Vers la fin de la passe d’autobus?

Au Réseau de transport de la capitale (RTC), le nombre d’abonne BUS vendus est passé de 14 773 à 5956 entre 2019 et 2020.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Au Réseau de transport de la capitale (RTC), le nombre d’abonne BUS vendus est passé de 14 773 à 5956 entre 2019 et 2020.

La place grandissante du télétravail menace l’un des piliers des systèmes de transport en commun : les passes mensuelles et les abonnements. Un problème criant auquel les sociétés de transport vont devoir rapidement trouver des solutions, plaident des experts.

« Le laissez-passer mensuel est conçu pour une personne qui se déplace environ 20 jours par mois entre la maison et le travail. Si les gens se déplacent seulement deux jours par semaine, le laissez-passer mensuel n’a plus la même valeur », explique Ugo Lachapelle, professeur d’études urbaines et touristiques à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pour les sociétés de transport, c’est la quadrature du cercle, poursuit-il. « Il y a des gens qui vont travailler deux jours ; d’autres trois, quatre ou cinq. Donc c’est difficile de créer un laissez-passer mensuel qui va être favorable à chacun de ces groupes de personnes. C’est un problème pour lequel moi, je n’arrive pas à trouver de solution évidente. »

Chose certaine, le temps presse. « La pandémie a été suffisamment longue pour changer les habitudes des gens. Le réflexe d’éviter le transport en commun et de prendre la voiture pour aller au travail risque de rester », écrivaient M. Lachapelle et son collègue Georges A. Tanguay dans un article publié en septembre dans le média en ligne The Conversation.

Plusieurs facteurs jouent en défaveur du transport en commun, y expliquent-ils : la baisse de la congestion, la méfiance à l’égard des transports en commun créée par la pandémie et la volonté des centres-villes de rendre les stationnements plus abordables pour remplir leurs espaces.

Les deux chercheurs s’attendaient d’ailleurs à ce que les sociétés de transport présentent un nouveau plan avant la rentrée pour freiner l’exode. « On pensait que les grandes sociétés de transport allaient utiliser la fin de l’été et le mois de septembre pour commencer un nouveau régime de transport en commun. Ça fait plusieurs mois qu’on sait que le télétravail est là pour de bon. »

Des lisières au lieu des laissez-passer

Selon nos informations, le conseil d’administration de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) doit approuver ce jeudi de nouvelles offres tarifaires.

Seulement le quart des personnes qui avaient un abonnement de l’ARTM avant la pandémie l’utilisent toujours. Pas moins de 40 000 utilisateurs se sont désabonnés, et 44 455 autres ont accepté de plutôt le suspendre sans perte de privilège d’ici la fin de l’année.

Un problème qui s’observe aussi à Québec. Au Réseau de transport de la capitale (RTC), le nombre d’abonne BUS vendus est passé de 14 773 à 5956 entre 2019 et 2020.

Cette semaine, le RTC n’a pas voulu donner d’entrevue sur son approche visant à contrer la saignée d’abonnés. Depuis septembre, la société de transport offre aux détenteurs de laissez-passer un rabais de 25 %. Elle a aussi créé un nouveau lot de vingt billets à 58 $ afin de « permettre des déplacements économiques et flexibles pour les travailleurs dont les habitudes ont changé ».

« Je ne sais pas si ça va répondre aux besoins des gens », note Étienne Grandmont, de l’organisme Accès transports viables (ATV). « Dans certains ministères, les fonctionnaires ne se font plus offrir d’Abonne BUS. Si cette politique se généralise, c’est clair qu’il va falloir trouver une solution. »

Selon M. Lachapelle, les lots de billets de ce genre se vendent très bien actuellement. « [Les sociétés de transport] commencent à commercialiser plus de lisières et de billets ouverts. » Le passage est alors moins cher que lorsqu’on achète des billets à l’unité, mais ce rabais est toutefois « moins grand » qu’avec la passe mensuelle, fait-il remarquer. « Avec les nouveaux systèmes de cartes à puce, l’une des options qu’on a, ce serait d’offrir un rabais progressif au fur et à mesure que tu achètes des tickets. Le premier ticket coûte 3,50 $, le deuxième, 3,40 $, et ainsi de suite jusqu’à ce que tu arrives au rabais que tu aurais eu si tu avais fait tes quarante déplacements. »

Le potentiel des cartes à puce

Récemment, un des candidats à la mairie de Québec, Jean Rousseau, a proposé de créer une nouvelle « carte de tarification intelligente » qui pourrait débiter des forfaits sur mesure à la place des lots de billets. « C’est plus intéressant pour les sociétés de transport parce que les gens vont mettre des montants plus importants. Ça existe en Asie. À Hong Kong », a-t-il expliqué au Devoir. « Les gens maintenant veulent de la latitude, c’est une forme d’usage plus pragmatique. »

À Lévis aussi, la Société de transport a décidé d’offrir un rabais de 25 % aux gens qui étaient déjà abonnés. Là-bas, la chute des abonnements a été moins brutale qu’ailleurs. « On avait près de 60 000 titres de vendus, et on est passés à 48 000. Ce n’est quand même pas si mal », remarque son directeur général, Jean-François Carrier.

Pour l’heure, la STLévis n’envisage pas de repenser ses forfaits. « On verra pour la suite », dit M. Carrier en soulignant qu’à Lévis, la clientèle du transport en commun est essentiellement composée d’étudiants et non pas de travailleurs. « Ce qu’on a perdu, c’est les travailleurs de la colline Parlementaire [la fonction publique]. »

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