Mode d’emploi pour le Montréal du futur

Un projet de rues partagées dans le Vieux-Montréal, sur une distance d'un peu plus d'un kilomètre
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un projet de rues partagées dans le Vieux-Montréal, sur une distance d'un peu plus d'un kilomètre

La Ville de Montréal a lancé un vaste chantier pour dépoussiérer son plan d’urbanisme et mettre à jour le plan detransport de 2008. Le Plan d’urbanisme et de mobilité (PUM) détaillera les grands principes en matière d’aménagement et de transport pour les 25 prochaines années. Montréal a fait bien du chemin depuis l’adoption du premier plan d’urbanisme de l’administration de Jean Doré il y a 30 ans, mais la crise climatique impose désormais une urgence aux décideurs.

Documents de référence pour la planification des villes, les plans d’urbanisme sont une exigence de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Celui que Montréal veut élaborer s’inspirera de discussions citoyennes et fera l’objetde consultations au cours des prochainsmois par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des voitures électriques branchées à des borne de recharges alors que le plan d'urbanisme intègre peu d'automobiles.

Le document de travail rendu public par la Ville trace les grands objectifs visant à dessiner la ville de demain selon trois axes : la métropole, le quartier et le bâtiment. Il y a un peu de tout dans ce document où l’on décrit de grands principes vertueux : un accès aux berges toute l’année, des rues verdies, des aménagements cyclables pour les citoyens de tous âges, des toits verts, des bâtiments peu énergivores, des logements adaptés à tous les Montréalais, peu importe leur situation ou leurs revenus, et bien d’autres énoncés qui font rêver.

Sur les images qui illustrent le document, les voitures sont rares, voire inexistantes. Responsable de l’urbanisme au comité exécutif, Robert Beaudry n’avait pas relevé ce détail. « C’est un document de travail, et on ne nie pas qu’il va y avoir des autos [en 2050].Les camions aussi seront encore là, mais on souhaite que le transport de marchandises évolue. C’est surtout une réflexion sur le partage des types de mobilité », explique-t-il.

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Selon les écologistes, les jardins naturels présentent de nombreux avantages dont une biodiversité accrue.

Si Montréal a choisi l’horizon 2050 pour élaborer son plan, c’est qu’elle s’est fixé pour objectif d’atteindre la carboneutralité à ce moment. Cette carboneutralité s’applique pour l’instant à l’institution de la Ville, mais les citoyens devront eux aussi y participer, avance Robert Beaudry. « Il faut quand même que, collectivement, on fasse des efforts. Ça passe par le transport et les bâtiments. Mais l’objectif, c’est d’insuffler ce mouvement. Au-delà de nos objectifs personnels, il y a les objectifs du GIEC [Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat] », rappelle l’élu.

Selon Robert Beaudry, la crise climatique impose l’adoption de mesures énergiques pour rendre la ville plus résiliente. Et bien que la Ville n’ait pas le contrôle sur tous les aspects de son développement, l’administration Plante compte faire de l’habitation un enjeu central. « Aujourd’hui, on se retrouve avec des gens de la classe moyenne qui n’arrivent pas, sur l’île de Montréal,à trouver un logement qui respecte leur capacité de payer. Si on veut construire une ville avec des quartiers vivants, il faut qu’on fasse avancer cette question-là », fait-il valoir.

Il faut quand même que, collectivement, on fasse des efforts. Ça passe par le transport et les bâtiments. Mais l’objectif, c’est d’insuffler ce mouvement [de la carboneutralité].

