Valérie Plante souhaite un REM de l’Est sans caténaires

Est-il réaliste de construire un REM sans caténaires compte tenu du climat québécois?
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Est-il réaliste de construire un REM sans caténaires compte tenu du climat québécois?

La possibilité de construire un Réseau express métropolitain (REM) de l’Est sans caténaires et son câblage peu esthétique réjouit la mairesse Valérie Plante qui plaide depuis des mois pour une meilleure intégration architecturale du projet de transport dans les quartiers qu’il traversera.

« J’étais très heureuse d’entendre notre premier ministre dire que le projet du REM à Longueuil n’aurait pas de caténaires, qu’il n’y aurait pas de filage en surface parce que je ne vous cacherai pas qu’il s’agit d’une des problématiques du REM de l’Est. Il y en a d’autres, mais ç’en est une qui est importante pour préserver le caractère patrimonial de nos quartiers », a-t-elle indiqué lorsque questionnée sur le sujet, mardi, à l’occasion d’une conférence de presse sur la certification de propriétaires d’immeubles.

Elle réagissait alors aux propos tenus la veille par le premier ministre François Legault au sujet du projet de REM sur la Rive-Sud. De passage à Longueuil pour y rencontrer la mairesse Catherine Fournier, celui-ci a mentionné qu’il était possible d’améliorer l’aspect esthétique des REM et leur intégration urbaine. « Il y a des solutions aussi pour ce qui est du filage. Je ne veux pas devancer une présentation de la Caisse de dépôt, qui, on l’espère, viendra bientôt », a-t-il dit. « Pour moi, le REM de la Rive-Sud, il va être très beau et très bien intégré à l’architecture des différents endroits où il va passer. »

Des sources bien au fait du dossier du REM de l’Est ont exprimé un certain étonnement et scepticisme qu’un REM sans caténaires puisse être envisagé. Rappelons que CDPQ Infra, la filiale de la Caisse qui pilote les projets de REM, a choisi les caténaires pour le REM qui relie Brossard à Montréal notamment parce que cette technologie est plus appropriée que celle du troisième rail en conditions neigeuses.

Invitée à clarifier les propos de François Legault, l’attachée de presse de celui-ci, Nadia Talbot, est demeurée prudente. « Comme l’a mentionné le premier ministre hier, nous souhaitons d’abord et avant tout que la Caisse de dépôt dépose son projet avant de commenter davantage l’aménagement de ce dernier », a-t-elle indiqué dans un courriel au Devoir. « Le gouvernement et les municipalités concernées s’entendent parfaitement sur le fait que nous souhaitons tous que le projet soit le mieux intégré possible à son environnement. »

Des solutions multiples

 

Est-il réaliste de construire un REM sans caténaires compte tenu du climat québécois ? Pierre Barrieau affirme que oui. Expert en planification des transports et chargé de cours à l’Université de Montréal, il indique que si CDPQ Infra a choisi la technologie de caténaires pour le premier REM, c’est qu’en plus de devoir se plier à des exigences de ponctualité et de fiabilité, elle devait s’assurer de la rentabilité du projet. « On peut considérer que ce qui a été construit dans la première phase du REM est la version la plus “ingénieur” possible. C’est la version qui a été conçue pour coûter le moins cher possible, pour être le plus fiable possible et nécessiter le moins de maintenance possible », explique-t-il. « Il n’y avait aucun incitatif pour investir dans quelque chose qui serait plus beau et moins fiable. »

Mais selon lui, plusieurs solutions existent pour améliorer l’esthétisme des REM bien qu’elles soient généralement plus coûteuses. Il est notamment possible de diminuer la taille des supports de câbles ou de réduire la présence visuelle les contrepoids qui servent à maintenir la tension des fils, avance-t-il. En Europe, les caténaires de tramways en milieu urbain sont plus discrètes, fait-il valoir.

D’autres technologies sont aussi possibles. Même si l’alimentation avec un troisième rail — qui permet au train d’être alimenté par un rail latéral comme le métro de Montréal — est moins adaptée aux conditions hivernales, il est réaliste de l’envisager pourvu qu’on s’assure de dégager la neige, croit-il. Le métro de Toronto, qui circule en partie à l’extérieur, utilise cette technologie, tout comme Amtrak, notamment dans un segment sur la ligne entre New York et Montréal, explique M. Barrieau. Un balai peut par exemple être posé sur chaque rame afin qu’à chaque passage, la neige soit retirée, dit-il.

D’autres systèmes s’appuient sur une alimentation par induction ou sur une alimentation par le sol, comme c’est le cas à Bordeaux, ce qui permet au tramway de circuler sans caténaire dans le quartier historique, explique Pierre Barrieau.

L’hydrogène

La technologie par batteries est aussi envisageable, mais cet équipement ajoute du poids aux trains, ce qui peut être désavantageux lorsque ceux-ci roulent sur des structures aériennes. Finalement, l’hydrogène — qu’on peut produire de manière non polluante au Québec — pourrait être choisi pour propulser les trains, suggère l’expert.

Les intentions de CDPQ Infra ne sont pas encore connues, mais Pierre Barrieau estime qu’au moins, les propos de François Legault ont permis de lancer une discussion sur les caténaires et sur l’intégration architecturale des infrastructures de transport.

Valérie Plante, qui réclame du gouvernement un rôle décisionnel pour la Ville de Montréal au sein d’un bureau de projet conjoint pour le REM de l’Est, compte bien utiliser une telle instance pour demander un train sans caténaires. « C’est sûr que si je suis assise à la table décisionnelle et qu’on nous dit que pour le REM de Montréal, on doit avoir des caténaires et que pour le REM de la Rive-Sud, on dit [qu’ils ne sont pas nécessaires], c’est sûr que je vais me poser des questions. »

Avec Zacharie Goudreault.

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