), Christian Yaccarini.

Des élans freinés

Christian Yaccarini est intarissable quand il parle de l’est de Montréal. Celui qui a fondé, il y a près de 30 ans, la SDA, une entreprise d’économie sociale, et réalisé plusieurs projets de relance urbaine dit être à la fois encouragé et découragé à l’égard du développement de l’Est, dont l’élan a été constamment freiné.

Pourtant, ce ne sont pas les terrains à développer qui manquent. Mais c’est connu, les quelque 40 millions de pieds carrés d’anciens terrains industriels sont contaminés, et le territoire est encore mal desservi par le transport collectif. « Quand Molson a décidé de quitter son site actuel, on voulait qu’ils restent sur l’île, dans l’Est. Mais qu’est-ce qu’on pouvait offrir ? Un terrain contaminé, la rue Notre-Dame complètement bloquée et pas de transport collectif. Ils sont allés sur la Rive-Sud », fait remarquer M. Yaccarini.

L’Est compte toutefois plusieurs autres atouts, comme des institutions telles que l’hôpital Maisonneuve-Rosemont — malgré son état de décrépitude avancée —, l’Institut de cardiologie et l’Institut universitaire en santé mentale, note Christian Yaccarini. Avec des partenaires, dont le CIUSSS de l’­Est-de-l’­Île-de-Montréal, il rêve d’ailleurs d’un projet de zone d’innovation en santé dans l’Est.

Penser au long terme

L’élection du gouvernement caquiste en 2018 lui a redonné un certain espoir. « Pour moi, c’était la première fois en 30-40 ans qu’il y avait une volonté du gouvernement du Québec d’intervenir dans le champ économique de l’Est », dit-il.

Un montant de 100 millions de dollars a d’ailleurs été accordé par Québec pour la décontamination de terrains de l’Est, mais l’essentiel de cette somme dort toujours dans les coffres de la Ville, déplore-t-il.

Christian Yaccarini croit que les pouvoirs publics doivent agir pour planifier le développement de l’Est en pensant au long terme. Mais selon lui, la relance ne passe pas par des projets comme l’implantation d’un entrepôt de Costco sur l’ancien golf d’Anjou et celle d’un méga-entrepôt d’Amazon sur l’ancien site de Shell. « Ce qu’on veut dans l’est de Montréal, ce ne sont pas des entrepôts. Les entrepôts amènent du camionnage. Celui d’Amazon sera hautement robotisé. […] Ça apporte zéro valeur », explique-t-il.

L’homme d’affaires croit que Québec doit porter une attention particulière au terrain d’Esso, qui a cessé ses activités dans les années 1980 et que la pétrolière tenterait de vendre bien qu’il soit lourdement contaminé. « Mon opinion, c’est qu’il faut sortir ce terrain-là du marché spéculatif, parce que le groupe qui va l’acheter va chercher un rendement le plus rapidement possible. Alors, ce qui risque d’arriver sur ces terrains-là, c’est soit des entrepôts, soit des mégacentres de données qui ne créent aucune valeur. »

« Si on n’a pas de REM et qu’on laisse aller ces grands terrains, la relance de l’Est, oublie ça, il n’y en aura pas », dit-il.

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