Des bâtiments patrimoniaux reconvertis au bénéfice de la communauté

Une centaine de religieuses fréquentent encore les bâtiments patrimoniaux des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, à Longueuil.
Jean-François Nadeau Le Devoir Une centaine de religieuses fréquentent encore les bâtiments patrimoniaux des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, à Longueuil.

À Longueuil, les vastes bâtiments patrimoniaux des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (SNJM) seront cédés à la communauté locale sous peu. Cet ensemble majestueux, situé près du fleuve, comprend un vaste bâtiment principal de pierre surplombé d’une flèche de ferblanterie typique des bâtiments religieux du genre au XIXe siècle. Deux maisons anciennes se dressent de plus en bordure de cet ensemble, dont une a été érigée avant la conquête anglaise de 1760.

La valeur de l’ensemble des biens immobiliers, sur le strict plan financier, est fixée à près de 50 millions de dollars, selon l’évaluation municipale, desquels il faudrait toutefois soustraire la valeur d’éléments plus récents qui ne sont pas compris dans ce projet de cession.

« On vieillit. On diminue en nombre », commente sœur Denise Riel, l’animatrice provinciale des religieuses des SNJM. Cependant, pas question pour elles d’abandonner leur héritage à des entrepreneurs de projets immobiliers. « Ça doit rester dans la communauté, en accord avec notre mission. Pour nous, c’est très clair », explique sœur Riel.

Un peu plus d’une centaine de religieuses fréquentent encore ces vastes bâtiments d’époque. Plusieurs résident dans les bâtiments attenants. Mais certaines ne vivent plus là depuis longtemps, comme sœur Denise Riel elle-même. « C’est certain qu’on va céder les bâtiments. Mais notre intention n’est pas de laisser l’endroit à n’importe qui. L’engament communautaire est pour nous fondamental. Nous tenons à nos valeurs, à notre mission. On est allées vers les groupes communautaires, surtout ceux qui ont des projets d’intérêts collectifs. »

Les 17 000 mètres carrés de ces bâtiments de pierres doivent être reconvertis au bénéfice du milieu communautaire local et pour les besoins des deux sociétés d’histoire de la région. « Il y a là 55 000 pieds carrés à transformer en pôle social et communautaire », explique David Miljour, directeur général du Pôle de l’économie sociale de l’agglomération de Longueuil. Sans compter l’espace des deux maisons patrimoniales, dont la maison Daniel-Poirier, érigée en 1749, la seule construite sous le régime français situé près du chemin Chambly, plus vieille route du Canada. Un musée pourrait être implanté dans ces anciennes résidences patrimoniales, croient divers intervenants, dont Bruno Racine, le président de la Société d’histoire de Longueuil. « Le danger est que la direction des religieuses change d’idée avant que tout soit en place. » Il observe que la hiérarchie de cette communauté se trouve désormais plutôt du côté des États-Unis.

C’est certain qu’on va céder les bâtiments. Mais notre intention n’est pas de laisser l’endroit à n’importe qui. L’engament communautaire est pour nous fondamental. Nous tenons à nos valeurs, à notre mission. On est allées vers les groupes communautaires, surtout ceux qui ont des projets d’intérêts collectifs.

Si tout va bien, pense tout de même David Miljour, des plans de réaménagement pourraient avoir prise sur ces lieux dès 2022. « Nous travaillons pour un aménagement et une occupation à compter de 2023-2024 », dit-il.

Les anciens édifices religieux abriteraient à terme une quinzaine de groupes communautaires ainsi que les activités des sociétés historiques locales, explique en outre au Devoir François Chevrier, le directeur de l’Association du tourisme religieux et spirituel du Québec.

Deux siècles

Les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie sont installées à Longueuil depuis près de deux siècles. Même si elles n’ont pas encore formellement cédé ces lieux qu’elles occupent depuis 1843, un organisme spécialisé dans ce type de transfert les accompagne dans les démarches en cours. Caroline Freulon, du regroupement Bâtir son quartier, coordonne cette transition. Elle l’a fait ailleurs, dans le cadre d’autres opérations de ce type. Mme Freulon a indiqué au Devoir qu’il est encore trop tôt pour donner tous les détails sur les projets à venir qui se mettent en place, tout en confirmant que les religieuses passent désormais à autre chose, au bénéfice de la communauté. Pour sœur Denise Riel, l’animatrice provinciale des religieuses, l’administration d’un tel ensemble est devenue beaucoup trop lourde pour sa communauté en décroissance.

