«Notre ultime volonté, c’est de réduire le nombre» de camions lourds à Montréal, affirme la Ville

Les camions lourds sont responsables de 47% des décès de cyclistes et 32% des décès de piétons entre 2011 et 2019, selon Vélo Québec.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les camions lourds sont responsables de 47% des décès de cyclistes et 32% des décès de piétons entre 2011 et 2019, selon Vélo Québec.

Moins d’un mois après la réélection de Valérie Plante à la tête de la métropole, son administration affirme garder le cap sur son objectif Vision zéro, qui place la sécurité des usagers vulnérables devant la fluidité de la circulation automobile. Parmi les priorités : la réglementation qui entoure les camions lourds dans les rues de Montréal.

Le danger de ces mastodontes sur roues reste d’actualité, alors que des accidents les impliquant continuent de faire les manchettes, comme le rapportait Le Devoir cette semaine. Même s’ils ne comptent que pour 4 % des véhicules qui circulent à Montréal, ils sont impliqués dans 47 % des décès de cyclistes et 32 % des décès de piétons entre 2011 et 2019, selon Vélo Québec.

« On ne pourra pas tout régler en quatre ans », admet d’entrée de jeu Sophie Mauzerolle, nouvelle responsable de l’urbanisme et de la mobilité au comité exécutif. Elle considère tout de même que Montréal est devenue une véritable leader auprès des autres ordres de gouvernement sur cette question.

La Ville compte, à terme, suivre l’exemple de Londres et établir des normes de classification des véhicules selon le degré de vision directe qu’a le conducteur dans le but d’interdire les derniers de classe.

« On travaille déjà avec le ministère des Transports du Québec pour catégoriser les différents camions lourds et éventuellement revoir les routes de camionnage, affirme la conseillère de l’arrondissement de Ville-Marie. Notre ultime volonté, c’est de réduire leur nombre. » Une volonté qui fait écho aux demandes répétées de Vélo Québec ces dernières années.

 

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L’administration Plante a d’ailleurs mis en place en 2019 un projet-pilote nommé Colibri, qui permet la livraison de colis avec des vélos électriques ou de plus petits véhicules pour leur dernier kilomètre. « On aimerait arriver à livrer 500 000 colis annuellement par ce centre de logistique urbaine, ce qui va nécessiter qu’on mette en place d’autres petits hubs de distribution pour augmenter la desserte et couvrir plus de territoire », explique Sophie Mauzerolle.

Des protections latérales efficaces

Le gouvernement canadien a une capacité d’action plus limitée. Il a le pouvoir de légiférer sur la construction des camions, en imposant des normes à l’échelle du pays.

En 2011, le Nouveau Parti démocratique (NPD) avait proposé le projet de loi C-344 pour imposer l’installation de protections latérales sur les camions. Cette mesure, instaurée depuis plus de 35 ans en Grande-Bretagne, a entraîné une diminution de 61 % du nombre de décès de cyclistes, affirmait la députée Olivia Chow en présentant le projet de loi à l’époque.

Alors ministre des Transports dans le gouvernement conservateur de Stephen Harper, Steven Fletcher avait rétorqué que les provinces qui jugeaient ces barres latérales nécessaires avaient « la compétence de les imposer par voie législative ». Le document ne s’est pas rendu à une deuxième lecture.

Aujourd’hui, le député de Rosemont–La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, a l’intention de redéposer un projet de loi similaire. « Ce sont des règles faciles et claires qu’on pourrait faire adopter rapidement et qui augmenteraient la sécurité des piétons et des cyclistes », affirme le néodémocrate.

L’idée de balayer le problème vers les provinces lui semble insensée, vu le nombre de déplacements interprovinciaux que font les camionneurs. « Ça serait trop compliqué pour les compagnies de dire, quand on rentre au Québec, par exemple, on est obligés de mettre une barre de sécurité, et notre autre camion qui n’en a pas on va l’envoyer à Winnipeg ou à Regina. »

Il estime que les quelques centaines de dollars à investir représentent peu face à une vie humaine. « Je comprends que ça peut représenter des frais pour l’industrie, mais en tant que député de Rosemont–La Petite-Patrie, j’ai participé à beaucoup trop d’installations de vélos blancs dans le quartier et j’aimerais ça que ça arrête. »

Après plus de dix ans de « recherches exhaustives » sur la question, Transports Canada conclut plutôt que les avantages de l’utilisation de protecteurs latéraux pour la sécurité des usagers vulnérables sont « limités ». C’est pourquoi le ministère « s’est tourné vers d’autres façons plus efficaces d’atténuer les risques pour les usagers vulnérables à proximité des véhicules lourds et étudie les méthodes de détection des usagers vulnérables (par le biais de systèmes de capteurs et de caméras) depuis quelques années », affirme un porte-parole par courriel.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a d’ailleurs déjà commencé à ajouter des barres latérales aux camions de déneigement. Elle écrivait en janvier dernier sur Twitter que 52 % de l’ensemble des camions de déneigement avaient ces protections.

La responsabilité de Québec, selon la ministre déléguée aux Transports et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, Chantale Rouleau, c’est d’améliorer la sécurité des usagers vulnérables en s’attaquant aux infrastructures. « Un des premiers gestes que j’ai faits comme ministre, ça a été de confirmer notre politique de développement durable et d’appuyer la Vision zéro de la Ville de Montréal. Je travaille beaucoup à l’intégration des différents modes de transport, notamment l’offre de transport collectif, comme le Réseau express métropolitain (REM), le service rapide par bus (SRB) et la ligne bleue. »

Transports Canada souligne aussi, même si les normes de sécurité des véhicules automobiles neufs et importés relèvent de l’autorité fédérale, que l’« utilisation des routes publiques », le « permis de conduire » et les « règles concernant l’entretien, la modification et l’utilisation des véhicules, y compris l’installation de pièces d’après-vente » sont des compétences provinciales et territoriales.



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