De l'importance de fabriquer des territoires résilients

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Un résident de Deux-Montagnes, lors des inondations printanières de 2017
Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Un résident de Deux-Montagnes, lors des inondations printanières de 2017

Ce texte fait partie du cahier spécial Grand Montréal

Crise sanitaire, inondations, vagues de chaleur : les municipalités sont aux premières loges de toutes les catastrophes, et sont les « premiers répondants » en ce qui concerne les besoins de leurs citoyens, en tant que gouvernement de proximité. Et c’est en rendant leur territoire résilient qu’elles pourront faire face aux enjeux du XXIe siècle. Le PMAD trace la voie.

La pandémie n’a pas remis en question la pertinence et les choix du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), au contraire. « Les différentes planifications ne sont pas en opposition », rappelait Jérôme Normand, membre du conseil de la Ville de Montréal et président de la Commission de l’aménagement de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), lors d’un webinaire dans le cadre de la 4e Agora métropolitaine en mai dernier.

Ainsi, si la pandémie a exigé certaines actions rapides (par exemple pour faciliter l’accès aux parcs ou aux infrastructures publiques), chaque gain pour la santé publique a contribué àla lutte contre les changements climatiques et à l’atteinte des objectifs du PMAD, estime M. Normand. La crise sanitaire a également réaffirmé l’importance des milieux naturels pour la santé physique et mentale de tous. « Il y a un déficit d’espaces naturels. Les municipalités doivent faire tout en leur pouvoir pour protéger leurs milieux humides, boisés et naturels », soutient Martin Murray, maire de Saint-Bruno-de-Montarville. Devant l’éveil à la consommation et à l’achat locaux, la nécessité de protéger les terres agricoles apparaît de plus en plus évidente. « Pour consommer local, il faut des terres agricoles. Il faut penser à l’avenir », ajoute Valérie Plante, mairesse de Montréal et présidente de la CMM.

Une transition nécessaire

« On ne peut plus tourner la tête dans l’autre direction lorsqu’on parle des défis climatiques et d’accélérer la transition écologique », continue la mairesse. Pour faire face aux défis des changements climatiques, le PMAD agit autant sur leurs causes (réduction des émissions de gaz à effet de serre [GES]) que sur leurs effets (adaptation des milieux de vie, impacts sur la santé). La stratégie des villes doit donc s’articuler à la fois autour de la réduction des GES et de l’adaptation aux changements climatiques (s’adapter aux nouvelles réalités et limiter leurs conséquences négatives).

Même si la mise en œuvre du PMAD place les agglomérations de la CMM sur la bonne voie, les intervenants ont souligné qu’il fallait en faire davantage, notamment en réalisant rapidement des projets de transport collectif. Déjà en 2019, l’Agora métropolitaine s’était conclue sur l’importance d’accélérer la cadence devant les défis qui se dessinent à l’horizon.

Faire face aux changements climatiques nécessite aussi une discussion globale et des actions concertées, au-delà de la région métropolitaine. Le PMAD peut servir d’exemple : « Il ya dix ans, on ne parlait pas autant de transition écologique. On a réussi à faire ce plan, qui est vraiment bon pour l’environnement », constate la mairesse.

Gestion des risques

La résilience du territoire implique notamment une meilleure gestion des risques d’inondation. Si l’implantation d’infrastructures pallie momentanément les risques, on observe de plus en plus que les infrastructures écologiques jouent un rôle primordial dans la protection des risques, en absorbant naturellement l’eau. « Les services écologiques rendus sont vraiment importants », dit M. Normand.

D’autres aménagements permettent aussi une meilleure gestion des eaux, comme l’implantation de bassins de rétention ou la restauration des rives. Grâce aux programmes liés au PMAD, les petites municipalités peuvent mettre en place ces solutions. C’est le cas de Deux-Montagnes, touchée par les inondations en 2017, et qui veut créer un parc-nature sur ses rives. « Sans ces aides-là, on ne pourrait pas créer un parc-nature comme on veut le faire », remarque le maire Denis Martin, par ailleurs président de la Commission du transport.

Flexibilité et collaboration

La pandémie a aussi laissé entrevoir la nécessité d’avoir les coudées franches pour innover. « Il y a eu beaucoup de bonnes idées, mais on n’avait pas la flexibilité et l’agilité pour le faire, note M. Normand. On n’avait ni les ressources ni le personnel pour les mettre en œuvre. »

Cette crise rappelle qu’il est impératif de se doter d’outils réglementaires qui permettent cette flexibilité, devant les défis à venir. Ces règlements doivent par ailleurs s’adapter au contexte et à la réalité de chacun : « Il faut éviter le mur-à-mur », ajoute M. Martin. Une délégation des pouvoirs vers les municipalités, comme on le voit à Toronto par exemple, aiderait les municipalités à mieux se préparer pour agir et réagir, tout en reconnaissant la compétence des villes dans leur rôle de proximité.

Après tout, une ville résiliente veut dire une ville inclusive : « Le droit de cité est important. On souhaite développer le territoire pour que tout le monde y trouve sa place », conclut Mme Plante.

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