Des villes inquiètes du REM et de l’avenir d’AccèsLogis

Les municipalités de la région de Montréal devraient contribuer à hauteur de 30 millions de dollars par année, en plus d’absorber 15 % «du coût additionnel» de l’exploitation du train léger.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les municipalités de la région de Montréal devraient contribuer à hauteur de 30 millions de dollars par année, en plus d’absorber 15 % «du coût additionnel» de l’exploitation du train léger.

Les villes de la grande région de Montréal sont inquiètes de la pression que pourrait exercer le Réseau express métropolitain (REM) sur leurs finances, tandis que l’avenir du programme AccèsLogis ainsi que l’inflation soulèvent des préoccupations à l’échelle de la province.

Le Devoir a épluché les mémoires qu’ont déposés de nombreux organismes et villes à l’approche du budget 2022-2023 du gouvernement Legault, qui sera présenté le 22 mars dans un contexte d’année électorale et d’une pandémie qui s’étire.

Sans surprise, le financement du transport en commun, dont les revenus tarifaires ont été durement frappés par la crise sanitaire, se trouve au cœur des préoccupations de plusieurs villes. Dans la région métropolitaine, cependant, l’arrivée graduelle du REM dès cette année ajoute une couche de préoccupations supplémentaire pour les municipalités qui seront desservies par ce train léger, qui reliera notamment la Rive-Sud (région de Montréal) au centre-ville et disposera d’une antenne en direction de l’aéroport Montréal-Trudeau et dans l’ouest de la métropole.

L’entente entourant le financement du REM prévoit une contribution financière de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) au promoteur CDPQ Infra qui sera calculée en fonction d’un tarif de 0,72 $ par passager-kilomètre. Les municipalités de la région de Montréal devraient pour leur part contribuer à hauteur de 30 millions de dollars par année en plus d’absorber 15 % « du coût additionnel » de l’exploitation du train léger. Québec assumera le reste de cette facture.

« Ce montant est en fait inconnu parce que ça dépend de l’achalandage » du futur train électrique, explique Stéphane Pineault, coordonnateur exécutif à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Il pourrait toutefois faire gonfler à plus de 70 millions de dollars la facture annuelle d’exploitation du REM pour les municipalités de la grande région de Montréal, dit-il.

La CMM craint d’ailleurs que la pandémie ait pour effet d’augmenter le fardeau financier des municipalités concernées en réduisant la fréquence du REM, dans l’éventualité où CDPQ Infra refuserait de compenser les pertes subies.

« Compte tenu des risques reliés à la rentabilité du service, il s’avère nécessaire que le gouvernement s’assure que les contributions municipales ne soient pas plus élevées que celles prévues à l’origine », écrit la CMM dans son mémoire. Ainsi, l’entrée en service « prochaine » de la première phase de ce vaste projet de train léger, qui sera à terme prolongé vers l’est de l’île de Montréal, « ajoute à l’urgence de bonifier le cadre financier métropolitain », indique l’organisation, qui regroupe les 82 municipalités de la grande région de Montréal.

« On n’a pas le choix. On a un problème devant nous et on devra trouver un moyen de financer le transport collectif », souligne également en entrevue la directrice générale de Trajectoire Québec, Sarah V. Doyon. Dans son mémoire, elle plaide ainsi pour la mise en place de mesures écofiscales — comme des péages routiers — en plus d’un accroissement à court terme de l’aide financière accordée aux sociétés de transport en commun dans le contexte de la pandémie. L’organisme craint d’ailleurs que le financement du REM nuise à celui des sociétés de transport de la région, faute de fonds disponibles.

« Le REM va avoir des impacts financiers  », confirme Pierre Barrieau, expert en planification des transports et chargé de cours à l’Université de Montréal. À long terme, cependant, ce projet de transport en commun pourrait augmenter les revenus des villes qu’il traversera en augmentant leur densité, et donc leurs revenus fonciers, ajoute-t-il. « Il ne faut pas l’oublier », dit l’expert.

On n’a pas le choix. On a un problème devant nous et on devra trouver un moyen de financer le transport collectif.

En mal de logement social

Les demandes sont par ailleurs grandes à l’échelle de la province en matière de logement social, au moment où plusieurs municipalités s’inquiètent de l’avenir que réserve le gouvernement du Québec au programme AccèsLogis, qui finance ce type de logements depuis 1997.

« Pour nous, le programme AccèsLogis Montréal, c’est un programme auquel on croit, qui est important », explique au Devoir la présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal, Dominique Ollivier. Elle déplore toutefois un « sous-investissement » dans ce programme au cours des trois dernières années. La Ville souligne d’ailleurs à traits rouges dans son mémoire l’absence de sommes prévues dans AccèsLogis Montréal en 2019-2020 et en 2020-2021.

L’administration municipale réclame ainsi 265 millions de dollars pour réaliser d’ici 2025 les quelque 2000 logements d’AccèsLogis promis dans les dernières années pour Montréal, mais qui n’ont toujours pas été livrés. « La demande est absolument réaliste », souligne Mme Ollivier.

La CMM réclame pour sa part l’aménagement de 3000 logements sociaux et de 9000 logements abordables par année dans la grande région de Montréal, jusqu’en 2031. « Ça donne l’ampleur des besoins dans le Grand Montréal », dit Stéphane Pineault.

Les besoins pour des logements accessibles aux personnes à faible revenu se font aussi sentir à l’extérieur de la région métropolitaine. La Ville de Québec plaide notamment pour la construction d’une « variété de logements sociaux » le long du tracé de son futur tramway. En demandant au gouvernement Legault d’investir dans l’aménagement de 250 logements sociaux et d’autant de logements abordables par année, sur une période de cinq ans sur son territoire, l’administration du maire Bruno Marchand espère ainsi répondre aux besoins « de nombreux ménages à la recherche d’un logement correspondant à leur capacité financière », indique son mémoire.

Photo: Olivier Zuida Le Devoir La Communauté métropolitaine de Montréal réclame pour sa part l’aménagement de 3000 logements sociaux et de 9000 logements abordables par année jusqu’en 2031.

Les impacts de l’inflation

L’inflation galopante au pays pourrait d’ailleurs avoir des répercussions sur le portefeuille de plusieurs municipalités, qui interpellent le gouvernement Legault à ce sujet.

« Une inflation supérieure à 2 % sur une longue période pourrait avoir des impacts importants puisque 86 % de nos dépenses de fonctionnement sont en lien avec l’inflation, soit la rémunération des employés, le coût des contrats de construction et services ainsi que les biens. La hausse de la valeur foncière envisagée à elle seule ne suffira pas pour combler l’augmentation des dépenses », explique entre autres la Ville de Rouyn-Noranda en prévision du prochain budget du gouvernement Legault.

« Tout ça s’inscrit dans un contexte où la majorité de nos revenus dépendent du foncier », évoque pour sa part Dominique Ollivier. Or, les municipalités doivent aussi prendre en considération les impacts de l’inflation sur la marge de manœuvre financière des résidents, qui s’en retrouve limitée. Il devient alors ardu pour une ville de miser sur la taxe foncière pour compenser ses pertes financières.

« Il faudra trouver un équilibre », conclut l’élue de Projet Montréal, qui plaide pour une diversification des revenus des municipalités de la province.

 

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