Des promoteurs immobiliers accusent Montréal de ne pas les écouter

Une affiche «Terrain réservé pour logement social» dans le secteur Bridge-Bonaventure. La Ville de Montréal envisage la construction de 1270 logements sociaux ou abordables à cet endroit.
Olivier Zuida Le Devoir Une affiche «Terrain réservé pour logement social» dans le secteur Bridge-Bonaventure. La Ville de Montréal envisage la construction de 1270 logements sociaux ou abordables à cet endroit.

Accusant la Ville de Montréal de ne pas les écouter et de vouloir les bâillonner, des promoteurs immobiliers reprochent à l’administration de Valérie Plante de vouloir développer le secteur Bridge-Bonaventure avec une densité digne d’une « banlieue de troisième couronne » qui ne permettra pas de rentabiliser les projets de construction.

Lors d’une rencontre lundi matin avec des journalistes, les représentants de Devimco, du Groupe Mach et de COPRIM y sont allés d’une attaque en règle contre la Ville de Montréal. « Après trois années d’efforts, on constate que la Ville n’a fait qu’à sa tête. […] On n’écoute pas le secteur privé. On a des compétences et des capitaux, et on ne s’en sert pas », s’est insurgé Serge Goulet, président de Devimco. « Le privé est tenu de côté, bâillonné, diabolisé. »

Les promoteurs soutiennent qu’il leur a fallu beaucoup insister pour pouvoir participer aux travaux de la table de concertation mise sur pied à la suite du dépôt du rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). « La Ville, comme dans beaucoup de projets, agit comme une dictature. Elle nous impose une vision et puis nous, développeurs, qui prenons des risques avec ces projets-là, avons très peu d’écoute », a renchéri Cédric Constantin, vice-président au développement immobilier du Groupe Mach.

Litige concernant la densité

Les promoteurs proposaient de construire entre 12 000 et 15 000 logements dans le périmètre de 2,3 kilomètres carrés situé aux abords du bassin Peel. Mais dans son plan, qui leur a été présenté le 21 mars dernier, la Ville envisage plutôt 4000 logements pour le site, dont 1270 logements sociaux et abordables. « Nos grands espaces à redévelopper, on les densifie comme Saint-Jean-sur-Richelieu. Ce sont des densifications de troisième couronne », a dénoncé Serge Goulet.

À titre de comparaison, les promoteurs ont soutenu que leur proposition de densité représentait 60 % de celle de Griffintown et correspondait à la densité autorisée l’été dernier pour le Programme particulier d’urbanisme (PPU) des Faubourgs, qui regroupe les sites de Molson et de Radio-Canada. Ils font aussi valoir que les immeubles proposés par la Ville occupent une grande superficie au sol, ce qui ne permet pas de dégager de la place pour des espaces verts.

« C’est une sous-densification », estime Vianney Bélanger, président de COPRIM. « On a une crise du logement. On parle maintenant de changements climatiques et on veut freiner l’étalement urbain. On pense que ce développement, ce n’est pas socialement responsable compte tenu des enjeux auxquels on devrait faire face. »

Serge Goulet indique qu’avec une si faible densité, le développement du secteur Bridge-Bonaventure ne sera jamais rentable, et la métropole aura besoin de trois fois la superficie de l’île de Montréal pour réaliser les 60 000 logements promis par Projet Montréal en campagne électorale.

Enjeux de cohabitation

Responsable de l’urbanisme au comité exécutif de la Ville, Robert Beaudry s’est étonné de la sortie des promoteurs immobiliers et de leurs plaintes concernant le manque d’écoute de la Ville. « Je suis bouche bée. Ils sont autour de la table. M. Goulet a rencontré à plusieurs reprises les membres du comité exécutif pour partager sa vision, a-t-il dit. Je pense qu’ils vont être satisfaits seulement le jour où on va copier-coller leur vision dans le plan directeur préliminaire. »

L’élu soutient que si la Ville ne privilégie pas une densité aussi élevée que celle souhaitée par les promoteurs, c’est que le site Bridge-Bonaventure est situé dans un secteur industriel en activité aux retombées économiques importantes pour la Ville et pour le Québec, et non dans une friche industrielle.

Aux critiques des promoteurs immobiliers qui accusent la Ville de vouloir « ghettoïser » le développement de l’habitat résidentiel en le limitant à des terrains spécifiques, l’élu a rappelé que, dans son rapport, l’OCPM avait recommandé une forte densité « à échelle humaine » avec des services de proximité et des zones tampons pour une meilleure cohabitation avec le secteur industriel. « On veut que les gens soient dans des environnements sécuritaires, complets, sains. Donc, les secteurs les plus propices pour du développement, c’est essentiellement dans le secteur du bassin Peel, sinon, on est proches des activités industrielles. »

D’autres consultations sont prévues à l’OCPM et les promoteurs immobiliers auront l’occasion de se faire entendre, a-t-il rappelé. « Quand ils disent qu’ils sont bâillonnés, c’est de la démagogie pure et simple, explique-t-il. Mais au bout du compte, la Ville ne travaille pas pour les promoteurs. Elle travaille pour la population. »

Robert Beaudry juge que le plan de la Ville présente une « vision équilibrée » pour le développement du secteur. « Qui voudrait qu’on s’assoie dans une salle avec deux-trois promoteurs et qu’on fasse un deal ? Ce n’est plus comme ça que ça fonctionne. Si c’est ça leurs attentes, on va les décevoir, parce qu’aujourd’hui, ça prend de la concertation. »

Journée portes ouvertes

Désireux de présenter leur vision et d’amorcer un « grand dialogue » avec la population, les promoteurs immobiliers entendent tenir une journée d’information le 31 mai prochain. « Les citoyens de la grande région de Montréal vont vraiment voir ce qui se passe présentement et vers où la Ville est en train de s’en aller », a commenté Serge Goulet.

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