Protéger les milieux naturels, un véritable parcours du combattant

André Lavoie
Collaboration spéciale
Le corridor vert Châteauguay-Léry, dont une grande partie des terrains sont menacés d’être détruits pour faire place à de la construction résidentielle
Mario Faubert Le corridor vert Châteauguay-Léry, dont une grande partie des terrains sont menacés d’être détruits pour faire place à de la construction résidentielle

Ce texte fait partie du cahier spécial Grand Montréal

Récemment dans la page Idées du Devoir, la coalition Les terrains de golf en transition soulevait un enjeu trop bien connu des 82 maires de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) : que faire des établissements qui ont fermé leurs portes (12 depuis 2010 dans la grande région de Montréal), et surtout de ces vastes espaces naturels qui pourraient être accessibles à leurs citoyens ? Les convertir en parcs, en milieux naturels protégés, hors de portée de la spéculation immobilière, s’avère un grand défi dans le contexte législatif et économique actuel.

Ce n’est pourtant pas l’abondance en ce qui concerne les espaces verts et bleus de la CMM, là où habitent environ 4 millions d’habitants sur un territoire de 4360 km2. Les chiffres sont connus de tous, et devraient fouetter l’ardeur des troupes pour renverser une tendance inquiétante : la superficie actuelle d’aires protégées dans le Grand Montréal représente 10,1 % alors que l’objectif, établi en 2011, demeure d’atteindre 17 % en 2031.

Ces données sont tirées du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), une grande feuille de route pour tous les élus des villes de la CMM, explorant des questions aussi importantes que l’étalement urbain, la mobilité, de même que la protection des zones agricoles ainsi que des milieux naturels. Sur ce dernier thème, les données ne présentent rien de particulièrement spectaculaire entre les années 2011 et 2020 : à peine 975 hectares de plus du côté terrestre, et 640 de moins du côté aquatique. Bref, la partie est loin d’être gagnée.

Un combat aux forces inégales

Pour que le PMAD ne prenne pas la poussière sur une tablette, les élus, la société civile de même que les citoyens sont invités à participer tous les deux ans à l’Agora métropolitaine, lieu de délibérations permettant de mesurer le travail accompli et de proposer des pistes de solution pour aller dans la bonne direction. Dans le contexte sanitaire actuel, l’événement s’est déroulé en avril dernier de manière virtuelle dans une série de forums qui ont permis aux maires des quatre coins de la CMM d’exposer leurs solutions et d’exprimer leurs doléances.

Elles sont d’ailleurs nombreuses en ce qui concerne l’acquisition et la protection des milieux naturels, un enjeu écologique, certes, mais aussi de gros sous. Car certaines municipalités ont vu leurs mesures réglementaires contestées devant les tribunaux par des promoteurs immobiliers et des propriétaires fonciers. Variation contemporaine du combat entre David et Goliath, Christian Ouellet, maire de Delson et membre de la Commission du développement économique, des équipements métropolitains et des finances de la CMM, a évoqué le cas de Léry, petite ville de 2318 habitants, poursuivie pour un montant de 45 millions de dollars. La volonté des élus locaux de protéger un terrain afin d’enrichir le corridor vert Châteauguay-Léry s’est transformée en épée de Damoclès.

Pourquoi cette explosion financière ? Certains propriétaires estiment qu’il ne faut pas seulement tenir compte de la valeur marchande d’un terrain, mais aussi de celle estimée d’un projet immobilier. D’où les pressions des élus de la CMM auprès du gouvernement provincial pour des changements législatifs sur l’expropriation qui limiteraient le calcul des indemnisations à la valeur marchande. Et à l’heure où Québec se lance dans l’élaboration d’une stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement du territoire, cette question s’avère cruciale.

10,1 %
C'est le pourcentage de la superficie actuelle d’aires protégées dans le Grand Montréal, soit bien en deçà de l'objectif

Mais évitons la tentation du mur-à-mur, plaident plusieurs maires de la CMM, car la réalité géographique de ce territoire si diversifié présente pour chacun des défis particuliers. Lise Michaud, mairesse de Mercier, ville de la couronne sud d’une superficie de 46,5 km2, rappelle que 90 % de son territoire est agricole, mais que 80 % de ses revenus sont tirés du secteur résidentiel. Pour sa localité, protéger ce territoire revêt également une tout autre signification (on y retrouve des boisés, de même que des érablières), et ces élus doivent relever un défi inconnu des banlieues et des agglomérations urbaines : assurer la relève agricole pour consolider celle du secteur.

Autant de réalités et d’embûches qui font dire à Martin Murray, maire de Saint-Bruno-de-Montarville, que l’heure est aux actions cohérentes et concertées, et que l’atteinte de l’objectif de 17 % d’aires protégées est impérative devant les changements climatiques et l’effondrement de la biodiversité. Le règne du petit bonheur la chance, celui qui favorise beaucoup l’étalement urbain, doit cesser.

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