Densifier, mais plus n’importe comment

Catherine Martellini
Collaboration spéciale
Le quartier Bois-Franc, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, où la station du REM et le vraisemblable prolongement de la ligne orange permettront aux résidents d’être mieux desservis par les transports collectifs.
Photo: CCM  Le quartier Bois-Franc, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, où la station du REM et le vraisemblable prolongement de la ligne orange permettront aux résidents d’être mieux desservis par les transports collectifs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Grand Montréal

Avec près de 70 % de la population mondiale qui vivra en milieu urbain d’ici 2050 et le réchauffement de la planète qui s’accélère, la densification intelligente représente un moyen de favoriser la protection des milieux agricoles et naturels et le développement du réseau de transport collectif et actif. Un pari de développement durable que s’est donné la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

Le pari porte un nom : le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), un outil adopté par 82 municipalités de la CMM en 2011 et qui établissait des seuils de densité, lesquels ont été souvent atteints ou dépassés en dix ans.

C’est le cas de l’objectif minimal qui visait à orienter 40 % des nouveaux ménages dans les 159 aires TOD (transit oriented development) d’ici 2031,c’est-à-dire dans des quartiers situés principalement autour des stations de métro, gares de train et futures gares du réseau express métropolitain (REM). Selon le dernier bilan, cette cible a été atteinte et fixée ensuite à 60 %, dans un contexte d’investissements majeurs dans le réseau de transport collectif, notamment avec le projet de développement du REM.

« Il faut se rappeler que la densité résidentielle est essentielle à l’implantation et à la consolidation de réseaux de transports collectifs efficaces », explique Philippe Rivet, conseiller en recherche à la CMM et responsable de l’Observatoire Grand Montréal.

On ne peut pas construire les villes aujourd’hui comme on le faisait auparavant

 

Sans densité, les transports collectifs se font plus rares, entraînant une utilisation accrue de la voiture, et de ce fait, une augmentation de la pollution. Cela réduit également l’accessibilité aux services de proximité, qui renforce l’insécurité alimentaire. Une forte densité correspond à 60 logements et plus par hectare.

La CMM participe depuis 2013 au financement de projets TOD innovants. Jusqu’ici, elle a soutenu 45 projets au terme de la troisième phase de son programme, y compris les 10 projets en cours.

« On ne peut pas construire les villes aujourd’hui comme on le faisait auparavant, souligne Normand Dyotte, maire de Candiac, dont la municipalité a proposé l’un des premiers projets de démonstration d’un TOD en 2013. Il faut maintenant penser à l’étalement urbain, à la biodiversité et à conserver des milieux pour les constructions aussi, car les villes ont besoin de revenus, donc c’est une question de bâtir intelligemment. »

À chaque municipalité son défi

Chaque ville a ses propres réalités sociales et géographiques. Certaines sont notamment en zone rurale, d’autres en zone forestière, d’autres en banlieue, etc. Il serait donc utopique de penser que chacune pourra atteindre les cibles du PMAD. « C’est plutôt en contribuant ensemble qu’on pourra y arriver », souligne M. Dyotte.

Le TOD de Candiac visait à construire de 3000 à 3500 logements variés (duplex, triplex, maisons de ville, édifices de logements de quatre à dix étages) destinés à attirer autant les jeunes familles avec enfants que des adultes ou des personnes âgées qui ne veulent pas entretenir une maison. Le projet, dont la construction a débuté au printemps 2019, se situe dans une zone d’un kilomètre autour de la gare de train de banlieue, en respectant l’actuel domaine bâti. Au cœur de ce projet de développement se trouveront une place publique et différents commerces de proximité.

« Après de nombreuses consultations citoyennes pour voir comment intégrer ce projet de mixité au bâti existant, nous avons convenu de créer une zone tampon tout le long du périmètre où se trouvent les maisons actuelles, et qui deviendra une zone verte, un parc accessible à l’ensemble des citoyens et citoyennes », précise le maire de la ville.

Réflexion sur la qualité de vie

Cette acceptabilité sociale devrait toujours faire partie intégrante des projets TOD, de l’avis d’Alan De Sousa, maire de l’arrondissement de Saint-Laurent, dont le projet TOD s’est articulé autour de la future gare du REM Bois-Franc et du vraisemblable prolongement de la ligne orange vers cette station.

Image: Arrondissement de Saint-Laurent Projection de la future gare du REM Bois-Franc

« Les citoyens et citoyennes doivent faire partie de la réflexion sur la qualité de la vie en amont et à différentes étapes du projet pour qu’à la fin de l’exercice, s’il y a une décision à prendre, on ne frappe pas un mur et que tout le monde arrive à voir de la valeur dans le produit final. »

Un autre objectif du PMAD consistait à valoriser la protection et la mise en valeur des milieux naturels, notamment par la création de la Trame verte et bleue du Grand Montréal, un réseau d’espaces verts et bleus aménagés à des fins récréotouristiques (l’objectif est de protéger 17 % du territoire grâce à des initiatives d’ici 2031).

C’est dans ce contexte que la Ville de Repentigny a voulu inscrire la densification intelligente dans une démarche de revitalisation urbaine de sa rue Notre-Dame et de son centre-ville, en incluant d’emblée dans sa vision de partager les beautés du fleuve qui est si cher à ses résidents et résidentes.

« Pour la majorité des projets développés aux abords du fleuve, la Ville conserve une servitude pour protéger la façade fluviale et aménager différents types d’accès au fleuve pour tous, tels que belvédères, chemins piétonniers, pistes cyclables, etc. », illustre Chantal Deschamps, mairesse de Repentigny et membre du comité exécutif de la CMM.



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