Hochelaga-Maisonneuve se mobilise contre le REM aérien

Plus d'une centaine de personnes étaient présentes samedi matin dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve pour manifester contre le passage du Réseau express métropolitain (REM) dans leur quartier.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Plus d'une centaine de personnes étaient présentes samedi matin dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve pour manifester contre le passage du Réseau express métropolitain (REM) dans leur quartier.

Plus d’une centaine de personnes et d’élus des trois paliers de gouvernement ont pris part samedi à une manifestation contre le passage du Réseau express métropolitain (REM) en mode aérien à proximité du quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Pancartes à la main, des résidents se sont rassemblés peu avant 11 h sur la place Simon-Valois avant d’entamer une marche en direction du parc Morgan, un espace vert qui longe la rue Notre-Dame. De nombreux citoyens s’inquiètent de la perspective que la deuxième phase du REM ait pour effet de défigurer ce parc et d’y entraîner la coupe d’arbres. Quelques arbres ont d’ailleurs été entourés de bandes de tissu qui soulignent que ceux-ci sont « menacés par le REM » en prévision de cette mobilisation.

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« C’est un des rares endroits de fraîcheur [dans le quartier] avec des jeux d’eau pour les familles. Et on veut y faire passer un train aux deux minutes. Ça n’a pas de bon sens ! » lance au Devoir le député de Québec solidaire dans le quartier, Alexandre Leduc. Pour l’ancienne députée d’Hochelaga-Maisonneuve à l’Assemblée nationale Louise Harel, ce projet rappelle d’ailleurs de mauvais souvenirs datant du début des années 1970, lorsque des milliers de personnes ont été expropriées près de la rue Notre-Dame dans le cadre d’un projet d’autoroute qui n’a finalement jamais vu le jour.

« C’est la deuxième expropriation qu’on va vivre dans Hochelaga-Maisonneuve. La première a eu lieu à l’égard des logements et une autre aura lieu maintenant à l’égard des espaces verts du secteur », laisse tomber Mme Harel, qui était présente à la tête de la marche.

Les élus et candidats politiques des trois principaux paliers du gouvernement étaient d’ailleurs nombreux à prendre part à cette marche samedi. Le maire d’arrondissement, Pierre Lessard-Blais, de même que le député du Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice, étaient du nombre, tout comme des candidats du Parti Québécois et du Bloc Québécois. Tous ont fait part de leurs inquiétudes quant au manque d’acceptabilité sociale du projet et les impacts qu’il pourrait avoir sur le quotidien des résidents d’Hochelaga-Maisonneuve.

« On se rappelle tous de la déchirure causée par la construction de l’autoroute métropolitaine. Est-ce qu’on veut revivre ça ? », a lancé M. Boulerice.

Qualité de vie

Les résidents rencontrés par Le Devoir sur place ont aussi indiqué craindre que le passage en mode aérien du REM au nord de la rue Notre-Dame ait des impacts visuels et sonores importants, d’autant plus que ce train léger offrira un service de haute fréquence.

« Il y a un bruit énorme qui est attribué à ça. Il va y avoir aussi un impact continu de dévalorisation du secteur causé par l’enlaidissement et tous les dérangements causés par [le passage du train léger en mode aérien] », appréhende Jérôme Fournier, un résident du quartier Hochelaga-Maisonneuve venu manifester avec son fils de quatre ans samedi.

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Une consultation publique est d’ailleurs en cours sur le projet du REM de l’Est, évalué à 10 milliards de dollars pour un total de 32 km de métro léger. La portion concernant les impacts à venir du projet sur le quartier Hochelaga-Maisonneuve aura lieu le soir du 8 juin en format virtuel.

« Il y a une chose qui est évidente, c’est que la qualité de vie des résidents devra être prise en considération [dans le cadre de cette consultation] », estime M. Leduc.

Plusieurs résidents du secteur se montrent toutefois sceptiques face à cette consultation publique, au moment où la filiale CDPQ Infra de la Caisse de dépôt et placement du Québec semble tenir mordicus à un passage aérien du REM à l’approche du centre-ville de Montréal.

« Ça ne marche pas de dire que pour créer du transport en commun, on va sacrifier la qualité de vie [des résidents] ici et dans Mercier-Est », déplore Patricia Clermont, qui est membre du Regroupement des riverains de la rue Notre-Dame, à l’origine de cette marche.

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La Ville de Montréal, pour sa part, refuse pour l’instant de prendre position sur l’épineuse question de savoir si le REM devrait ou non passer en mode aérien dans ce secteur.

« Avec ce qu’on connaît présentement, on partage plusieurs préoccupations citoyennes. Elles sont légitimes et la Caisse [de dépôt et placement du Québec] va y répondre dans les prochains mois. En fonction de leurs réponses, on pourra se positionner davantage », explique Pierre Lessard-Blais.

Les préoccupations de citoyens sont légitimes et il faut qu’un REM qui traverse un milieu de vie respecte ce milieu de vie

CDPQ Infra se dit à l’écoute

CDPQ Infra, pour sa part, assure que « l’acceptabilité sociale est une composante essentielle d’un projet aussi important que le REM de l’Est », ce qui explique la tenue en cours de consultations publiques.

« Ces consultations, ainsi que nos échanges continus et fréquents avec les parties prenantes et le travail du comité d’experts indépendants pour l’intégration architecturale nous permettront d’optimiser et bonifier ce grand projet de transport collectif pour l’Est et le nord-est de la métropole », assure la porte-parole pour le REM de l’Est, Virginie Cousineau.

Le seul député néodémocrate du Québec, Alexandre Boulerice, est toutefois sceptique. « Cette consultation-là, on a l’impression que le résultat est un peu écrit à l’avance », laisse tomber l’élu, qui ose même qualifier celle-ci de « bidon » à ses yeux. « Mais c’est bien de voir que la population se mobilise pour tenter de changer les choses », poursuit-il.

Le projet du REM de l’Est sera par ailleurs soumis au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement en 2022.

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