« Il faut encore attendre que la nouvelle administration élue à Longueuil manifeste ses intentions » par rapport à ce site, indique Louise Levac, directrice de la Société historique et culturelle du Marigot, impliquée comme plusieurs autres groupes dans le projet de reconversion.

Un havre rare pour les archives

Un caveau de conservation pour les archives, installé dans les années 1980 au cœur de l’édifice principal, ferait l’envie de bien des centres de conservation, note sœur Denise Riel. « Très peu de communautés religieuses possèdent un caveau comme celui-là » Il pourrait bientôt servir à la préservation de documents précieux des sociétés d’histoire locale ainsi que de la co-cathédrale, située à un jet de pierre de là.

Louise Levac confirme l’intérêt du lieu pour la conservation. « Nous souhaitons installer nos archives là-bas. Pour l’instant, nos archives, très riches, se trouvent dans des conditions de conservation très précaires. Les gens ne se rendent pas compte à quel point les archives sont précieuses pour une communauté. »

Une reconversion délicate

La grande qualité de ces bâtiments de pierre implique des travaux de reconversion qui pourraient s’avérer importants et complexes. Quel rôle tiendront, au cours des prochains mois, les instances publiques dans les modalités de cette appropriation laïque ? Nul ne le sait encore. Chose certaine, les religieuses entendent demeurer propriétaire d’une partie du site. À l’arrière des terrains, des installations plus récentes, dont des services de santé érigés à la fin du XXe siècle, doivent leur permettre de continuer de vaquer à leur ordinaire. La transaction concerne uniquement les bâtiments historiques à l’avant-plan du site. L’empreinte de ces bâtiments sur le paysage du Vieux-Longueuil est majeure.

« Ces bâtiments ont déjà été restaurés, précise Audette Côté, la responsable des communications des religieuses. Certaines pièces conservent des éléments d’origine et sont historiques. La chapelle, considérée comme un bijou, jouit d’une acoustique sans pareil. » Elle a déjà été restaurée selon les règles de l’art.

À compter du milieu du XIXe siècle, cette communauté de femmes s’est consacrée, dans l’effervescence religieuse qui germe sur la dépouille du rêve révolutionnaire de 1837-1838, à une mission d’éducation, en particulier pour les jeunes filles. La musique a été au cœur de leur enseignement. L’École de musique Vincent-d’Indy, à Montréal, est un des principaux témoins de leurs activités.

Beaucoup de travaux d’aménagement sont cependant à prévoir pour pourvoir aux besoins des différents groupes attendus en ces lieux. La facture des aménagements, indéterminée pour l’instant, pourrait vite gonfler. Les appuis des différents ordres de gouvernement ne sont pas encore précisés, mais les démarches progressent.

Ces bâtiments ont déjà été restaurés. Certaines pièces conservent des éléments d’origine et sont historiques. La chapelle, considérée comme un bijou, jouit d’une acoustique sans pareil.

Une mission sociale d’abord

Le directeur général du Pôle de l’économie sociale de l’agglomération de Longueuil explique que le processus de cession des bâtiments par les religieuses tient d’abord à la volonté de celles-ci de voir ces lieux prolonger leurs engagements dans l’avenir, sous des formes renouvelées. « La congrégation ne cède rien autrement qu’avec l’intention de préserver le patrimoine, pour aider à sa sauvegarde, mais aussi afin d’aider la communauté », confirme Audette Côté.

Une vingtaine de religieuses sont encore à l’œuvre dans les bâtiments patrimoniaux. La plupart d’entre elles, très âgées, vivent cependant en retrait, dans des appartements récents construits à l’arrière du site. Le projet de reprise des bâtiments a encore plusieurs étapes à franchir. « C’est un long processus auquel sont mêlés une quinzaine d’organismes », explique David Miljour.

 

À voir en vidéo