À Brossard, des élections en plein chantier

Il y a quelques années, le nouveau quartier Solar, situé à proximité de la future gare Quartier, n’était qu’un grand champ.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Il y a quelques années, le nouveau quartier Solar, situé à proximité de la future gare Quartier, n’était qu’un grand champ.

Entre les trois stations du REM et les projets immobiliers qu’elles attirent, Brossard est un immense chantier de construction. Comme la Ville prévoit que la population passera la barre des 100 000 habitants d’ici cinq ans, le prochain maire aura fort à faire pour que les changements s’accordent aux besoins des citoyens. Premier texte d’une série de trois sur les enjeux entourant le REM en banlieue de Montréal.

La boulangerie Ange est entourée de cônes orange et de grues. Elle est au cœur du tout nouveau quartier Solar, situé à proximité de la future gare Quartier, où commencent à se côtoyer des commerces, des immeubles de bureaux et des tours de condos, dont certaines vont atteindre 26 étages.

Il y a cinq ou six ans, tout ce secteur n’était qu’un grand champ, fait remarquer Michel Gervais, l’un des quatre candidats à la mairie aux élections du 7 novembre. « Je suis d’accord avec ce style de projet, parce que les gens vont aller marcher, et les commerces de proximité vont se trouver au niveau de la rue. On délaisse les véhicules et il y a moins de dégradation écologique », se réjouit celui qui termine un mandat comme conseiller municipal du secteur B.

M. Gervais, qui se présente sous la bannière de Coalition Brossard, s’attend aussi à ce que le propriétaire du centre commercial Dix30, situé à un jet de pierre, de l’autre côté de l’autoroute 10, propose prochainement des projets semblables sur son terrain. Selon la Ville, il y aurait une dizaine de projets immobiliers en cours de réalisation à Brossard.

Des préoccupations station Panama

Un autre immense chantier se trouve autour de la future station Panama, au croisement de l’autoroute 10 et du boulevard Taschereau. La zone a récemment fait l’objet de consultations publiques sur le « futur centre-ville » qui y sera aménagé.

La mairesse actuelle, Doreen Assaad, veut continuer de consulter les citoyens avant de se prononcer sur des orientations, mais elle croit que la construction en hauteur sera inévitable. « Une des choses qui a ressorti de la consultation est que les gens ne veulent pas se faire culpabiliser d’arriver en voiture. Mais rendus sur place, ils veulent plutôt se promener à pied et à vélo », a indiqué celle qui sollicite un deuxième mandat avec le parti Brossard Ensemble.

Dans un des quartiers résidentiels environnants, le quartier T, certains résidents ont toutefois des préoccupations beaucoup plus immédiates en lien avec le REM. Michel Pellerin, qui réside sur la rue Tisserand, fait partie de ceux qui s’inquiètent de la proposition visant la transformation d’une partie du stationnement de la Place Portobello en débarcadère pour autobus. Dans ce contexte, un autobus pourrait passer chaque trois à cinq minutes sur sa rue résidentielle, selon une étude de mobilité de la Ville datant de mai 2020.

« Ce serait en face de chez nous, à quelques mètres de notre chambre », a dit celui qui craint le bruit ainsi engendré. « Ça va faire perdre de la valeur à notre maison. » D’autres résidents disent avoir peur pour la sécurité de leurs enfants en raison de la circulation d’un grand nombre d’autobus et de personnes.

Certains craignent aussi que leurs rues soient submergées par des automobilistes des municipalités avoisinantes en quête de stationnement pour se rendre au train. Dans ce même document de 2020, la Ville mentionne d’ailleurs la faible capacité du stationnement Panama et les risques de congestion autour de la station.

La mairesse Assaad dit travailler à des solutions et à l’organisation du transport collectif avec les organismes appropriés, comme l’Autorité régionale de transport métropolitain. L’interdiction du stationnement sur rue est aussi une option. « Je m’inquiète pour le jour 1 « du REM », admet-elle tout de même. Ce jour doit avoir lieu à l’été 2022.

Des citoyens se sentent délaissés

Trois des candidats à la mairie disent avoir conscience qu’il faut prévoir de nouvelles écoles, protéger les espaces verts, donner un plus grand accès à des services médicaux et s’assurer que les infrastructures de gestion des eaux sont suffisantes.

Or, dans le plus ancien quartier de la ville, le quartier A, certains citoyens se sentent délaissés au profit des grands projets. « La Ville ne s’occupe pas de nous. On n’est pas le Dix30 ici. On est le quartier pauvre de Brossard », rapporte un résident du quartier, Raymond Boisjoli. Il déplore le manque d’entretien des parcs et le manque d’éclairage le soir.

« J’ai une petite lumière quand je marche avec mon chien parce que sinon tu ne vois rien dans la rue », a critiqué une autre résidente, Meriam Djellouli. La Ville a d’ailleurs reçu 74 plaintes en 2021 pour des problèmes d’éclairage dans ce secteur.

Le contraste est frappant entre les quartiers modernes et le secteur A. Plusieurs rues n’ont pas de trottoirs, mais sont bordées par des fossés. De toutes petites maisons anciennes côtoient de grandes propriétés nouvellement construites. « Ça ne s’intègre pas bien dans le décor », déplore Mme Djellouli.

Car cette partie de la ville, assez proche de la station Panama, n’échappe pas au développement immobilier. De nombreux propriétaires ont reçu des offres d’achat de promoteurs, qui rasent les vieux bâtiments pour construire du neuf. La Ville a d’ailleurs dû imposer en 2020 un moratoire sur la densification dans le quartier A pour protéger son réseau d’égout sanitaire.

La candidate à la mairie Hanadi Saad, du parti Brossard Uni, estime qu’il faut revenir à l’essentiel et écouter davantage les résidents. « Brossard met l’accent sur les grands projets. Mais qu’en est-il des besoins de la population qui est déjà là ? » se demande celle qui est la fondatrice de l’organisme Justice Femme.

Elle souhaiterait notamment aider les commerces locaux existants, qui sont nombreux à vivre des difficultés pendant la pandémie, s’occuper de l’état des routes et créer une application qui relierait toute la communauté, permettant notamment de transmettre des informations importantes aux résidents et de contacter directement les élus.

Il n’a pas été possible de joindre la quatrième candidate à la mairie de Brossard, Manon Girard. Toutefois, elle a récemment publié sur sa page Facebook qu’elle souhaitait se retirer de la course.

La dernière station du REM, le terminus Brossard, n’échappe pas à la convoitise. La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a l’intention d’y créer, en collaboration avec la Ville, un parc agricole métropolitain.

« L’objectif est de remettre en culture des terrains contigus à la station », explique Stéphane Pineault, coordonnateur exécutif à la CMM. Or, les terrains ciblés sont la propriété de promoteurs qui espèrent toujours un changement de zonage leur permettant d’y ériger des constructions, indique-t-il.

M. Pineault demande au gouvernement du Québec de lancer un message clair à l’effet que la vocation de ces terres restera agricole, question que des légumes brossardois poussent au moins en aussi grand nombre que les condos.


Des précisions ont été ajoutées sur les ambitions de la candidate Hanadi Saad pour Brossard.

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