Le troisième lien Québec-Lévis passera par deux plus petits tunnels

Le tunnel entre Québec et Lévis doit relier les deux centres-villes.
Photo: iStock Le tunnel entre Québec et Lévis doit relier les deux centres-villes.

Il n’y aura plus un, mais bien deux tunnels dans la nouvelle version du troisième lien Québec-Lévis que le gouvernement Legault doit présenter jeudi. Réduire l’envergure du projet devrait ainsi réduire sa facture, d’abord estimée de 7 à 10 milliards de dollars.

Le premier jet du troisième lien promettait un tunnel unique long de 8,3 km et large de 19,4 m, un diamètre encore jamais atteint sur la planète. Pour le creuser, Québec aurait dû inventer un tout nouveau tunnelier. Les six voies réparties sur deux étages de cette version du troisième lien en faisaient le plus grand du monde.

Le gouvernement provincial revoit maintenant ses ambitions à la baisse. Il y aura désormais deux tunnels de taille plus modeste, et ceux-ci compteront moins de voies, comme l’avait d’abord évoqué le premier ministre François Legault en février. « Est-ce qu’au total, on a besoin de deux, quatre, six voies ? C’est ce qu’on est en train de regarder », avait-il alors affirmé.

Selon nos informations, la nouvelle version ne changera rien au tracé original. Le ministère des Transports a d’ailleurs annoncé le mois dernier des « travaux préparatoires » sur le réseau routier de Lévis pour le préparer au flux de circulation engendré par le projet. Le tunnelier doit commencer à creuser en 2027, selon l’échéancier actuel.

Les détails présentés jeudi

La CAQ a plusieurs fois demandé qu’Ottawa éponge 40 % des coûts du troisième lien. Or, le gouvernement Trudeau a toujours répété qu’il ne finançait plus de projets autoroutiers ; c’est plutôt le transport collectif qui profite de la manne fédérale.

Le ministère des Transports n’a pas voulu se prononcer quant à la possibilité qu’un des deux tunnels soit entièrement consacré au transport en commun pour forcer le fédéral à contribuer au projet.

Le tunnel entre Québec et Lévis doit relier les deux centres-villes et s’inscrit dans le Réseau express de la Capitale (REC), un vaste plan de mobilité pour la grande région de la capitale nationale. Outre le troisième lien, le REC comprend l’élargissement de plusieurs autoroutes pour créer des voies réservées au transport en commun. Le tramway défendu par la Ville de Québec devient aussi, dans la vision du gouvernement, partieintégrante de ce réseau.

Les maires de Québec et de Lévis ont eu un aperçu de la deuxième version du troisième lien mardi matin. Bruno Marchand n’a jamais entériné le projet, demandant d’abord à être convaincu qu’il apportera des bénéfices aux gens de Québec. Son homologue de Lévis, Gilles Lehouillier, a toujours appuyé le lien sous-fluvial, estimant que les ponts de Québec et Pierre-Laporte avaient atteint leur capacité maximale.

Le public prendra connaissance des détails de la nouvelle version jeudi lors d’une présentation du ministre des Transports, François Bonnardel.

Un projet « pharaonique »

Le caractère colossal du projet proposé le 17 mai 2021 a attiré nombre de critiques à la CAQ. Certains ont vu un tunnel trop imposant et coûteux pour la région de Québec. La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, l’a souvent raillé en qualifiant le troisième lien initial de « pharaonique ». Plusieurs ont aussi moqué certaines prétentions du gouvernement selon lesquelles le troisième lien est carboneutre et « une belle façon » de freiner l’étalement urbain. Jusqu’à présent, aucune étude n’a étayé ces affirmations.

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a déjà indiqué que le tunnel ira de l’avant, peu importe le résultat des évaluations environnementales. « Notre rôle est que ça se fasse dans le respect de la Loi sur la qualité de l’environnement et avec le moins d’impacts possible sur l’environnement », avait-il indiqué le 3 novembre dernier.

Le troisième lien entre Québec et Lévis constituait une promesse phare de la CAQ lors de la précédente campagne électorale. Le ministre ÉricCaire, député de La Peltrie, avait même mis son siège en jeu en jurant qu’une première pelletée de terre serait réalisée avant le prochain scrutin général, prévu le 3 octobre.

L’idée d’un tunnel n’a toutefois jamais réussi à rallier l’Hôtel de Ville de Québec. L’ancien maire Régis Labeaume avait quitté la tribune dès la fin des allocutions, au moment où le premier ministre, son ministre des Transports et la ministre responsable de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, présentaient en grande pompe le REC au printemps 2021.

En tombée de rideau de sa carrière politique, M. Labeaume avait, dans un long message adressé à François Legault, remis en question la pertinence du projet de tunnel défendu par la CAQ.

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