S’interroger sur la vulnérabilité du piéton

Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale
L’une des affiches réalisées dans le cadre de la campagne «À pied, nous n’avons pas d’armure»
Photo: Piétons Québec L’une des affiches réalisées dans le cadre de la campagne «À pied, nous n’avons pas d’armure»

Ce texte fait partie du cahier spécial Tous piétons!

La pandémie a amené les citoyens à redécouvrir leurs quartiers. Dans certains cas, on a pu constater qu’ils n’étaient ni propices à la marche ni sécuritaires pour la pratiquer. À ce titre, la campagne Tous piétons ! lancée en septembre dernier, sur le thème « À pied, nous n’avons pas d’armure », et qui s’est récemment conclue avec une grande tournée virtuelle des régions, ne pouvait tomber plus à point.

C'est le triste bilan routier de ces dernières années qui a servi de bougie d’allumage au projet. Tous les deux jours au Québec, un piéton est gravement blessé lors d’une collision qui va bouleverser sa vie et celle de ses proches. L’an dernier, 51 piétons sont morts, contre 71 en 2019. « On oublie souvent que tous les déplacements que l’on réalise débutent et se terminent toujours à pied et que les piétons sont les plus vulnérables des usagers de la route », explique Katia Lesiack, chargée de projet pour les campagnes Tous piétons.

Avec « À pied, nous n’avons pas d’armure », on insistait sur la vulnérabilité des piétons et, dans une approche grand public, on encourageait l’adoption de comportements plus sécuritaires pour protéger davantage les piétons et améliorer le bilan routier. « Collectivement, c’est tout aussi primordial d’agir sur nos milieux de vie, pour que l’environnement bâti dans lequel on se déplace puisse inciter à adopter des comportements plus sécuritaires, notamment à l’endroit des plus vulnérables, note Katia Lesiack. C’est de cette façon que l’on pourra favoriser la cohabitation des différents usagers de la route, quelles que soient leur taille ou leur vulnérabilité. »

Prendre le pouls des régions

Cette campagne annuelle et nationale s’est conclue cet hiver par une tournée virtuelle des régions. L’objectif était d’aller à la rencontre des acteurs régionaux pour alimenter la discussion et les réflexions autour des problèmes vécus par les piétons, leur donner la parole et les inciter à agir.

Les piétons sont trop souvent oubliés dans un univers qui est aménagé avant tout pour la fluidité automobile

 

Aux quatre coins de la province, 26 événements ont été organisés à la fois pour les citoyens qui proposent les projets et qui en facilitent l’implantation, les élus qui les votent et les professionnels qui les mettent en place. « On voulait donner la parole à tous, connaître leurs réalités et comprendre quels sont les problèmes vécus par les piétons lors des déplacements. On en a aussi profité pour recenser les leviers et les obstacles à la marche et aux aménagements de milieux de vie plus sécuritaires au Québec », précise Mme Lesiack.

La volonté et l’urgence d’agir se sont fait sentir tout au long de la tournée, qui s’est échelonnée sur neuf semaines, et le constat est le même partout, comme le souligne Katia Lesiack : « Les piétons sont trop souvent oubliés dans un univers qui est aménagé avant tout pour la fluidité automobile. »

Tracer la voie pour des déplacements sécuritaires

La culture du tout-à-l’auto, l’étalement urbain, la banalisation des petits excès de vitesse et autres entorses au Code de la sécurité routière, le manque d’espace, la charge financière de l’entretien et du maintien des infrastructures routières sont quelques-uns des thèmes qui ont été abordés au cours de ces rencontres virtuelles auxquelles plus de 400 personnes ont participé.

De cette tournée, plusieurs éléments clés sont ressortis, ce qui laisse entrevoir une lueur d’espoir quant à la place des piétons et leur sécurité. À court terme, on espère ne plus travailler en vase clos, faciliter la prise de décision et diffuser des exemples de bonnes pratiques afin d’inspirer les régions du Québec. On mise également sur la mobilisation citoyenne pour favoriser l’acceptabilité sociale des nouveaux aménagements qui pourraient être installés dans un contexte où l’on fait la promotion de la marche et des saines habitudes de vie. « Renverser des normes sociales et des pratiques demande du temps, conclut Katia Lesiack. On a vu une belle motivation, une belle volonté de placer les piétons au centre de nos priorités. Pour y arriver, il faut que tous les acteurs se mobilisent pour changer notre approche, notre culture, les normes et les pratiques. »

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