Les promoteurs immobiliers se ruent vers l’ouest de Montréal

Avec l’arrivée du REM, les promoteurs se ruent dans l’ouest de l’île de Montréal, où le paysage urbain est en pleine transformation.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Avec l’arrivée du REM, les promoteurs se ruent dans l’ouest de l’île de Montréal, où le paysage urbain est en pleine transformation.

Le projet du Réseau express métropolitain (REM), qui accélère le développement économique et immobilier en banlieue de Montréal, soulève les inquiétudes de plusieurs résidents, qui craignent de voir leur quartier se transformer au terme de ce chantier, pour le meilleur et pour le pire. Troisième et dernier texte de notre série.

Le train léger de la Caisse de dépôt et placement du Québec n’entrera en fonction qu’au printemps 2024 dans l’ouest de l’île de Montréal, mais déjà, les projets immobiliers en hauteur pullulent dans ce secteur, actuellement pauvrement desservi en transport en commun. Au point d’en faire un enjeu électoral, notamment à Pointe-Claire, une ville liée d’environ 31 300 habitants qui connaît un véritable boom immobilier.

« On est en train de devenir Mississauga [en Ontario] ou encore Griffintown. On grossit beaucoup trop vite pour notre réseau de transport et notre espace », s’inquiète le candidat à la mairie de Pointe-Claire Tim Thomas, qui affronte le maire sortant, John Belvedere, dans la course municipale qui s’achève. La municipalité, dont les quartiers résidentiels sont surtout constitués de maisons de banlieue de taille moyenne, se retrouve maintenant aux prises avec des projets d’immeubles résidentiels en hauteur voulant maximiser l’espace disponible, qui se fait de plus en plus rare.

« Le développement devrait s’adapter aux citoyens, et ce n’est pas le cas », déplore M. Thomas, qui craint que ces projets immobiliers augmentent la congestion routière et la pollution dans la ville liée en plus d’y limiter la présence d’espaces verts.

Plusieurs résidents s’inquiètent d’ailleurs de l’avenir qui attend la forêt Fairview, qui appartient au promoteur privé Cadillac Fairview. Celui-ci, qui possède déjà un centre commercial à l’est de cette forêt, souhaite développer dans ce secteur un immense projet immobilier résidentiel et commercial, qui pourrait comprendre jusqu’à 5000 logements. Le promoteur n’a pas répondu aux questions du Devoir dans les derniers jours au sujet de l’avenir de cette forêt, que plusieurs résidents estiment menacée par l’effervescence immobilière à Pointe-Claire.

« On n’est pas contre le développement, mais on est contre le développement sur les espaces verts qui restent », explique la porte-parole du regroupement de citoyens Sauvons la forêt Fairview, Geneviève Lussier.

Répondre à la demande

L’arrivée potentielle de milliers de nouveaux résidents à Pointe-Claire, où un projet immobilier distinct de plus de 700 appartements sur l’avenue Frontenac a par ailleurs été approuvé à la mi-septembre, parmi tant d’autres, soulève par ailleurs des inquiétudes liées à la capacité de la Ville de fournir des services de base adéquats à autant de personnes. « J’ai de la misère à trouver des camps de jour pour mes enfants l’été. Il faut faire la file parce qu’il y a trop de monde », constate déjà Mariève Paradis, une résidente de Pointe-Claire, qui s’inquiète aussi du manque de logements abordables dans ce secteur, où les prix sont en augmentation sur le marché immobilier.

« Tout ce qui se fait à Pointe-Claire, ce sont des maisons monstrueuses à plus d’un million de dollars », souligne d’ailleurs M. Thomas, qui craint d’autre part que les projets résidentiels dans la municipalité empiètent sur des zones commerciales, ce qui se voit déjà au centre-ville de la municipalité. « Je veux empêcher ça. »

Photo: Adil Boukind Le Devoir Des citoyens veulent protéger la forêt Fairview, qui appartient au promoteur privé Cadillac Fairview. Ce dernier souhaite y développer un projet immobilier résidentiel et commercial, qui pourrait comprendre jusqu’à 5000 logements.

Pour sa part, le maire sortant, John Belvedere, ne voit pas d’un mauvais œil l’effervescence immobilière en cours dans la municipalité qu’il dirige depuis 2017. Il reconnaît toutefois que celle-ci doit être mieux encadrée.

« On ne peut pas complètement arrêter les développements, mais on peut les contrôler », fait-il valoir, tout en soulignant l’importance, notamment, de trouver un « équilibre », entre les différents types de logements qui seront construits, afin qu’on y retrouve non seulement des immeubles en copropriété, mais aussi des appartements locatifs et des résidences pour personnes âgées, entre autres. Le candidat à la mairie promet d’ailleurs, s’il est réélu, de tenir une consultation publique dès janvier 2022 dans le cadre du processus de création du nouveau plan d’urbanisme de la Ville de Pointe-Claire, afin de mieux baliser son développement.

« Il y a beaucoup de choses qui ont changé avec le REM. Il y a déjà beaucoup de projets qui sont en construction maintenant », reconnaît-il d’ailleurs. La Ville travaille d’autre part sur la création d’un fonds municipal destiné au développement de logements abordables auquel contribueront des promoteurs immobiliers par l’entremise de compensations financières, indique-t-il.

« Un changement de mode de vie »

Dans la ville voisine de Kirkland, une municipalité d’un peu plus de 20 000 habitants, l’effervescence immobilière se fait aussi sentir à quelques années de l’arrivée du REM, qui comptera une station à cet endroit. C’est d’ailleurs près de ce futur arrêt du train léger que les promoteurs immobiliers Broccolini et RioCan comptent transformer un centre commercial en un ensemble de nouveaux immeubles qui comprendront notamment des bureaux, des commerces et au moins 1000 nouveaux logements.

« C’est vraiment pour créer une nouvelle communauté », explique le président de Broccolini, Roger Plamondon, en entrevue au Devoir. L’arrivée de projets immobiliers denses à Kirkland soulève toutefois « de multiples défis » pour cette municipalité, qui devra adapter ses services et ses infrastructures routières en conséquence, estime M. Plamondon.

« C’est un changement de mode de vie assez marquant par rapport à ce qu’on voit présentement à Kirkland » qui attend les résidents de cette municipalité, entrevoit le promoteur. M. Plamondon estime toutefois que la construction de résidences en copropriété à Kirkland contribuera à terme à éviter que de jeunes familles « quittent » cette municipalité pour s’établir ailleurs, faute d’avoir les moyens de s’y acheter une maison.

« L’arrivée de nouveaux résidents, de nouveaux projets, ça ne veut pas dire que ce seront des projets négatifs », rappelle d’ailleurs M. Plamondon, qui est conscient qu’il ne sera sans doute pas facile de rallier les résidents autour de ces nouveaux développements. Il rappelle d’autre part que le REM viendra corriger une importante « lacune » dans l’ouest de l’île de Montréal : l’absence d’un réseau de transport collectif structurant.



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