Le transport collectif face à la hausse des prix du carburant

La Ville de Rimouski doit présenter dans les prochains mois une refonte de ses circuits Citébus.
Photo: Getty Images/iStockphoto La Ville de Rimouski doit présenter dans les prochains mois une refonte de ses circuits Citébus.

La hausse du prix des carburants met en lumière le besoin de changements dans les services de transport collectif au Québec, du développement de l’offre dans les zones peu desservies à l’électrification des flottes d’autobus.

Que ce soit pour travailler, étudier ou se faire soigner, les citoyens du Bas-Saint-Laurent doivent souvent parcourir de grandes distances. Pour se rendre d’une MRC à l’autre, leur seule option est la voiture. « Tant en milieu rural qu’à Rimouski, on est captifs de l’automobile », rapporte le coordonnateur d’Action populaire Rimouski-Neigette, Michel Dubé.

Même s’il habite en ville, M. Gagné, qui a de la difficulté à marcher, dit avoir été obligé de se procurer une voiture il y a environ trois ans pour pouvoir suivre un programme au sein d’un organisme de réinsertion sociale. Il ne pouvait pas utiliser le service de la Société des transports de Rimouski (STR), dont les petits autobus passaient trop loin de chez lui.

« Les circuits contournent les zones résidentielles pauvres », souligne-t-il d’ailleurs. Pour les personnes à faible revenu, c’est un gros problème, constate l’homme, d’autant plus que le prix de l’essence pèse lourd sur le budget des familles.

Certains projets en développement lui apportent toutefois un peu d’espoir. Le Collectif régional de développement du Bas-St-Laurent (CRDBSL), créé par les huit MRC de la région, souhaite instaurer une régie intermunicipale de transport collectif.

« C’est plus que jamais nécessaire, et il y a beaucoup de chemin à faire pour répondre aux besoins », note la directrice générale du CRDBSL, Mélodie Mondor.

Modèle de service intermunicipal

 

Son organisation s’inspire de la Régie intermunicipale de transport Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (REGIM), créée en 2012, qui propose des trajets d’autobus entre les villes de cinq MRC et des îles de la Madeleine. Pour financer ce service, une augmentation de la taxe sur le carburant de 0,01 $ par litre est imposée à la pompe sur ce territoire. La CRDBSL favorise l’adoption d’une solution similaire. « Il y aurait eu de meilleurs moments pour annoncer une hausse de taxe sur l’essence, admet Mme Mondor. Mais on ne pourrait pas financer le service d’une autre façon. » « Un service de transport collectif sur notre vaste territoire, c’est le nerf de la guerre pour continuer d’avoir des communautés dynamiques, prospères, accueillantes », poursuit-elle.

Le projet doit être déposé dans environ un an à des fins d’approbation par divers ministères.

La Ville de Rimouski doit aussi présenter dans les prochains mois une refonte de ses circuits Citébus. Elle promet qu’ils seront plus nombreux, plus rapides et à moins de 500 mètres des domiciles de tous les citoyens. « On veut créer une plus grande habitude envers le transport collectif. Ça passe par un système plus attractif », plaide le maire, Guy Caron.

Selon l’ancien député fédéral du Nouveau Parti démocratique, le réseau rimouskois aurait toutefois besoin d’un plus grand soutien financier de la part du gouvernement du Québec. En 2019, la Ville et les usagers contribuaient à 70 % du budget de la STR, qui n’est pas reconnue comme étant une société de transport au regard de la Loi sur les sociétés de transport en commun.

« Comme on a moins de 100 000 habitants, on a moins de flexibilité, on a moins de financement, et ça cause beaucoup de problèmes », a déploré M. Caron.

L’auto solo en Abitibi

En Abitibi-Témiscamingue, l’élue de Québec solidaire Émilise Lessard-Therrien constate les mêmes enjeux que dans le Bas-Saint-Laurent. Son parti soutient la mise en place d’un fonds d’urgence pour aider les régions à offrir des options de rechange à l’auto solo. « La hausse du prix de l’essence peut être la bougie d’allumage d’un changement de comportement », croit la députée.

Mme Lessard-Therrien prône notamment l’adoption du modèle gaspésien un peu partout au Québec. « Un mandat donné par le gouvernement du Québec pour la création de ces régies intermunicipales, ça enverrait un signal pour que les régions se mettent en marche et répondent à des besoins extrêmement ressentis sur le plancher des vaches », juge la responsable en matière de développement régional de Québec solidaire, qui souhaite également que le gouvernement soutienne le déploiement de services d’autopartage.

Elle estime que le financement du transport en commun prévu dans le dernier budget provincial est encore trop faible en comparaison de celui du réseau routier. Le gouvernement prévoit investir 30,7 milliards de dollars dans le réseau routier pour les dix prochaines années, contre 13,4 milliards de dollars dans le transport collectif.

Pour sa part, l’attachée de presse du ministre des Transports, François Bonnardel, a indiqué que les investissements annuels dans les transports collectifs ont augmenté de 43 % depuis le début du mandat de la Coalition avenir Québec. Claudia Loupret a aussi rappelé que de telles régies relèvent du milieu municipal. « Notre gouvernement ne souhaite pas imposer une gouvernance particulière aux différentes régions, mais plutôt leur donner la latitude de s’organiser », a-t-elle commenté par courriel.

L’importance de l’électrification

En parallèle, la montée du prix des carburants causera des dépenses supplémentaires pour les sociétés de transport en commun. La Société de transport de Sherbrooke (STS) prévoit déjà un manque à gagner de 500 000 $ en 2022. Chez Exo, qui gère un réseau de trains de banlieue et d’autobus dans les couronnes montréalaises, c’est plutôt l’an prochain qu’une facture plus élevée lui sera transmise par ses fournisseurs.

Dans ce contexte, le virage électrique des flottes d’autobus prend une importance renouvelée. Selon le Plan pour une économie verte 2030, « à compter de 2025, tous les nouveaux véhicules acquis par les sociétés de transport en commun et bénéficiant d’une subvention gouvernementale seront des véhicules électriques ».

Exo, qui vient de publier son premier plan d’action en la matière, a pour objectif de mettre en service les premiers autobus électriques en 2024. Les centaines de véhicules roulants de ce réseau devraient tous être indépendants du carburant d’ici 15 à 20 ans.

Or, ces transformations ne sont pas une mince affaire. Exo, par exemple, doit changer son modèle d’affaires afin que sa flotte soit sa propriété plutôt que celle de ses sous-traitants. « Aujourd’hui, on a des autobus neufs qui devront être remplacés dans 16 ans. Les autobus électriques, il faut les recharger et les intégrer. Il faut construire des garages. Ça prend un certain temps à planifier et à organiser », explique aussi le directeur général de la société de transport, Sylvain Yelle.

Pour sa part, l’Association du transport urbain du Québec craint que le gouvernement provincial ne veuille devancer l’échéance de 2025 à 2023, dit son président, Marc Denault. Cela serait trop difficile à réaliser pour nombre de sociétés de transports, affirme-t-il. Le conseil d’administration de la STS, qu’il dirige également, compte donc demander prochainement au gouvernement que l’échéance initiale soit maintenue.

La hausse du prix de l’essence et le retour au travail en présentiel (ainsi que la circulation automobile qui l’accompagne) poussent à nouveau les usagers vers le transport en commun. De leur côté, les sociétés qui s’en occupent ont pour objectif d’accroître leur réseau et leur rôle social, tout en réduisant leur empreinte environnementale, dans la mesure de leurs moyens.



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