Le vaste chantier de 1992

Le 9 juin 1992, Le Devoir titrait « Les Montréalais seront forcés de se convertir au transport en commun ». La veille, le responsable de l’aménagement et du développement urbain sous l’administration de Jean Doré, André Lavallée, avait dévoilé le plan d’urbanisme, le premier de la Ville de Montréal.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un projet de rues partagées place Simon-Valois dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Ce plan, considéré comme un « contrat social » avec les Montréalais et les partenaires privés et publics, prévoyait un ensemble de mesures, commel’aménagement de plusieurs voies réservées aux autobus, une politique du stationnement pour inciter les Montréalais à opter pour les transports collectifs, le verdissement de la ville avec la plantation massive d’arbres et la création de parcs dans les ruelles et les cours d’école. Il détaillait de nombreuses ambitions, dont la construction de 60 000 nouveaux logements, notamment au centre-ville, la transformation de l’ancienne carrière Miron en espace vert, la revitalisation de la rue Sainte-Catherine et la restauration du mont Royal.

Mais le plan d’urbanisme était bien davantage qu’une liste de projets à réaliser à plus ou moins long terme. Il avait mijoté dans la base militante du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), alors que Montréal était dirigée par Jean Drapeau, qui avait lancé plusieurs projets de « revitalisation urbaine » ayant défiguré certains quartiers.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des résidants de l'arrondissement du Sud-Ouest investissent et réinventent leurs rues grâce à l'art.
 

À l’époque, malgré l’inauguration du métro, la voiture était reine. « La vision que la Ville de Montréal avait, c’était : on démolit et on recommence. La modernité passait par la démolition », se rappelle André Lavallée, en entrevue au Devoir. « Et 25 % du centre-ville de Montréal était composé de terrains vacants. » L’hôtel de ville était bordé de stationnements et de terrains abandonnés, signale-t-il. Le « Faubourg à m’lasse » avait été rasé pour faire place à Radio-Canada.

Trente ans plus tard, André Lavallée souligne que de nombreux projets figurant dans le premier plan d’urbanisme se sont réalisés, qu’il s’agisse du Centre de commerce mondial, de la réhabilitation de la rue de la Commune ou la revitalisation des anciennes usines d’Angus. Le Plan d’urbanisme était ancré dans la « ville réelle » et il était le fruit d’un exercice démocratique inédit à l’époque, insiste-t-il.

Le centre-ville était aussi une pièce maîtresse du plan d’urbanisme. Sous l’impulsion du RCM et d’un nouveau cadre réglementaire, la fonction résidentielle du centre-ville s’est accrue avec un souci de maintenir l’identité des quartiers qui le composent.

Un immense casse-tête

S’il salue l’exercice lancé par l’administration Plante pour le nouveau plan d’urbanisme, André Lavallée juge tout de même que les propositions « généreuses » s’attardent trop aux détails sans définir les réelles priorités. « C’est comme si on commençait un immense casse-tête de 10 000 morceaux, mais qu’on n’avait pas pris le temps de regrouper les pièces par couleurs, dit-il. Mais je comprends que l’exercice commence. Je n’ai pas d’autre choix que de donner la chance au coureur. »

Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Un panneau de la rue Sainte-Catherine à Montréal. La Ville a annoncé son projet de réaménagement de la célèbre rue.

Président de l’Ordre des urbanistes du Québec, Sylvain Gariépy reconnaît que les orientations décrites dans le document de travail de la Ville sont « un peu génériques ». « C’est une manière de lancer le chantier pour par la suite arriver dans le plus concret », croit-il.

Il signale que les projets des Réseaux express métropolitains (REM) de l’Est et de l’Ouest auront un impact inévitable sur l’élaboration du futur PUM et modifieront les milieux de vie. « Ça influera grandement sur la façon dont on repense le territoire. Il faudra faire un plan d’urbanisme qui prendra en compte ces réseaux-là. »

Il se demande cependant si la Ville aura les moyens de ses ambitions et si la future politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire que prépare Québec aura des effets sur le plan d’urbanisme de Montréal et des autres villes québécoises.

« Le plan d’urbanisme, c’est un document vivant, et il va se modifier tout au long de son existence », rappelle toutefois Robert Beaudry.

L’exercice d’élaboration du PUM n’en est qu’à ses débuts, et son adoption est prévue pour 2023. Les arrondissements se doteront eux aussi de leurs plans locaux qui détailleront les cadres réglementaires concernant l’aménagement de leur territoire.



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