Le chantier du tramway de Québec révèle… les vestiges de l’ancien tramway

Des travers de bois, vestiges du premier tramway de Québec
Ville de Québec Des travers de bois, vestiges du premier tramway de Québec

Le passé a fait un clin d’œil à l’avenir cette semaine à Québec. En creusant sous le boulevard René-Lévesque, l’équipe du chantier du nouveau tramway a dégagé les vestiges… de l’ancien tramway.

La découverte, « symbolique » selon la Ville, est plutôt « cocasse » pour l’historien Jean-François Caron. Ce tronçon de l’ancien tramway ne chevauche qu’un « petit bout » du nouveau tracé.

« En Basse-Ville, le nouveau tracé passe dans Limoilou sur la troisième avenue, alors qu’à l’époque, il passait sur la première avenue », retrace l’historien affilié à la Société historique de Québec.

Puis, en Haute-Ville, le tramway dessinait une boucle partant du château Frontenac. La voie passait par la rue du Fort, puis empruntait la côte de la Fabrique pour filer sur la rue Saint-Jean jusqu’à la rue des Érables. C’est à peu près là, il y a 100 ans, que s’arrêtait la Ville de Québec. Le tramway remontait alors la rue des Érables, tournait sur Grande Allée pour terminer sa course devant l’iconique château.

Jean-François Caron rappelle que qu’un circuit de tramway a été bâti une première fois vers la fin des années 1800, pour ensuite connaître un second souffle vers 1910. À l’époque, un promoteur immobilier du nom de Rodolphe Forget avait décidé de développer le quartier Montcalm, encore à l’état de « rase campagne ». Puisqu’il possédait également la compagnie de fer de la Ville, la Quebec Railway, il utilisa ce levier pour prolonger la ligne de tramway jusqu’à la rue Belvédère, et ainsi assurer la desserte de cette nouvelle banlieue.

C’est ce dernier morceau du tracé, coin Belvédère et René-Lévesque, qui a été mis à jour par les archéologues mandatés par la Ville.

Refaire surface

Les beaux jours du tramway à Québec prendront fin à la fin de Deuxième Guerre mondiale, lorsque l’arrivée de l’automobile sonne le glas du transport sur rail, explique l’historien. « À l’époque c’était la modernité. Le tramway faisait ancien. L’autobus, ça faisait moderne. On disait aussi que c’était plus souple, on pouvait lui faire changer de tracé s’il y avait des travaux sur la route. »

En enfouissant les rails simplement sous l’asphalte, les ouvriers de jadis n’ont pas caché bien loin les vestiges du premier « réseau structurant » de Québec. « C’est un classique à Québec : chaque printemps, il y a des nids-de-poule un peu partout, mais aussi sur la rue Saint-Louis devant le château Frontenac. Là, il y a toujours deux rails qui sortent, tout le temps. La Ville va mettre de l’asphalte là-dessus et le printemps suivant ça revient », relate Jean-François Caron.

Les traces de l’ancien tramway refont surface chaque année devant le Château Frontenac, au dégel. Jean-François Caron, Société historique de Québec

Photo: Jean-François Caron, Société historique de Québec

Les traces de l’ancien tramway refont surface chaque année devant le Château Frontenac, au dégel.

D’autres vestiges

Plus importante au point de vue archéologique, la mise au jour des vestiges de la maison du chirurgien Robert Henry Russell dans le même secteur pourrait fournir matière à étude aux historiens. Achetée par un respecté médecin en 1863, la maison aurait été démolie vers 1910 pour justement faire place à l’ancien tramway.

« Certains objets rattachés à la pratique de la médecine pourraient donc être retrouvés sur le site », remarquent les communications de la Ville de Québec.

D’autres fouilles viendront confirmer si les vestiges de bâtiments secondaires, comme un hangar ou une écurie, demeurent toujours présents.

Selon Jean-François Caron, il ne serait pas surprenant que les archéologues fassent d’autres découvertes du même type avant la construction du nouveau tramway de Québec. Dans l’étude du potentiel archéologique du parcours du tramway, 42 zones ont été délimitées.